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Témoignages : la vraie vie du Cice dans les PME

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Publié le , mis à jour le 14/11/2014 À 12H14

Enquête Comment est perçu et utilisé par les PME, le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (Cice), acte annonciateur du pacte de responsabilité ?  Il ressort de notre enquête de terrain, une perception générale plutôt favorable du dispositif mais des approches différentes sur son usage et la manière de l’intégrer à la gestion quotidienne de l’entreprise. Témoignages.

Témoignages : la vraie vie du Cice dans les PME

Le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi touche désormais un grand nombre d’entreprises. Huit milliards d’euros ont été déclarés et en septembre 5,5 milliards avaient été versés. L’Usine Nouvelle a enquêté sur l’impact du Cice dans les PME, sa perception comme son usage. Beaucoup de dirigeants trouvent ce crédit insuffisant pour compenser le niveau élevé des cotisations et des taxes qui pèsent sur leurs entreprises et d’autres critiquent un dispositif mal ciblé. Les allègements consentis à une entreprise comme "La Poste", par exemple, plusieurs fois citée, en énervent plus d’un. En dépit de ces réserves, le Cice reste majoritairement vécu comme un signe fort d’encouragement à se battre. Le plus intéressant est la manière dont il a été appréhendé concrètement dans la gestion des entreprises. Si ceux qui sont en difficulté se sont souvent contentés d’attendre la somme pour soulager leurs trésoreries malmenées, les entreprises les plus dynamiques l’ont intégré dès le début de l’année dans leur budget. Pour sécuriser un projet d’investissement ou revoir une grille tarifaire par exemple. Rarement pour déclencher directement une embauche. Florilèges de dirigeants.

Denis Martin, gérant d’Axitec
13 salariés, 1,4 million de CA, équipements de manutention,  Niort (79)

"Dès septembre 2013, j’ai considéré que le crédit impôt compétitivité ne devait pas être un sujet de pied de bilan mais intégré dans l’exercice de mon activité. A l’époque, j’ai calculé mes économies de main d’œuvre pour revoir ma grille tarifaire. Je n’ai pas estimé la somme totale que j’allais percevoir, j’ai intégré dans un simple tableau Excel les 4 % de baisse sur les salaires, ce n’était pas très compliqué. Dans ma fabrication, les coûts salariaux représentent entre 35 et 40 % du prix de revient. Malgré une légère hausse des achats de matières premières, j’ai pu stabiliser et même légèrement baisser mes prix. J’ai regagné en compétitivité, mon chiffre d’affaires a augmenté de 3%. Mais je m’appuie aussi sur mon label Origine France garantie, obtenu en 2012. Mes commerciaux et moi on se bat pour dire 'Achetez ce qui profite à l’économie locale, cela donne du travail à vos clients.' Les acheteurs des PME y sont très sensibles."

Emmanuel Richard, gérant de Serdi
34 salariés, 2,35 millions de CA, transformateurs électriques, Coudray Montceaux (91)

"Le Cice c’est très simple. J’ai rempli une feuille et c’est tombé à la fin de l’année. Cela  m’a permis d’emménager dans des locaux plus modernes et plus grand car j’ai acheté ma société il y a un an et demi et c’était très vétuste. Sans le Cice, mes résultats financiers n’auraient pas été assez bons pour que la banque me finance entièrement ce transfert. L’année 2014 a été très bonne nous avons eu une progression de chiffre d’affaire de 14 %, mais - 13 % l’année précédente à cause de la perte de notre premier client. Pour ce qui concerne les embauches, chez moi, c’est le carnet de commandes qui les déclenche. Ce qui me gêne c’est la difficulté de licencier si la société va mal. Je ne suis pas très partisan des CDD car j’investis sur la formation des gens. L’idée c’est quand même de les garder."

Jean-Louis Marulaz, PDG de Brûleur AEM
36 salariés, 3,38 millions de CA,  brûleur à gaz de cuisines professionnelles et de l’industrie, Chelles (77)

"Cette année j’ai  investi dans les équipements. J’ai acheté deux machines outils et mon Cice, de l’ordre de 35 000 euros en 2014 en financera grosso modo l’amortissement annuel. Sans le Cice, j’aurais sans doute été plus prudent, je n’aurais investi que sur une seule machine et j’aurais attendu un peu pour la suivante. J’aurais préféré avoir une baisse de charges sur les salaires. J’estime que le Cice vient compenser des hausses de taxes précédentes. L’emploi n’est pas lié au Cice, il est lié à l’activité. Notre activité en 2014 est au niveau de 2009. Je ne pense  pas embaucher tout de suite mais j’investis pour gagner des marchés."

Vincent Carrier, PDG de Mobilier Carrier
17 salariés, 1,55 million de CA, fabrication tubulaires de tables et chaises, Lauzun (82)

"Le Cice, c’est positif parce que c’est un signal fort de prise de conscience des politiques qu’il faut maintenir l’emploi industriel en France. Après il faudra maintenir le cap. Pour 2013, le Cice de mon entreprise s’élève à 12 797 euros. Ce n’est pas énorme mais cela m’a donné confiance et l’envie d’investir. Nous avons aussi augmenté notre chiffre d’affaires de 20 % cette année car notre gamme de produits a bien fonctionné et nous faisons beaucoup de personnalisation pour nous battre contre la Chine. Je vais investir 700 000 euros cette année dans un nouveau bâtiment et une ligne de traitement de surface pour augmenter notre capacité de production. Nous avons déjà embauché une personne et nous prévoyons deux embauches supplémentaires."

Jean-Paul Cathelin, président de A conseil
6 salariés, 492 000 euros de CA, agence de communication interne, Paris (75)

"Nous sommes une petite structure sur un marché difficile en ce moment. Notre Cice de 5 000 euros a réduit le niveau de perte, mais notre résultat est tout de même resté négatif. Cela a un peu renfloué la trésorerie et surtout, c’est simple. On ne peut pas se permettre de gérer de la complexité administrative. Cela nous a évité de licencier. Nous allons prendre un jeune en contrat d’apprentissage. De manière général, on regarde l’évolution de la législation mais on ne recrute pas en fonction des primes ou des incitations, on calcule combien cela va nous coûter au final et si on peut se le permettre."

Propos recueillis par Anne-Sophie Bellaiche

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