[Tribune] La réforme de notre système de santé au travail doit être innovante pour être efficace

Un accord vient d'être trouvé entre patronat et syndicats sur la réforme du système de suivi de la santé au travail. Yannick Jarlaud directeur général de Val Solutions, explique pourquoi le système français de santé au travail doit faire sa transformation numérique à cette occasion.

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[Tribune] La réforme de notre système de santé au travail doit être innovante pour être efficace

La crise sanitaire modifie considérablement le rapport qu’entretiennent les Français à leur santé au travail. D’ailleurs, 82% des salariés jugent important et indispensable que leur employeur renforce le suivi médical dans leur entreprise, selon un sondage Imagine Human – BVA Opinion réalisé en mai 2020. Un constat d’autant plus significatif en cette seconde période de confinement, impliquant la généralisation du télétravail pour une part importante des 26 millions de salariés français.

Depuis le déconfinement du mois de juin dernier, de nombreux salariés décident ou non, de se rendre sur leur lieu de travail au nom de leur santé... Un fait inimaginable il y a encore quelques mois. Ce contexte sanitaire nous oblige donc à revoir totalement nos manières de travailler, à l’aube d’une réforme du système français de santé au travail à l’enjeu crucial : celui de garantir la bonne santé de la population active française. Si le consensus est réel autour du besoin de réforme, encore faudra-t-il que celle-ci soit juste. L’accord interprofessionnel qui vient d’intervenir entre partenaires sociaux va dans le bon sens. Il est toutefois indispensable que l’ensemble des acteurs du système s’engagent dans la modernisation de ce dernier, notamment grâce aux technologies de l’information.

Comme le monde de la santé en général, le monde de la santé au travail souffre d’une pénurie de ressources, et notamment de médecins du travail, de difficultés de management, mais également d’un manque d’innovation numérique. L’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), souligne elle-même «une grave lacune» en matière de système d’information et d’interopérabilité qu’elle qualifie de «véritable perte de chance à la fois pour la qualité du suivi de la santé des salariés les plus fragiles et mobiles, pour le suivi des risques et expositions identifiés, pour le pilotage de l’activités des SSTI et, enfin, pour le suivi épidémiologique» ajoutant que cette lacune nuit également au suivi des politiques nationales et régionales de santé au travail et de prévention des risques professionnels.

Aujourd’hui plus que jamais, la France doit avoir l’ambition de proposer la meilleure santé au travail d’Europe, en permettant à ses acteurs de moderniser leurs services et d’augmenter leur capacité de conseil de prévention aux entreprises privées et publiques. Cela nécessite une modernisation de notre organisation et une prise de conscience de tous les acteurs des réalités sur le terrain.

Les services de prévention et de santé au travail (SPST, la nouvelle dénomination définie dans l’accord national Interprofessionnel du 10 décembre 2020) souffrent d’un évident problème de perception. De la part des salariés qui ne voient la santé au travail qu’au travers des visites médicales et non pas comme un instrument de progrès mesurable de leur qualité de vie au travail. De la part des entreprises qui semblent y voir une contrainte alors même que la santé au travail et la prévention peuvent s’avérer créatrices de valeur. De la part des pouvoirs publics qui tardent à apporter le cadre nécessaire pour accompagner la modernisation de la santé au travail. Mais pour accompagner cette mutation, encore faut-il la comprendre.

Ce constat n’a pas vocation à pointer du doigt nos services de prévention et de santé au travail dont l’implication au quotidien est exemplaire, particulièrement durant la crise que nous traversons. L’Etat ne doit d’ailleurs surtout pas tomber dans le piège qui consisterait à tout défaire en confiant la gouvernance de nos services de prévention et de santé au travail interentreprises (SPSTI) à une tierce entité, ou à prendre la main sur la collecte des fonds. Pour des raisons évidentes de transparence, cette cotisation doit rester spécifique et collectée directement auprès des entreprises par les SPSTI. De la même façon, la question du regroupement des SPSTI doit être organisée au niveau départemental et local pour favoriser la singularité et ne pas tomber dans « l’usine à gaz » que représentent les regroupements régionaux.

Pourquoi ne pas s’appuyer plutôt sur le savoir-faire de nos SPST au travail et leur offrir un cadre législatif favorable afin de les accompagner encore plus loin en matière d’innovation ? Voici finalement tout l’enjeu de cette réforme. La formation des médecins du travail, l’établissement d’une approche pluridisciplinaire commune, la prise en compte de la santé du dirigeant lui-même, l’exigence d’interopérabilité des logiciels métiers de santé au travail, ou encore la mise en place d’indicateurs communs et de certification sont des leviers qui ne demandent qu’à être actionnés.

Les solutions existent et ne demandent qu’à être exploitées. Donnons les moyens à nos services de prévention et de santé au travail de faire face aux défis de demain. C’est assurément la condition pour que la France puisse préserver la bonne santé des 26 millions de Français qui composent la population active, dans une période où celle-ci est si observée, contrôlée et préservée.

Yannick Jarlaud, directeur général de Val Solutions

Les avis d'experts sont publiés sous l'entière responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Nouvelle.

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