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Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Davos…

Christine Kerdellant - Directrice de la rédaction , , ,

Publié le

Reportage De notre envoyée spéciale Christine Kerdellant au World Economic Forum 2019 de Davos (Suisse)

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Davos…
Bienvenue au forum Davos, en Suisse
© Christine Kerdellant

D’accord, Donald Trump, Theresa May et Emmanuel Macron ont déclaré forfait. Le World Economic Forum de Davos se déroulera sans eux, avec de drôles de vedettes : un président brésilien sulfureux, un prince britannique et une adolescente tellement obsédée par le réchauffement climatique qu’elle a fait 50 heures de train pour être des leurs.

Une étude publiée ce mardi 22 janvier montre que les patrons sont plutôt pessimistes pour 2019, mais ceux qu’on croise dans les couloirs couverts d’épaisses moquettes contredisent ce constat : certes, le rythme de la croissance va baisser, mais il y aura toujours de la croissance.  Ils semblent plein d’entrain malgré leur réveil aux aurores. Car le forum de Davos commence tôt : à 8h du matin. A quoi ressemble ce rendez-vous incontournable des happy few, lorsqu’on y débarque pour la première fois ?

Davos, c’est quoi ?

Deux choses essentiellement : un décor et un programme.

Le décor, helvétique à souhait : une station de ski réputée pour son chic dans un village sans grâce, des rues qui semblent sculptées dans la neige, un centre de congrès gigantesque et très protégé, un petit monde bien au chaud quand la température extérieure descend à -17 degrés ce mardi matin. Pas d’embouteillages – navettes et organisation suisse oblige - malgré les 3 000 personnes présentes cette année.

Le programme : imprimé, ce serait un vrai bottin (111 pages). Il liste toutes les sessions du World Economic Forum 2019. Soit quelque 300 conférences ou ateliers entre le lundi 21 janvier au soir (concert d’ouverture, remise de trophées à des leaders culturels et artistiques, dîner d’accueil) et le vendredi 25 midi (discours de clôture du président du forum Berge Brende, concert final et déjeuner d’adieu). Entre les deux, des séances plénières dans un immense amphi et des ateliers dans des salles plus confidentielles.

Mardi, à l’heure du café, vous avez ainsi le choix entre « Un nouveau calendrier pour l’Europe », « L’usine du futur »,  « La robotisation micro-chirurgicale », « L’Asie à l’âge du digital », « Un jour dans la vie d’un réfugié », « Data policy » ou » Cartooning for peace »… Si vous n’arrivez pas à suivre le rythme, mercredi matin, à 8h15 précises, vous préférerez aller... à la séance de méditation.

Le thème principal du forum 2019, « Globalisation 4.0 », ne s’affiche que pendant la plénière d’ouverture « Bâtir la globalisation 4.0 ». Comment rendre la mondialisation soutenable et inclusive ? Comment donner au monde une architecture globale à l’ère de la 4ème révolution industrielle, c’est-à-dire de l’IA, de l’ordinateur quantique, de l’impression 3D et de l’internet des objets ? Klaus Schwab, 80 ans, fondateur du forum de Davos, écoute les réponses de Satya Nadella, le CEO de Microsoft, et d’une demi-douzaine de patrons d’ONG. En réalité, la colonne vertébrale du forum, celle qui se devine entre les propos des speakers et les lignes du programme, c’est la moralisation du capitalisme. Car il y a urgence. Les anonymous, Occupy Wall Street, les Gilets Jaunes et, en Suisse, la grève des jeunes, ont fini par « infuser » : le capitalisme doit s’amender s’il ne veut pas disparaître.

(Klaus Schwab, fondateur du forum de Davos. Images: Christine Kerdellant)

Davos, qui y voit-on ?

Malgré les quelques absences remarquées, les grands animaux politiques présents à Davos 2019 sont un savant mélange d’orthodoxes et de populistes : la chancelière allemande Angela Merkel, le premier ministre japonais Shinzo Abe, le nouveau président brésilien Jair Bolsonaro, le président du conseil des ministres italien Guiseppe Conte, le prince William, duc de Cambridge, le chanteur Bono (un habitué), Al Gore… et Greta Thunberg, donc, l’activiste de 16 ans qui a inspiré les grèves de la jeunesse pour le climat. La jeune Suédoise doit participer à l’Arctic Basecamp, un happening en marge du forum destiné à sensibiliser l’opinion publique sur la hausse des températures. Elle a pris le train pour venir de Stockholm, soit 50 heures aller et retour : impossible de douter de son engagement.

Si ce plateau n’est pas le plus prestigieux depuis la création du forum– de Barack Obama aux Clinton, de Bill Gates à Carlos Ghosn, de Nelson Mandela à Christine Lagarde -, Klaus Schwab a accueilli tout ce que la planète a porté de gens qui comptent –, il montre une nouvelle fois que les uns viennent chercher une respectabilité ("les populistes ne sont pas hostiles aux entrepreneurs", martèlent les Italiens) et les autres un brevet de bons sentiments ("le capitalisme doit être plus éthique", "il faut faire reculer les inégalités", "il faut sauver la planète").

On peut apercevoir ces têtes plus ou moins couronnées au moment où elles entrent dans la grande salle avant de prendre la parole, entourées de gardes du corps et de conseillers. Mais n’espérez pas les croiser dans les couloirs un café à la main, et encore moins vous retrouver assis à côté d’elles durant une session : les speakers se mélangent peu aux congressistes, preuve que certains happy few sont plus happy que les autres. Vous croiserez tout de même des têtes familières : journalistes de télévision, économistes réputés, et surtout chefs d’entreprise et CEO puisque le forum a été créé pour eux : à l’origine, il y a bientôt un demi-siècle, il s’appelait «European Management Forum».

Davos, combien ça (vous) coûte ?

Les entreprises - ce sont en général elles qui payent - doivent d’abord être membres du WEF en acquittant une cotisation annuelle de 50 000 euros. Ensuite, elles ne peuvent théoriquement envoyer que leur PDG, qui payera environ 20 000 euros pour sa participation.

Mais même si le chiffre est secret, on peut estimer que la moitié des 3 000 participants viennent gratuitement : les patrons des ONG et autres « non-profit » sont invités à venir défendre leur cause, des délégations de pays émergents à faire connaître leur pays, des représentants de la génération Z ou des scientifiques à livrer leur vision du monde… On trouve aussi quelques journalistes accrédités pour chaque pays, sachant que 115 nations sont représentées.  L’Usine Nouvelle a reçu une invitation en tant que partenaire : le WEF a en effet repéré nos contenus et publie désormais sur son site, chaque semaine, quelques articles d’usinenouvelle.com.

Davos, à quoi ça sert (vraiment) ?

"Committed to improving the state of the world" (“Vocation : améliorer l’état du monde") L’ambition de cette « plate-forme de dialogue » frôle la prétention, et pourtant, Klaus Schwab a toujours voulu faire réfléchir les puissants, et y arrive parfois. Evidemment, quand le forum veut se consacrer à la réduction des inégalités ou aux conditions de la croissance durable, il souffre de son image de “club des ultra-riches”. Certains souvenirs ont la vie dure, comme celui du chanteur Bono traitant les participants de "Fat cats in the snow" (des nantis dans la neige), ou les quolibets des anti-Davos qui désormais manifestent à Berne ou à Zurich.

Davos a servi de modèle à de nombreuses manifestations dans le monde. En France, le Women's Forum, lancé par Aude de Thuin en 2005 et désormais propriété de Publicis, rapproche lui aussi universitaires, patron(ne)s, chercheu(se)s, politiques, ONG… Il a souvent été qualifié de « Davos des Femmes ».

Dernière utilité du forum : pour Emmanuel Macron, Davos est un hameçon à patrons idéal : le président profite du passage en Europe des dirigeants des GAFA et autres grandes entreprises américaines pour inviter une brochette de leaders à Versailles, et les inciter à investir en France. Les "gilets jaunes" n’effraient pas les congressistes du WEF : ils voient dans cette rébellion la preuve que notre gouvernement tente de réformer le pays.

Davos, pourquoi ils y reviennent ?

Pas pour les fêtes extravagantes des GAFA… Contestés un peu partout dans le monde, accusés avec raison de ne pas payer d’impôts dans les pays où ils gagnent de l’argent, Facebook ou Google n’osent plus en dépenser trop ostensiblement dans la station suisse.

On ne vient pas non plus, ou pas beaucoup, pour les conférences… même si chacun peut y piocher ici ou là, de bonnes idées, parfois des prophéties, au moins des « signaux faibles ». Mais les speakers s’en tiennent le plus souvent à un discours convenu. Quelques-uns, souvent des femmes speakers, font passer un peu d’émotion… C’est pourquoi les organisateurs font beaucoup d’efforts pour les faire venir plus nombreuses. Elles représentent aujourd’hui 22% des participants.

Alors pourquoi vient-on ? Pour les contacts, bien sûr. Ceux que vous faites durant les pauses-café (réputées pour leurs délicieuses petites brioches), les déjeuners et les dîners. Mais ces moments-là ne sont que la partie émergée de l’iceberg. C’est la concentration de dirigeants au mètre carré qui compte. Un grand patron qui passe trois jours à Davos recevra dans son hôtel, ou dans une installation éphémère, ses clients, ses fournisseurs, ses banquiers, ses actionnaires, voire… ses concurrents ! Sans parler des dirigeants politiques des pays au sein desquels son groupe possède des intérêts. Certains rapprochements de grandes entreprises, dans la chimie, la pub ou les médias, ont été initiés à Davos.

Davos, le programme off

Le soir, la « promenade » - la grande rue de la station - ne ressemble guère aux Ramblas barcelonaises, même quand la température repasse au-dessus de -10 degrés. Donc on ne s’y promène pas. En revanche, pour ceux qui n’ont pas de soirées privées, le forum propose des dîners à thème. Mardi soir, par exemple, vous avez le choix entre « Sensory dinner in the dark » (une expérience de dîner dans le noir pour développer vos sens), « Europe stepping up to lead » (l’Europe peut-elle imposer ses valeurs dans la nouvelle architecture mondiale ?) ou « Joyful by design » (à défaut de guérir tous les malheurs du monde, on peut choisir de vivre dans la joie »)

Et quand le forum est fini ?

Le WEF est une fondation à but non lucratif qui emploie plusieurs centaines de personnes. Il vit toute l’année en dehors de Davos, à Genève. L’organisation à but non lucratif publie des rapports économiques sur le tourisme, les risques, le commerce, etc. Il organise aussi des forums dans d’autres pays, comme la « Réunion annuelle des nouveaux champions », en Chine. Le rapport le plus lu et le plus commenté de ceux qu’il réalise chaque année est le classement de la compétitivité mondiale.

Quant aux participants, ils attendent avec impatience les dates du forum suivant pour réserver leur hôtel : ceux qui se décident en octobre ou même novembre n’auront pas de place à Davos même – hôtel et airbnb sont pris d’assaut – mais dans une ville voisine, à 20 minutes minimum. Pour ceux qui attendent janvier, ce sera 45 minutes !

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