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[Tribune] Il faut réallouer les 58 milliards de dividendes du CAC 40

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Tribune La CFE-CGC, par la voix de Gérard Mardiné, son secrétaire national en charge de l’économie, de l’industrie et du développement durable, demande au gouvernement de prendre, dans la loi PACTE, des mesures structurelles fortes permettant d’orienter réellement la gouvernance des grandes entreprises vers les enjeux de long terme.

[Tribune] Il faut réallouer les 58 milliards de dividendes du CAC 40
Gérard Mardiné, de la CGE-CGC, estime qu'il faut réallouer les dividendes des entreprises vers des investissements de long terme, et notamment la robotique.

Les entreprises citées

En partenariat avec Industrie Explorer

Comment expliquer le paradoxe entre la part croissante des ressources des très grandes entreprises consacrée à rémunérer leurs actionnaires, et le constat d’un déficit d’investissement dans les enjeux d’avenir, dont la transition écologique, estimé pour la France à 30 milliards d’euros par an ?

Les ressources de notre activité économique ont été progressivement distordues au profit des actionnaires du fait de la financiarisation excessive des très grandes entreprises. Celle-ci conduit à une pression forte sur les entreprises dans leur chaîne de sous-traitance et à des effets négatifs sur l’investissement, les salaires et l’emploi en France. La poursuite, notamment, de délocalisations excessives d’activités, y compris à forte valeur ajoutée, entraîne des transferts de compétences non maîtrisés, pénalisant la compétitivité future de notre industrie. Le tout contribuant aux difficultés exprimées par nos concitoyens sur une précarité croissante et un pouvoir d’achat en baisse couplées à une absence de perspectives d’amélioration.

Réallouer les dividendes vers l'investissement

Une gouvernance plus responsable de nos grandes entreprises, orientée davantage sur les enjeux de long terme, permettrait de réallouer, sur les 58 milliards d’euros de rémunération annuelle des actionnaires du CAC 40 (en 2018), plus de 20 milliards d’euros en investissements de recherche et développement (pour acquérir de bonnes positions dans les activités de la transition écologique), de modernisation de notre outil de production qui accuse un retard d’investissement en robots, et dans notre capital humain (emplois, formation et salaires).

Une telle réallocation générerait la création de 500 000 emplois qualifiés directs en France, en générant un million supplémentaire de façon induite. Elle est conforme à l’intérêt des actionnaires, puisqu’elle préserverait une rémunération satisfaisante, supérieure à ce qu’elle a été entre 2003 et 2006 avant le déclenchement de la crise financière, et qu’ils bénéficieraient sur le long terme d’une part des revenus générés par ces investissements. N’oublions pas qu’une entreprise en bonne santé est celle qui investit pour assurer son développement futur et non celle qui distribue le plus de dividendes !

Financer les services publics tout en baissant la pression fiscale

Au-delà du bénéfice sociétal lié à la diminution forte du chômage, générant une économie de plus de 15 milliards d’euros sur son indemnisation qui pourrait être réaffectée utilement, il en résulterait un fort effet démultiplicateur. L’augmentation de l’activité alimenterait tous les moteurs de la croissance, consommation, investissement, exportations et gonflerait les recettes fiscales. La voie est alors tracée, permettant de maintenir le financement de services publics de qualité tout en diminuant le déficit public et autorisant la baisse du taux des prélèvements fiscaux du fait de l’augmentation forte de leur assiette. C’est cette baisse de taux qui seule peut concrétiser la baisse de la pression fiscale souhaitée par nos concitoyens.

Il est donc vital d’enclencher rapidement ce cercle vertueux au service de l’intérêt général, privilégiant une vision de long terme sur la logique financière de court terme de nombreuses grandes entreprises. Les mesures nécessaires peuvent toutes être implémentées rapidement dans la loi PACTE en cours d’examen parlementaire: définition obligatoire de la raison d’être des entreprises, associée à un engagement actionnarial à la respecter ; augmentation du nombre d’administrateurs salariés à au moins un tiers des administrateurs ; poids accru des critères extra-financiers dans la rémunération des dirigeants ; développement plus volontariste de l’actionnariat salarié ; lutte renforcée contre l’évasion fiscale…

Un enjeu démocratique

Se contenter de mesures conjoncturelles de faible portée, comme celles votées en décembre 2018 dans le plan d’urgence économique et social, qui n’adressent que les conséquences sans remédier aux causes et dégradent un peu plus nos finances publiques, serait incompréhensible. Les causes continuant à produire leurs effets, la crise sociale s’aggravera.

La solution passe par redonner à notre démocratie, dans toutes ses composantes, le pouvoir de gérer les enjeux d’avenir que les milieux d’affaires internationaux lui ont progressivement confisqué au seul profit de quelques-uns et au détriment de l’intérêt général. L’urgence est là, les solutions existent, le gouvernement doit agir vite.

Gérard Mardiné, secrétaire national CFE-CGC en charge de l’économie, de l’industrie et du développement durable

Les avis d'experts sont écrits sous l'entière responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Nouvelle.

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1 commentaire

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27/03/2019 - 10h58 -

Bonjour, Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que ces mesures vitales sont malheureusement interdites dans le cadre des traités européens (lisez donc l'article 121 sur les Grandes orientations de politique économique de l'UE, ou bien l'article 63 du TFUE qui interdit le contrôle des flux de capitaux). Tant que la France est coincée là-dedans, la feuille de route des présidents français est écrite, et la crise sociale, politique et morale s'amplifiera. FA
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