L'Usine Maroc

Tunisie : "la priorité c’est le redémarrage de l’économie", selon Wided Bouchamaoui, présidente du patronat

, ,

Publié le

Entretien Quatre ans après le début de la révolution du Jasmin, la Tunisie vient de se doter d'un gouvernement mené par Habib Essaid après les élections législatives de fin 2014 emportées par Nidaa Tounes le parti du président Béji Caid Essebsi. Après un accouchement difficile, la question portant sur la participation du parti islamiste Ennahda au pouvoir, finalement décidé, le chef du Gouvernement et ses ministres ont prêté serment vendredi 6 février à Tunis. Wided Bouchamaoui, présidente de l'Utica, le patronat tunisien, était en France ces derniers jours pour participer notamment au colloque France-Afrique au ministère de l'Economie à Paris Bercy le 6 février. A l'occasion de ce passage, L'Usine Nouvelle l'a rencontrée. Entretien express.

Tunisie : la priorité c’est le redémarrage de l’économie, selon Wided Bouchamaoui, présidente du patronat
Wided Bouchamaoui, présidente de l'Utica

L'Usine Nouvelle - Le gouvernement vient d'entrer en fonction, quels sont vos espoirs et attentes comme présidente du patronat tunisien ?

La Tunisie a réussi son processus électoral. Notre pays dispose désormais d’institutions élues démocratiquement. La prochaine phase est celle du redémarrage de l’économie tunisienne, c’est la priorité. Le patronat est confiant dans le fait qu’avec ce nouveau gouvernement, il va y avoir la mise sur pied d'un programme national pour remettre la machine en marche. Il faut faire revenir les investisseurs étrangers et, avant tout, j’insiste sur ce point, stimuler les investissements tunisiens. Je n’ai pas de doute que notre "succes story" celle de la "start-up démocratie" va se poursuivre.

Il y a de forts tiraillements ces dernières semaines dans l’opinion publique tunisienne à propos de la présence au gouvernement du parti islamiste Enahhda qui a pourtant perdu les élections.... Votre avis.

Pour nous patronat, l’essentiel est que le pays ait besoin de compétences. Tout tunisien qui a la capacité de donner ou faire quelque chose pour le pays peut le faire. Cela ne pose pas de problème, ce qui comptera c’est le côté technique, professionnel de ce gouvernement.

Cette "union nationale" était-elle nécessaire ?

Les chefs d’entreprises ont besoin de stabilité aujourd’hui. Le chef du gouvernement a choisi son équipe. Il doit des comptes au pays, aux tunisiens. Laissons le travailler et nous verrons. En tout cas, le patronat sera à ses côtés pour l’aider et lui faire des propositions concrètes.

Croissance en hausse
LaTunisie devrait, selon le FMI,  connaître en 2015 une croissance du PIB de 3,7% en 2015 après 2,8% l'an dernier. L'inflation restant élevée à 5%. Le PIB de ce pays de 11 millions d'habitants s'élève à environ 42 milliards d'euros. Selon la Banque mondiale, le PIB per capita s'élevait en 2013 à 4 316 dollars.

L’équipe gouvernementale vous satisfait-elle ?

D’une manière générale, plutôt oui mais avec quelques réserves. Cependant, les gens ont beaucoup de volonté et on travaillera ensemble.

Quels sont les facteurs de redémarrage de l’économie tunisienne ?

Le premier est la reconquête du marché intérieur. Il faut en particulier faire face à l’économie informelle et au commerce parallèle du fait notamment de l’ouverture sauvage du marché et des frontières avec la Libye. Tant qu’il n’y aura pas d’institutions en Libye, nous serons confrontés à ce problème. Ensuite, il faut notamment relancer l’activité des grandes compagnies publiques comme la Compagnie des phosphates de Gafsa, ce qui est en cours. J’ajoute qu’il faut réinstaurer la valeur travail en Tunisie pour améliorer la productivité de notre économie.

Justement ces dernières années, un certain nombre d’entreprises tunisiennes ou étrangères comme Latécoère ou Aerolia ont connu des conflits sociaux durs. Le patronat et l’UGTT, le  principal syndicat du pays, ont joué côte à côte un grand rôle dans le retour à la concorde nationale en 2013, mais cela n'a t-il pas moins fonctionné sur le terrain des relations sociales ?

Ce que nous avons fait avec l’UGTT, l’ordre des avocats et la LDH, nous en sommes fiers. Le terrain social est un autre sujet. Nous sommes aux côtés des entreprises étrangères pour qu’elles restent en Tunisie. Nous faisons en sorte de les accompagner dans des moments parfois difficiles dans leurs relations sociales.

Lors de la révolution, il y a eu beaucoup de revendication notamment des salariés, certaines légitimes d’autres moins. Tout le monde doit être raisonnable au vu de la situation du pays. C’est le sens de notre dialogue avec l’UGTT. Ce qui est faisable, il faut s’y engager, mais mieux vaut reporter un peu certaines choses. J’ajoute que l’Utica pour sa part demande aux chefs d’entreprises de respecter le droit du travail et les réglementations en vigueur bien sûr.

Le fait que les coûts salariaux en Tunisie soient moins élevés que ceux du Maroc ou de l’Algérie par exemple fait-il partie des atouts que la Tunisie peut mettre en avant ?

Je ne dirais pas cela. Nous bénéficions d’une situation géographique extraordinaire proche de l’Afrique et de l’Europe. Nous avons une main d’œuvre qualifiée et éduquée. C’est un atout considérable pour notre économie.

La Tunisie ne veut plus être considérée comme un pays low-cost mais nous recherchons les logiques de co-localisation et de partenariat. Nous sommes capables de le faire. J’ajoute que déjà beaucoup d’entreprises tunisiennes sont internationalisées, ce savoir-faire tunisien on peut le partager avec nos partenaires européens notamment.

Qu’en est-il du soutien financier notamment de la communauté internationale, n’y a-t-il pas des espoirs déçus?

Jusqu’à maintenant de notre côté on a dû attendre un peu... Nos partenaires attendaient sans doute la fin du processus. Je pense que l’ensemble de la communauté internationale est satisfaite de ce qui se passe en Tunisie, devenue une sorte d’exemple. Je pense que les échanges économiques vont se multiplier maintenant que le gouvernement est nommé. Le président de la République Béji Caid Essebsi prévoit déjà plusieurs déplacements internationaux à forte connotation économique.

Propos recueillis par Pierre-Olivier Rouaud

 

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte