Trop timide, la finance peine encore à se verdir

Le rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), qui sera publié lundi 8 octobre, ne devrait pas être optimiste. Le monde de la finance a beaucoup bougé depuis la COP21 pour réorienter les fonds vers une stratégie bas carbone. Mais reste encore bien loin du compte.

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Trop timide, la finance peine encore à se verdir
La finance n'est pas encore suffisamment orienté vers les projets verts.

Le monde financier en fait-il assez ? Depuis la COP 21, la finance verte a gagné ses lettres de noblesse. De grands gestionnaires d’actifs et fonds de pension ont enchaîné les déclarations sur la composition de leurs portefeuilles. Ils sont de plus en plus nombreux à désinvestir des entreprises liées au charbon.

La réglementation a également évolué, l’article 173 de la loi française sur la transition énergétique et pour la croissance verte de 2015 a eu un retentissement mondial. Il impose aux investisseurs institutionnels de publier la manière dont ils intègrent les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance dans leurs investissements.

"Nous connaissons un momentum jamais vu auparavant, confirme Philippe Zaouati, le président de Finance for tomorrow, l’initiative de Paris Europlace pour la promotion de la finance verte, et le directeur général de Mirova. Mais on est encore très loin du compte !"

Les produits verts encore marginaux

Le nouveau rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec), qui sera publié dans la nuit du 7 au 8 octobre, ne devrait pas se révéler très optimiste sur l’objectif d’un réchauffement climatique limité à 2 degrés d’ici 2100. Le monde de la finance, s’il a multiplié les initiatives en faveur du climat, n’a pas encore bougé sur les grandes masses.

Les produits de financement verts, comme les Green bonds, demeurent marginaux. Selon l’initiative Climate Bonds, le montant des obligations vertes émises en 2018 devrait atteindre 210 milliards de dollars dans le monde, après 162 milliards de dollars en 2017. Une forte croissance, pour un total qui ne représente pourtant qu’entre 1 et 2 % du marché obligataire mondial.

"Le problème, c’est que tout le monde a l’impression d’être mobilisé, déplore Philippe Zaouati. Dans la finance, on est capable de montrer toutes les bonnes initiatives qui ont été faites, mais pas encore de dire si l’on s’oriente bien vers une stratégie à 2 degrés."
Selon le président de Finance for tomorrow, des mesures à plus fort impact doivent désormais être prises.

Il déplore notamment que la loi Pacte (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises) n’ait pas été plus verte. Des amendements à la loi proposent d’imposer aux banques de proposer pour l’assurance-vie des fonds solidaires ou de financement la transition écologique. "C’est encore très timide par rapport à l’appétit des épargnants", juge Philippe Zaouati. Selon lui, les Français veulent investir dans des produits favorables à l’environnement. Mirova, la société de gestion de fonds dédiés à l’investissement responsable qu’il dirige, a ainsi vu la demande pour ses fonds fortement augmenter. Sur les 18 derniers mois, le fonds Europe environmental equity fund a vu son encours progresser de 150 % et le fonds Insertion emploi dynamique de 50 %.

Mieux utiliser l’argent public

Mais c’est surtout sur la stratégie de l’Etat que le président de Finance for tomorrow souhaite agir. Il rédige actuellement un rapport avec Pascal Canfin, le directeur général du WWF, sur le développement des outils de garantie publique pour financer la transition écologique. "Il faut un véritable plan d’investissement sur la transition écologique", assure Philippe Zaouati, en citant l’exemple du Plan Juncker au niveau européen qui, avec 20 milliards d’euros a permis un effet de levier de 335 milliards d’euros. Le financement de la stratégie bas carbone va nécessiter d’importants moyens financiers que le rapport de Philippe Zaouati et Pascal Canfin veut tenter de mobiliser.

Les deux auteurs du rapport, prévu quant à lui pour fin octobre, ont recensé les nombreux outils de garantie et de financement publics opérés par la Caisse des dépôts, Bpifrance, l’Ademe, etc. Ils préconisent de mettre en place un véritable pilotage de ces outils, afin de pouvoir s’assurer qu’ils exercent tous un effet de levier sur la transition écologique.

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