Tesla : donner ses brevets rapporte plus que de les défendre

A contre-courant de la pensée qui domine le monde de la propriété industrielle, il y a deux semaines, Elon Musk, le patron de Tesla a annoncé qu'il donnait le droit à tous d'utiliser ses brevets. Un acte présenté comme philanthrope mais qui a été pensé et réalisé dans l'intérêt de l'industriel américain. La position de son entreprise n'est pas suffisamment dominante pour se payer le luxe de défendre ses "patents".

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Tesla : donner ses brevets rapporte plus que de les défendre

Le paiement, le spatial, l'automobile... et les brevets ? Non content de perturber des industries historiques, Elon Musk , le patron de Tesla Motors , vient d'ébranler le petit monde de la propriété industrielle en permettant à "qui le veut" d'exploiter librement (en respectant quand même un certain nombre d'engagements comme le rappelle Pierre Breese) ses technologies. Dans son message posté sur son blog, il affirme, à grand renfort de phrase pompeuse, qu'il ne poursuivra pas ceux qui utiliseront ses découvertes. Philanthropie ? Ce serait trop simple. L'entrepreneur, fondateur de Space X ou de Paypal, le fait dans son intérêt bien compris. En libérant l'usage de ses technologies, il entend faire croître un marché de la mobilité électrique encore modeste. 400 000 voitures de ce type ce sont vendues dans le monde depuis le début de l'année, ce qui représente peu face aux 63 millions d'automobiles vendues sur la planète.

Au-delà de ces considérations économiques, cette ouverture (très encadrée encore une fois) nous incite à repenser notre relation aux brevets, les objectifs poursuivis en les mettant en œuvre et à questionner leur efficacité.

1. Breveter, c'est jouer en défense pas en attaque.

Considérés comme une arme de guerre économique, les brevets ne sont pas une arme de conquête : ils ne peuvent servir à protéger que des positions acquises. En donnant accès à ses technos, Tesla ne dit pas autre chose. Il laisse entendre que ses parts de marché dans la voiture électrique sont des positions trop faibles pour qu'elles méritent d'être défendues par un arsenal de "patents" comme on les appelle en anglais.

2. Breveter, c'est protéger une invention, une brique technologique, pas une innovation.

On l'oublie souvent mais les brevets servent à défendre une brique technologique ou un concept spécifique, mais ils ne suffisent pas à rendre compte de la puissance d'un système. Pour vous en convaincre, jetez un œil aux brevets d'Apple : ils ne permettent de reconstituer que quelques morceaux du puzzle, de l'écosystème qui fait la puissance des iPhone, iPad et autres iMac.

3. Breveter, c'est (de plus en plus souvent) spéculer.

C'est très vrai aux Etats-Unis et un peu moins en Europe, mais les brevets sont devenus des supports de spéculation. Aux Etats-Unis, des sociétés entières ont fait commerce de l'attaque en justice de la validité de certains actes de propriété industrielle. Ils spéculent en fait sur les failles de certains brevets en jouant sur une particularité du droit américain qui fait juger ces affaires non par des experts mais par un jury populaire, par monsieur-tout-le-monde en fait. Les entreprises pratiquent aussi ce jeu -à une moindre échelle- pour déstabiliser leurs concurrents.

L'ouverture proposée par Tesla, son don de brevets doit donc s'analyser dans ce double contexte. Ce geste finalement est plus la marque d'une frustration qu'un acte généreux et gratuit ayant pour ambition de faire avancer le monde vers la mobilité électrique. D'une certaine manière, donner ses brevets peut rapporter plus gros à Elon Musk que de les défendre.

Thibaut De Jaegher

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