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[Tribune] Pas de transformation industrielle sans projet d'entreprise à long terme

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Tribune Selon Pascal Laurin, Directeur Industrie 4.0 pour Bosch France et Directeur de Business Unit chez Bosch Rexroth, il est essentiel de prendre le virage de l'industrie 4.0.

[Tribune] Pas de transformation industrielle sans projet d'entreprise à long terme

Non l’industrie du futur n’est pas qu’un concept. Elle existe déjà, elle grandit sur le terrain, se déploie dans les méthodes, se diffuse à toutes les étapes de l’innovation industrielle et œuvre à l’excellence opérationnelle d’une production plus flexible, propre à satisfaire les demandes sui generis. Non dévoreuse d’emplois, elle pérennise au contraire des sites industriels qui bénéficient d’une nouvelle gestion des compétences enfin adaptée à l’environnement industriel numérique.

La production connectée au cœur du renouveau industriel

L’industrie 4.0, telle que les Allemands la dénomment, est décisive pour l’avenir d’un pays et de sa croissance. Elle est tout à la fois une transformation culturelle au sein du monde industriel, son attractivité intrinsèque et son plus grand pari. L’industrie du futur, si elle a pu en être un, n’est plus un buzz marketing. Aujourd’hui, l’Allemagne et la France, suivies de près par l’Italie et l’Angleterre, y sont pleinement engagées.

Mature, l’industrie du futur (selon la formule française) s’adresse à toutes les industries (manufacturing, process, pharmaceutique…), enclines à construire leur propre feuille de route, quelle que soit leur taille, même si l’impulsion, de façon naturelle, fut donné par les grands groupes. Avantages stratégiques et compétitifs, offres customisées, réponses agiles œuvrent de concert pour dégager de nouveaux et importants marchés.

Au demeurant, l’expression i4.0 ne signifiera rien à celui qui n’a pas réfléchi à sa vision et au projet de son entreprise. Faut-il s’engager dans l’export ? Veut-on accélérer sa productivité ? Cherche-t-on à dégager de nouveaux profits ? Imaginer un nouveau business model ? Il faut une vision claire, que chacun peut s’approprier, embrasser et porter au sein de ses missions.

Alors quelle est-elle, cette usine du futur ? Dans l’idéal, elle est entièrement reconfigurable selon les besoins de production à l’instant T, faite de machines communiquant entre elles, d’intelligence distribuée, de reconfiguration simplifiée. Malheureusement, l’effet de mode conduit à des déclarations d’intention trop peu suivies d’effets, à des morceaux de technologies qui ne sont pas corrélés au projet d’entreprise. Ceci parce que le concept d’industrie 4.0 ne prend pas sa source dans les technologies, mais dans le changement culturel que l’entreprise engage, dans ses usages, ses besoins et dans la signification qu’elle donne à sa transformation.

Les enjeux de l’i4.0

Sans plaisir à changer, on ne trouve pas sa voie. Et parce que tous les indicateurs sont au vert, il n’est certainement plus temps de tergiverser. Il s’agit de savoir rester performant dans un environnement qui change. Il s’agit de savoir passer d’une production de masse à une production plus personnalisée avec des coûts compétitifs. L’usine connectée pose évidemment aussi la question de sa marge, de sa profitabilité et interroge la pérennité de ses sites de production.

L’histoire d’une transformation commence quand ses décideurs sont convaincus que ce qu’ils produisent et vendent aujourd’hui ne sera pas, ou pas autant, ou plus du tout, ou autrement, ce qu’ils produiront et vendront demain. C’est en quelque sorte une histoire de lâcher prise. À ce jeu, les plus souples gagneront. L’agilité et les méthodes Lean exigent ainsi l’acceptation de l’erreur, puis celle du nécessaire pivot en cas d’échec.

La connectivité devient donc essentielle pour l’industrie, d’abord en interne pour opérer la transformation de ses process, puis à l’extérieur pour l’ensemble de sa supply chain, mais aussi au cœur de sa stratégie commerciale, quand de ces profonds changements auront émergé de nouveaux produits et services à proposer.

L’approche bottom-up à adopter

Chaque industrie européenne a le besoin vital d’être portée par un projet d’entreprise 4.0. S’il appartient au top management d’insuffler cette énergie au travers de sa vision stratégique, il est primordial qu’elle sache tout autant laisser libre cours à la créativité de ses équipes. L’industrie 4.0 est définitivement celle des hommes et des femmes pour qui la technologie travaille. Cela signifie que la stratégie digitale d’un groupe ou d’une entreprise doit se développer dans ses usines, et non dans ses bureaux. Ce n’est jamais que sur le terrain que naissent les projets concrets, pragmatiques et applicables.

L’internet des objets, la data, l’impression 3D, la robotique collaborative sont d’extraordinaires outils laissés à la libre adoption des collaborateurs, seuls à même de définir leurs priorités. La co-création de nouvelles valeurs marchandes s’épanouit dans une culture d’entrepreneuriat au sein de l’usine où chacun trouve les moyens matériels, financiers et humains de piloter ses projets. C’est à la direction de ne jamais confondre sponsoring et contrôle.

De cette vision traduite en actes concrets puis en standards industrialisés, ressortent naturellement des talents, des compétences jusqu’ici indécelables. S’il devait y avoir une seule erreur à ne pas commettre dans ce voyage, ce serait de négliger ou de ne pas voir ces talents émergents. Ils représentent à la fois la mémoire de l’entreprise et surtout son futur, auquel seront ensuite associées les briques technologiques ad hoc qui feront de l’industrie le nouveau terrain de jeu des plus passionnés d’entre nous.

Pascal Laurin 

Directeur Industrie 4.0 pour Bosch France et Directeur de Business Unit chez Bosch Rexroth, Pascal Laurin observe depuis près de 14 ans les grandes évolutions technologiques du monde industriel, ainsi que leur impact et les opportunités commerciales liées. 

Les avis d'experts sont écrits sous l'entière responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Nouvelle
 

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