Chercheurs, start-up, innovateurs, soyez prêts : le réveil du JEDI, c'est pour septembre

Le collectif franco-allemand, qui réunit une centaine d’organismes de recherche, grands groupes et start-up, milite pour doter l’Europe au plus vite d’une agence pour l’innovation de rupture sur le modèle de la Darpa. Sans attendre les Etats, il veut financer des premiers projets de recherche dès septembre.

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Chercheurs, start-up, innovateurs, soyez prêts : le réveil du JEDI, c'est pour septembre
André Loesekrug-Pietri, le porte-parole du collectif Joint European Disruptive Initiative (JEDI).

Avis aux amateurs de Star Wars : ce JEDI n’a pas de sabre laser. De la force en revanche, il en aura bien besoin s’il veut mener jusqu’au bout sa mission. Créé il y a un an, le Joint European Disruptive Initiative (JEDI) ambitionne de transformer l’Europe en un leader de l’innovation de rupture, à l’égal des Etats-Unis et de la Chine. Le collectif franco-allemand regroupe pour cela près de 120 organismes de recherche, grands groupes et start-up. Son objectif : lancer à eux tout seuls une Darpa à l’européenne, sur le modèle de l’agence américaine pour l’innovation de rupture liée au ministère de la Défense, à l’origine de la création d’internet ou du GPS notamment.

"L’Europe est de plus en plus dépendante de technologies non européennes et cette dépendance s’aggrave de façon rapide", alertait André Loesekrug-Pietri, le porte-parole du collectif, aux Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, début juillet, où il s'est employé à défendre sans relâche son projet. L’homme en sait quelque chose. Fondateur du fonds d’investissement A capital, basé en Chine pendant dix ans - c’est lui qui a marié Club Med à Fosun – il a vu émerger à toute vitesse la tech chinoise, à grand renfort d’aides d’Etat. En mai 2017, il était devenu le conseiller spécial des ministres de la Défense Sylvie Goulard puis Florence Parly. A l’été, il avait monté au cabinet un petit comité d’une quinzaine de membres chargé de réfléchir à la souveraineté technologique dans le domaine militaire vite élargi aux technologies civiles. Depuis le collectif JEDI s’est étoffé et compte près de 120 centres de recherche, grands groupes et start-up. Il y a là Claudie Haigneré, Jean-Yves le Gall, le patron du CNES et Hervé Guillou, le président de Naval Group notamment mais aussi les directeurs des instituts Frauenhofer en Allemagne.

Une méthodologie calquée sur celle de la Darpa

"Le vrai souci n’est pas l’argent. En sept ans, l’Europe a consacré 80 milliards d’euros à la recherche. Mais il faut s’inspirer de la méthodologie très particulière de la Darpa", insiste André Loesekrug-Pietri. Certes la Darpa dispose d'un budget confortable de 3 milliards de dollars. Mais sa force tient en partie sa capacité à décider très vite. "Au-delà de 50 millions d’euros, les règles européennes obligent à embarquer 9 pays et 20 participants. Les gens passent plus de temps à se coordonner qu’à faire de la recherche", regrette le porte-parole qui pointe l’inefficacité de vouloir un retour sur investissement par pays des programmes de recherche européens. Autres clefs du succès : la désignation pour chaque projet d’un "program manager" capable d’assurer un pilotage serré du projet, de le réorienter ou l’arrêter si nécessaire.

En France, les grands défis financés par le nouveau fonds pour l’innovation et l’industrie devraient appliquer cette même méthodologie. L’ambition de JEDI est de le porter au niveau européen."Si on fait cela en France uniquement, le pool de talent ne sera pas suffisant. L’Europe doit impulser mais laisser les choix de recherche à l’écosystème", estime André Loesekrug-Pietri. Une approche pas complètement au goût de Bercy qui préfère garder la main sur l'allocation des fonds publics. Reste à convaincre. Au niveau franco-allemand, l’agence Darpa européenne a été retenue parmi les projets listés lors du sommet de Meserberg, en juin. Mais plutôt que d’attendre que les Etats se mettent en ordre de bataille, JEDI a choisi d’avancer seul et de se mettre aux travaux pratiques.

premiers projets concrets financés en septembre

En septembre, le collectif prévoit de lancer trois à quatre challenges dotés d’une dizaine de millions d’euros chacun financés par des grandes régions françaises et allemandes, des fondations de recherche mais sans les Etats allemands et français. L’objectif : répondre à un défi potentiellement structurant. Une trentaine de challenges ont été identifiés au total, comme le développement d’une blockchain moins énergivore, la création de liaisons quantiques avec les satellites, qui permettrait de les rendre plus compétitifs par rapport à la 5G par exemple, le remplacement du glyphosate ou la récupération des débris spatiaux en orbite basse, indispensable pour continuer à exploiter les potentiels de l’espace. "Les gens auront quatre semaines pour rédiger un pitch d’une dizaine de pages puis 6 semaines pour présenter un dossier plus structuré avant la sélection finale", explique la porte-parole. En gros une antithèse des lourdes procédures d’Horizon 2020 qui découragent les start-up de postuler.

Pour 2019, le collectif vise un budget de 230 millions d’euros et a déjà pré-identifié une quinzaine de futurs directeurs de programmes, issus pour l’essentiel des grands organismes de recherche. L’objectif : s’imposer peu à peu comme la préfiguration de ce que sera le centre européen pour l’innovation de rupture, prévu dans le prochain budget 2021-2018 par la Commission européenne. A Aix-en-Provence, l'ancien financier a en tout cas réussi sa première mission : mobiliser en faveur de l'innovation. "Vous m'avez enthousiasmée", l'interpellait une femme, au détour d'une allée de la grand messe estivale des dirigeants économiques tricolores.

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