Trois raisons qui expliquent la bataille sur le chiffrage économique d’Emmanuel Macron

Entre les économistes de l’institut COE-rexecode et ceux d’Emmanuel Macron, l’évaluation des conséquences économiques des programme de François Fillon et d’Emmanuel Macron fait rage et rebondit chaque jour. Pour trois raisons principales que l’Usine Nouvelle vous invite à découvir. A chacun ensuite de se forger ses convictions. 

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Trois raisons qui expliquent la bataille sur le chiffrage économique d’Emmanuel Macron
Emmanuel Macron

En cette période électorale, les économistes font assaut d’évaluation des programmes des candidats. Les analyses viennent de deux horizons : d’un côté les économistes des équipes de campagne, de l’autre de divers instituts pas très indépendants , COE-Rexecode financé par le patronat, l’Institut Montaigne ou l’Institut de l’entreprise financés par les grandes entreprises, l’Ifrap financé par des libéraux. L’exercice est difficile et soumis à contestation. Certains se contentent de chiffrer des mesures, d’autres vont jusqu’à évaluer leurs impacts sur l’évolution du PIB, de l’emploi, des exportations à partir d’un compte national de référence. La bataille se focalise sur les conséquences du programme d’Emmanuel Macron, avec une série d’échanges entre l’économiste de COE-Rexecode Michel Didier et les économistes d’Emmanuel Macron, Jean Pisani-Ferry et Philippe Martin. Des débats qui s’entretiennent pour trois raisons. D’abord parce que l’exercice est délicat, deuxièmement parce que les instituts ne sont pas indépendants de toute idéologie et enfin dans le cas d’Emmanuel Macron parce que ce dernier réplique coup pour coup car il ne renonce pas à convaincre.

1/ Pas évident de bien évaluer le coût d’un programme

Les programmes des candidats ne sont pas toujours d’une précision chirurgicale. Les candidats mettent des projets sur la table, pas des circulaires de Bercy. Or, l’évaluation d’une mesure est d’autant plus précise que ces contours sont eux-même précis, surtout lorsque l’on prévoie de transférer d’énormes masses. C’est ainsi que COE-Rexecode et les équipes de Macron s’affrontent sur l’impact, par exemple, d’un transfert des cotisations salariales sur une hausse de la CSG. L’équipe du candidat la considère neutre, quand COE-rexecode estime qu’elle coûtera 10 milliards. Mais tout dépend quels salariés seront impactés par les baisses de cotisations, le privé, le public, les indépendants … et l’assiette de CSG que l’on choisit, et après il faut faire avec les données plus ou moins précises de la statistique publique.

Deuxièmement, il y a une part de subjectivité dans l’impact des mesures. Sur le remboursement à 100 % des lunettes, prothèses dentaires et auditives, l’équipe Macron estime que le financement se fera par une baisse des prix, tandis que COE-Rexecode, moins optimiste, évalue cette initiative à 4 milliards. A l’inverse l’équipe Macron estime que COE-Rexecode surestime les économies sur les fonctionnaires de François Fillon parce que l’on ne sait pas à quoi vont aboutir les négociations salariales pour remonter leur temps de travail à 39 heures. Les remarques des deux camps sont audibles et légitimes. Dans un projet, il n’y a pas que des chiffres et de l’économie mais aussi du volontarisme politique, une capacité de négociation avec les acteurs concernés. Et c’est pourquoi il est si difficile de trancher avant d’avoir vu chaque équipe à l’œuvre.

Enfin, en cours de campagne, se rajoute des mesures dans un sens ou dans un autre qui modifie les évaluations. Emmanuel Macron promeut désormais un service militaire de un mois pour tous les jeunes français et chez François Fillon une partie des économies projetées sur les collectivités locales, 12,5 milliards, se sont subitement évaporées.

2/ Des évaluations qui ne sont pas indépendantes

C’est le cas pour les équipes de campagne bien évidemment qui sont là pour défendre leur champion même si elles essayent de réaliser un travail sérieux. Mais c’est aussi le cas pour les instituts. Au conseil d’administration de COE-Rexecode siège ainsi tous les présidents ou délégué généraux des grands syndicats professionnels d’employeurs ( le syntec, l’UIMM, la FFB, la FIM, le MEDEF, le LEEM.. ) plus quelques dirigeants de grandes entreprises ( Axa, Air liquide, EDF …) Leur tropisme en faveur d’une politique de l’offre et d’une forte réduction de la dépense publique pour soutenir la croissance et l’emploi est clair et leur champion naturel François Fillon. C’est leur droit mais le problème c’est lorsque les options retenues les conduisent à désavantager certains candidats. C’est la critique que leur fait Philippe Martin d’En marche, un membre du Conseil d’analyse économique, bien loin d’être un économiste hétérodoxe favorable à une relance par la demande à tout va.

Car COE-Rexecode, estimant après analyse que le programme d’Emmanuel Macron coûtait plus cher que prévu et qu’il ne voudrait pas laisser déraper les déficits publics lui a appliqué d’office une réforme des retraites. Et pas n’importe laquelle, une baisse des pensions de l’ordre de 20 milliards tandis que François Fillon mise lui sur une réforme par allongement de l’âge. L’option "baisse des pensions" a un effet récessif beaucoup plus fort puisqu’il consiste à sortir du circuit une capacité de consommation tandis que l’allongement de l’âge maintien des gens en activité et augmente la quantité de travail et de revenu. Résultat, illustré par Philippe Martin, lorsque l’on fait tourner les modèles (qu’il ne conteste pas), l’option réforme des retraites par baisse des pensions aboutit pour le programme Macron "revisité" à un PIB de 1,7 % en 2022 alors qu’il aurait été de 3,6 % avec une réforme des retraites de type Fillon par un allongement de l’âge.

3/ Une équipe Macron qui s’acharne à convaincre au-delà de son camp

Beaucoup de candidats n’ont cure des évaluations des instituts et des think-tank et se contentent de les ignorer superbement. Ce n’est pas le cas de l’équipe d’Emmanuel Macron qui ne désarme pas. Le principal mérite de ses échanges de lettres, d’arguments et de contre-arguments entre COE-Rexecode et les économistes d’ En marche est finalement de vouloir poursuivre un dialogue sur le fond, le diagnostic, l’analyse, les biais de représentation des uns et des autres. Et si le ton se tend un peu au fil des échanges, il faut rendre gré à ces acteurs de privilégier la controverse argumentée à l’invective par tweets de 140 signes. Et on ne s’en étonne pas en repensant aux centaines d’heures de débat qu’a animé Emmanuel Macron au parlement pour "vendre" sa loi éponyme. A l’heure actuelle, on attend la réponse de COE-Rexecode, sur la supposée réforme des retraites de Macron. La suite au prochain épisode.

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