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[Transformation Numérique] Avec Dassault Systèmes, le logiciel s'auto-disrupte

Publié le , mis à jour le 15/01/2018 À 10H23

L’éditeur de logiciels Dassault Systèmes réinvente son modèle d’affaires et se rêve en Amazon de l’industrie.

[Transformation Numérique] Avec Dassault Systèmes, le logiciel s'auto-disrupte
Dassault Systèmes accompagne des start-up comme XtreeE, spécialisée dans l’impression 3?D en béton.

Les entreprises numériques ne sont pas à l’abri de bouleversements… numériques. Dassault Systèmes, l’éditeur de logiciels de conception et de product lifecycle management (PLM) en fait la démonstration. Cette gloire de la tech française créée il y a 37 ans revoit son positionnement. D’une part à cause de l’évolution récente du secteur du logiciel vers un mode software as a service (logiciel à la demande), qui constitue aujourd’hui environ 25 % des revenus des éditeurs selon le Syntec numérique. D’autre part, pour accompagner le virage de l’industrie vers le numérique. Dassault Systèmes engage une véritable mutation avec le lancement d’une place de marché virtuelle façon Amazon de l’industrie. Ingénieurs, designers et fabricants de pièces pourront s’y connecter au premier semestre 2018. À terme, les logiciels de l’éditeur – comme Catia et Solidworks – seront directement accessibles en ligne sans que leur usage ne soit facturé, l’éditeur se rémunérant par une commission sur la commande de la pièce à un fabricant.

Il s’agit d’un changement fondamental de modèle économique. « Nous ne vendons plus l’outil. Nous le mettons à disposition et nous nous associons au résultat final. Du point de vue de l’utilisateur, vous n’achetez pas l’outil, vous achetez le résultat de l’outil, détaille Pascal Daloz, le directeur général adjoint et responsable du développement du groupe. C’est la transformation numérique du numérique. Avec la marketplace, on veut disrupter le monde du logiciel – nous inclus ! » Cette marketplace est en développement depuis plusieurs mois et en test auprès de bêta clients et d’une trentaine de fournisseurs. Sa première version s’adresse aux acheteurs et fabricants de pièces imprimées en 3 D, mais l’éditeur ouvrira la plate-forme aux autres méthodes de fabrication. Surtout, il entend bien y développer de nouveaux services, à l’instar du « 3 D Part supply », qui permettra d’accéder en ligne à un catalogue de pièces de fournisseurs et de télécharger le modèle 3 D de la pièce choisie pour l’intégrer à la maquette numérique du projet. L’intérêt : éviter à l’ingénieur de concevoir à nouveau toute la pièce.

De la Chaîne de valeur au réseau de valeur

Cette place de marché est l’une des briques permettant à l’éditeur de concrétiser sa vision de l’industrie du futur, marché sur lequel il compte s’imposer. Dassault Systèmes veut créer une continuité numérique non seulement entre les différents services d’une entreprise (marketing, ingénierie, production…), mais aussi entre tous les acteurs d’une supply chain industrielle. « Dans les années 2000, le but était de livrer des produits avec un rapport qualité coût correct à des clients internationaux grâce à une supply chain verticale. En 2010, le marché est tiré par une demande spécifique à chaque pays ; on parlait alors de chaîne de valeur. Aujourd’hui, les clients finaux demandent des produits adaptés à leurs propres besoins et dont ils peuvent faire usage chacun à leur manière. Pour répondre à ce nouveau paradigme, il faut raisonner en réseau de valeur », expose Guillaume Vendroux, le PDG de Delmia, la marque simulation de Dassault Systèmes.

« Ce qu’on appelait autrefois la supply chain, avec les donneurs d’ordres et les sous-traitants, va voler en éclats », résume Pascal Daloz. À la place, le dirigeant veut permettre aux industriels « d’aller chercher la compétence et la ressource machines disponibles au meilleur prix, quel que soit l’endroit du monde, tout en garantissant le résultat en termes de conformité et de traçabilité ». La solution logicielle traduisant cette vision est une plate-forme numérique partagée, sans rupture entre les différents acteurs, ni entre les étapes de fabrication, qui permette à chacun d’apporter, simultanément, une valeur au produit.

La concurrence des start-up

Ce modèle, l’éditeur travaille à le mettre en place depuis le lancement de sa plate-forme collaborative 3 D Experience en 2012. Il s’agit d’un environnement unifié, commercialisé sous forme d’abonnement qui connecte tous ses logiciels métiers et leurs utilisateurs autour d’un même référentiel : le modèle numérique du produit sur lequel ils travaillent. Chaque année sont ajoutées de nouvelles fonctions, comme la possibilité de créer un jumeau numérique de son usine, de passer en réalité virtuelle pour la revue de conception en cliquant sur un bouton du menu. Ce virage vers des logiciels sous forme de plate-forme a été emprunté par d’autres grands du secteur tels l’allemand Siemens et les américains PTC et Autodesk. Au risque d’une surabondance de plates-formes. « À terme, il ne pourra pas subsister un nombre important de plates-formes, comme on l’a vu chez celles généralistes comme Amazon ou Google », analyse Marc Genevois, le président du collège éditeurs du Syntec numérique, qui prévoit une consolidation du marché des plates-formes professionnelles dans les années à venir.

La marketplace de Dassault Systèmes pousse la démarche un cran plus loin en ajoutant la mise en relation et un socle d’e-commerce. « Ce qu’Amazon a fait pour l’achat, nous voulons le faire pour la conception, la fabrication et, d’une certaine manière, la distribution de biens industriels. C’est ça, le concept de la marketplace », explique Pascal Daloz. Si Dassault Systèmes met en avant cette ambition, nul doute que des préoccupations plus défensives entrent en compte. Le business model de marketplace est aussi un moyen pour l’éditeur d’éviter de se retrouver désintermédié par de nouveaux acteurs, plus petits et plus agiles que lui. « Le passage au cloud a laissé la porte ouverte à de nouveaux entrants dans le secteur du logiciel, insiste Marc Genevois. Il sera difficile pour une start-up de convaincre en proposant les mêmes services qu’un éditeur historique. Par contre, ces start-up peuvent développer de nouveaux business models et apporter une nouvelle valeur ajoutée. Les marketplaces ayant déjà ébranlé les acteurs historiques du rétail, d’autres secteurs peuvent craindre la même chose, y compris les éditeurs. » Une crainte loin d’être infondée : des start-up comme The Price Hub et Usineur.fr ont déjà commencé à investir ce créneau de marketplace industrielle. Dassault Systèmes compte sur sa maîtrise de la maquette numérique d’un produit, qui constitue la monnaie d’échange sur une place de marché industrielle virtuelle, pour garder une longueur d’avance. « Les concurrents les plus dangereux sont ceux qui n’existent pas encore avec des business models que nous n’imaginons pas encore », prévient toutefois Marc Genevois. Dassault Systèmes n’a probablement pas fini de s’auto-disrupter. 

 

 

Mixer différents business models

Dassault Systèmes s’ouvre à de nouveaux modèles d’affaires avec l’abonnement et bientôt une place de marché virtuelle. Mais il n’abandonne pas la vente de licences annuelles, notamment pour son logiciel Solidworks, certes commercialisé sous forme d’abonnement de trois mois depuis un an, mais encore disponible en licence annuelle. « Nos clients sont demandeurs de ce modèle de vente. C’est même grâce aux licences que nous arrivons à capter de nouveaux clients, car nos concurrents ne les proposent plus », explique Stéphane Bonnamour, le directeur commercial Europe de Solidworks. Les petites entreprises sont particulièrement attachées aux licences. Conserver différents business models permet aussi à l’éditeur d’éviter les déconvenues financières qui ont coûté cher à certains de ses concurrents passés au tout abonnement.

 

L’open innovation pour approcher de nouveaux marchés

L’organisation interne de Dassault Systèmes est, elle aussi, touchée par la transformation numérique. L’éditeur a mis en place depuis cinq ans une stratégie d’open innovation pour se rapprocher de start-up innovantes et s’ouvrir à de nouveaux marchés : les sciences de la vie, la ville intelligente et le lifestyle. Des domaines assez éloignés de ses clients historiques, plutôt concentrés dans l’industrie aéronautique et automobile. Frédéric Vacher, son directeur de l’innovation, en est à l’origine. Il a d’abord créé un fablab interne pour observer les usages des nouveaux modes de fabrication comme l’impression 3 D, puis un accélérateur de start-up – le 3 D Experience lab. « Pendant trente ans, Dassault Systèmes a innové avec l’industrie. Depuis quelques années, on pense que de nouveaux espaces d’innovation existent, comme chez les start-up et chez les makers dans les fablab », explique-t-il. Depuis sa création, il y a deux ans, le 3 D Experience lab a accompagné une quinzaine de start-up, dont Biomodex qui imprime en 3 D des doubles d’organes à destination des chirurgiens en formation, le spécialiste de l’impression 3 D de béton XtreeE ou encore Eel Energy qui développe une hydrolienne à membrane ondulante. La manière dont les projets sont sélectionnés est innovante. Particuliers, collectifs d’entreprises et start-up peuvent présenter un projet à Dassault Systèmes. Celui-ci est ensuite soumis via un réseau social interne à une communauté d’idéateurs, composée aujourd’hui de 400 salariés volontaires de l’éditeur. Ils peuvent décider de soutenir le projet en le commentant, voire en le « pitchant » devant les autres membres de la communauté. « Une fois le projet validé par notre comité de sélection, un appel à l’ensemble des 14 000 salariés est lancé sur notre réseau social interne pour que ceux qui le souhaitent, participent au projet en tant que mentor. Environ 10 % de leur temps de travail habituel est dégagé pour qu’ils puissent le faire », explique Frédéric Vacher. Ce mode de sélection de projets innovants intéresse aujourd’hui les clients de Dassault Systèmes. Un autre moyen pour l’éditeur d’être présent sur l’ensemble de la supply chain, en remontant jusqu’au processus d’idéation. 

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