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L'Usine de l'Energie

"Total va payer l'impôt sur les sociétés sur ses résultats 2015 en France", affirme son DG Patrick Pouyanné

Ludovic Dupin , , , ,

Publié le , mis à jour le 01/05/2015 À 08H17

Entretien Dans une interview accordée à L’Usine Nouvelle, le directeur général de Total, Patrick Pouyanné, revient sur la réorganisation du raffinage français. Avec la création d’une bioraffinerie sur le site de la Mède (Bouches-du-Rhône), le groupe ne veut pas se placer en concurrent mais en allié de la filière tricolore existante. Si cette nouvelle activité doit permettre au groupe de trouver plus de rentabilité en France, le grand patron nous révèle en exclusivité que son groupe paiera des impôts sur les bénéfices sur ses résultats de 2015. Une première depuis 2012. Dans cet entretien, le pétrolier défend aussi la capacité nucléaire française : grâce à elle, le coût de l'électricité en France demeure modéré, estime le patron.

Total va payer l'impôt sur les sociétés sur ses résultats 2015 en France, affirme son DG Patrick Pouyanné © L'Usine Nouvelle

L'Usine Nouvelle - Votre volonté de transformer la raffinerie de la Mède en bioraffinerie inquiète les agriculteurs et les acteurs de la filière biocarburants. Que leur répondez-vous ?

Patrick Pouyanné - Je suis surpris de cette réaction. Je pense qu’il y a des incompréhensions sur nos intentions. C’est un marché en croissance et il y a de la place pour tout le monde ! Il y a, aujourd’hui, une obligation d’intégration de 7 % de biocarburants dans le carburant. Elle passera à 10 % en 2020. En 2015, le marché français s’élève à 2,5 million de tonnes par an dont 500 000 tonnes importées. Il va croître entre 3 et 3,5 millions de tonnes dans les années à venir et bien plus au niveau européen puisqu’on envisage un marché de 20 millions de tonnes. Quand la bioraffinerie de la Mède sera à pleine production en 2018, nous produirons 500 000 mille tonnes. Donc nous n’allons pas concurrencer la production nationale actuelle ! Il me semble que la filière réagit contre la position historique des pétroliers qui ont longtemps été opposés au développement des biocarburants. Mais les temps ont changé ! Total veut participer au développement des énergies renouvelables. Et les agriculteurs devraient voir dans la mue de Total l’apparition d’un nouvel allié. Je suis d’ailleurs prêt à devenir un avocat aux côtés de la filière pour que les 10 % d’intégration de biocarburant prévu en 2020 soient avancés à 2017 ou 2018 ! Et je suis bien sûr ouvert au dialogue avec Xavier Beulin que je connais bien.

Cette transformation de la Mède préfigure un mouvement plus large sur le raffinage français ?

Non, nous n’avons pas prévu de remplacer toutes les raffineries par des bioraffineries !Une seule suffira.  Ces deux dernières années, nous avons beaucoup travaillé sur la vision de notre raffinage en France. Ma volonté est de lui offrir une perspective à dix ans et plus, avec pour idée fixe qu’un site industriel durable, c’est un site qui fait des profits. Nous ne pouvons pas accepterque les gains faits par Total à l’étranger subventionnent les pertes en France.  Sur nos cinq raffineries, trois d’entre elles, Gonfreville, Grandpuits et Feyzin, ont bien résisté aux faibles marges de raffinage en 2013 et 2014. Deux autres ont été plus fragiles. A Donges, nous avions un point mort entre 25 et 30 dollars la tonne. Nous pouvons le descendre sous 20 euros la tonne. Le problème du site est que sa production n’était plus adaptée aux dernières spécifications européennes et devait être exportée moyennant un surcoût important. En investissant 400 millions d’euros, notamment dans de nouveaux équipements, nous repositionnons la raffinerie de Donges sur son marché domestique. A la Mède, la situation est plus complexe avec un point mort à 40 dollars la tonne. En étudiant le problème, nous avons conclu que nous pouvions transformer les unités existantes de la raffinerie pour traiter des huiles usagées et des huiles végétales à la place du brut.  Nous allons investir 200 millions d’euros pour redonner un futur industriel au site. Et c’est une opération rentable pour nous : construire une bioraffinerie ex-nihilo nous aurait coûté 4 fois plus cher !

Avec ces investissements, vous allez retrouver de la rentabilité et enfin pouvoir payer des impôts en France ?

D’abord, je veux rappeler que nous payons déjà 950 millions d’impôts et de taxes diverses dans notre pays par an. Depuis 2012, nous ne payons plus d’impôt sur les sociétés. Nous allons payer des impôts sur les sociétés sur nos résultats 2015 en France. Ce qui veut dire que nos efforts pour redonner un avenir industriel à nos sites commencent à porter leurs fruits ! Avec ces futurs investissements, l’objectif est que nos activités françaises restent rentables durablement, même lorsque les marges sont faibles. Le montant de l’impôt de 2015 sera bientôt public. J’espère que cela apaisera les polémiques sur le sujet. Je tiens toutefois à rappeler que Total paie 60 % d’impôts sur ses bénéfices dans le monde, dans les pays où Total gagne de l’argent.

Gaz de schiste : "En tant que citoyen, je regrette qu’au pays de Descartes, nous n’ayons pas envie de savoir si nous possédons cette ressource"

Patrick Pouyanné

 

Quelle est votre sentiment sur la politique française en matière de transition énergétique, de nucléaire ou de gaz de schiste ?

En matière de compétitivité, la France a un avantage : le coût de son électricité. La France aujourd’hui veut faire évoluer son modèle énergétique ? C’est très bien ! Mais, je dis qu’il faut faire attention à ne pas perdre cet atout. Car nous ne sommes pas très performants sur les autres facteurs de compétitivité comme le coût du travail. Le nucléaire est un atout pour notre pays et il faut le considérer comme tel. En ce qui concerne le gaz de schiste, si le gouvernement et l’Assemblée Nationale décident de ne pas en produire, nous n’en produirons pas. Total respecte la loi des pays où il opère. Comme nous ne pouvons pas explorer le gaz de schiste en France, nous le faisons aux Etats-Unis, en Argentine, en Australie. En tant que citoyen, je regrette qu’au pays de Descartes, nous n’ayons pas envie de savoir si nous possédons cette ressource. Tout le monde dit que nous en avons… la vérité c’est que l’on n’en sait rien ! Total est une société d’exploration pétrolière et gazière, et nous savons combien il faut être humble dans ce domaine : 70 % des explorations sont des échecs. Aujourd’hui, le débat est clos. Nous serons ouverts au dialogue si les choses changent demain.

Propos recueillis par Thibaut de Jaegher et Ludovic Dupin

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1 commentaire

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30/04/2015 - 20h23 -

Payer des impôts en France, mais pourquoi donc : pour engraisser mieux les fonctionnaires inutiles et rentiers et qui détruisent l'économie ?
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