Un designer vaut-il un ingénieur ?

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Un designer vaut-il un ingénieur ?

Un designer vaut-il un ingénieur ? Drôle de question, me direz-vous. Et pourtant elle a été soulevée (sûrement pas pour la première fois) lors des premiers Rendez-vous du Design organisés par Fleur Pellerin et Arnaud Montebourg le 1er mars 2013, pour réfléchir à la contribution du design au redressement productif. Autrement dit, un bac +5 en vaut-il un autre ? Ou pourquoi les designers ont-ils tant de mal à se faire une place dans l’entreprise ?

Designer mal-aimé ou mal adapté ?

"J’ai visité une entreprise où on avait mis les designers dans un très design bocal en verre et le reste de l’entreprise venait voir ce qu’ils y faisaient", raconte un des intervenants. L’exemple à ne pas suivre. Mais le sujet fait débat. Quand certains réclament que le directeur du design — le design manager en bon français — soit aussi bien payé que son homologue du marketing ou de la R&D et que, comme eux, il siège au comité exécutif de l’entreprise, d’autres font remarquer que cette place et cette reconnaissance, et bien, il faut la gagner.

"Ne vous demandez pas pourquoi on ne vous aime pas, mais plutôt pourquoi vous ne rentrez pas plus chez nous", leur a lancé Eric Carreel, créateur en série de start-up du numérique, dont la déjà célèbre Withings. Il les invite à venir plus dans les entreprises : "Je vous supplie, vous designers, de venir mettre les pieds dans les usines, dans les laboratoires de physique et de chimie et dans les bureaux d’ingénieurs. C’est seulement comme cela que nous arriverons à innover, à casser des ruptures. Si nous ne le faisons pas, les autres le feront, surtout les Américains, qui pensent toujours qu’ils peuvent changer le monde. Travaillons ensemble."

Pas qu’un problème de culture

Finalement, l’adoption des designers par l’entreprise ne serait pas uniquement un problème de culture d’entreprise et de dirigeants qui n’auraient jamais rencontré le design dans leur cursus de formation, contrairement à leur homologues anglo saxons, explique Antoinette Lemens, spécialiste en recrutement de designers. Ce serait aussi un problème de formation des designers aux métiers de l’industrie.

Forcément, mis en cause, les directeurs d’école s’insurgent (la directrice des Arts déco) ou font semblant de ne pas entendre (Aain Cadix, ancien directeur de l’ENSCI-les ateliers), sauf un, Christian Guellerin, directeur de l’école de design Nantes Atlantique. Lui reconnaît que c’est vrai. Mais que de chemin parcouru, lorsque l’on sait qu’il y a quinze ans, s’ouvrir à l’entreprise pour une école c’était pactiser avec le diable.

Surtout, n’en déplaise à certains, "le design est devenu une discipline de management de projet, rappelle Christian Guellerin. Nous [les écoles] avons aussi vocation à devenir des centres d’innovation et d’animation de groupes de travail. La prochaine étape est de créer un centre d’incubation, pour que les projets des étudiants ne restent dans leur enveloppe Soleau".

Designer = chercheur ?

Designer entrepreneur, donc ? Pas gagné, surtout après avoir discuté avec des designers pour lesquels l’industrialisation de leur projet n’est vraiment pas une priorité. Mais c’était peut-être là un levier à actionner, comme les écoles d’ingénieurs commencent (timidement) à le faire dans leurs rangs.

À écouter les débats, on s’orienterait plutôt vers designer – chercheur. Mais pas sûr que dans le crédit impôt innovation, agité comme un chiffon rouge par Arnaud Montebourg, le temps d’un designer compte comme celui d’un chercheur. Seuls les coûts de prototypes risquent d’être ouverts au crédit d’impôt. Un autre levier à actionner ?

Aurélie Barbaux


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