Technos et Innovations

Sofradir investit 150 millions d’euros dans le programme Nano 2022 sur la nanoélectronique

Ridha Loukil , , , ,

Publié le

Avec sa filiale Ulis, le spécialiste français des détecteurs infrarouges Sofradir compte investir 150 millions d’euros dans Nano 2022, le volet français du plan européen IPCEI sur la nanoélectronique. Au programme : le développement d’une nouvelle génération de produits et la mise en place de deux lignes pilotes pour préparer le passage en production.

Sofradir investit 150 millions d’euros dans le programme Nano 2022 sur la nanoélectronique
Salle blanche de l'usine de Sofradir à Veurey Voroize, près de Grenoble
© Sofradir

Le spécialiste français de la détection infrarouge Sofradir et sa filiale Ulis confirment leur participation au programme Nano 2022, le volet français du plan européen IPCEI sur la nanoélectronique. Le groupe, qui compte 975 personnes, dont 950 en France, et affiche un chiffre d’affaires de 220 millions d’euros en 2018, compte y investir 150 millions d'euros en cinq ans (2018-2022). Sur ce montant, il attend un financement de 29 millions d’euros de l’Etat, de la Région Auvergne-Rhône-Alpes et du département de l’Isère, réparti à deux tiers pour Ulis et un tiers pour Sofradir.

Réduire le pas de pixels

Créée en 1986 par essaimage du CEA-Leti, Sofradir est aujourd’hui une coentreprise à 50/50 entre Thales et Sagem, numéro deux mondial des détecteurs infrarouges refroidis pour des applications militaires, civiles, spatiales ou scientifiques, derrière l’israélien SCD, et numéro deux mondial des détecteurs infrarouges non refroidis (via sa filiale Ulis) pour des applications grand public dans le bâtiment ou l’automobile, derrière l’américain Flir Systems. Le groupe, dont le siège social se situe à Palaiseau, a sa base R&D et son site industriel à Veurey Voroize, près de Grenoble, et dispose d’une filiale à New Jersey, aux Etats-Unis.

En décembre dernier, la Commission européenne a approuvé le plan IPCEI sur la nanoélectronique associant la France, l’Allemagne, l’Italie et le Royaume-Uni, et autorisé les pouvoirs publics français à accorder 355 millions d’euros d’aides aux sept industriels participant directement au programme Nano 2022 : STMicroelectronics, Soitec, Sofradir, Ulis, X-Fab France (ex-Altis Semiconductor), Murata France (ex-IPDiA) et UMS.

Dans le cadre de ce programme, Sofradir veut consacrer un effort de R&D de 370 année-hommes pour améliorer la résolution des matrices de détection et développer la prochaine génération de détecteurs infrarouges. "Pour les produits de dernière génération, nous sommes aujourd’hui à un pas de pixels de 10 microns pour Sofradir et 12 microns pour Ulis, explique à L’Usine Nouvelle David Billon-Lanfrey, directeur de la stratégie. Nous voulons passer à 8 microns pour Sofradir et en dessous de 10 microns pour Ulis." Des pas de pixels plus petits signifient soit des produits plus petits à résolution constante, soit des produits à plus grande résolution pour le même format.

Vers des détecteurs infrarouges pour drones

Pour Sofradir, le projet suit deux axes. D’un côté, la création de détecteurs jusqu’à quatre fois plus grands que les produits les plus imposants disponibles actuellement, sans réduire la taille des pixels. Ils se destinent aux plans focaux de grands télescopes d’observation astronomique comme celui au Chili. "Ces grands détecteurs existent déjà chez des fournisseurs américains, confie Jean-François Delepau. Nous voulons créer une alternative européenne". De l’autre, le développement de détecteurs plus compacts et plus autonomes en énergie, bénéficiant de pas de pixels plus petits et fonctionnant à des températures "moins froides" (-150 à -130 °C, au lieu de -250 à -200°C pour les produits actuels). L’objectif est  de rendre leur utilisation possible sur des équipements portables comme les drones ou les jumelles. "Ces produits n’existent pas encore sur le marché, remarque le directeur de la stratégie. Mais tout le monde travaille dessus. Nous voulons faire partie des premiers acteurs à les proposer."

Les travaux sont menés en partenariat notamment avec le CEA-Leti, l’ESO (Observatoire européen austral) et le laboratoire d’astrophysique de Grenoble. Ils impliquent également des partenaires industriels dans des domaines d’application comme le spatial, la sécurité, l’automobile ou encore le bâtiment.

Le projet va au-delà de la R&D et prévoit la mise en place sur le site de Veurey Voroize de deux lignes pilotes pour le passage en production, l’une pour Sofradir, l’autre pour Ulis. Elles représentent des investissements respectifs de 30 et 11,5 millions d’euros. C’est tout l’intérêt du dispositif IPCEI qui autorise les pouvoirs publics à cofinancer le passage des innovations en production, ce qui n'était pas possible jusqu'ici au regard des règles européennes de la concurrence. L'impact sur l'emploi reste à ce stade difficile à évaluer. "Nous sommes dans une logique de pérennisation de l'emploi et d'amélioration de la compétitivité, remarque David Billon-Lanfrey. Ceci étant, nous embauchons régulièrement pour accompagner notre croissance. L'an dernier, nous avons recruté une trentaine de personnes."

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte