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Simplification, formation, mobilité... Les solutions du terrain pour l'emploi

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Infographie Loin des ors de la République, les entreprises tentent de trouver des solutions face au manque de personnels qualifiés, à un coût du travail trop élevé, à des réglementations tatillonnes.

Simplification, formation, mobilité... Les solutions du terrain pour l'emploi © Stéphanie Jayet

De mal en pis ! Le chômage est de nouveau reparti à la hausse en décembre en France métropolitaine, après une légère embellie en novembre. Le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A, les personnes sans aucune activité, a augmenté de 0,4 % sur un mois à 3 590 600 (+ 15 800), et de 2,6 % sur un an. Le ministère du Travail assure que cette nouvelle hausse est due en partie aux attentats du 13?novembre et à leurs conséquences sur plusieurs secteurs d’activité. À l’en croire, l’année 2015 aurait marqué une inflexion réelle, avec 46 000 créations nettes d’emplois. Déni ou excès d’optimisme ? Les actions du gouvernement en faveur des jeunes auraient donné "des résultats probants" puisque le nombre de demandeurs d’emploi de moins de 25 ans a diminué de 4 %, "la première année de baisse sensible du chômage des jeunes depuis 2010".

En France, la politique de l’emploi se décide encore trop souvent à Paris, entre le ministère de l’Économie, rue de Bercy (12e arrondissement), le ministère du Travail, rue de Grenelle (7e), et l’Hôtel Matignon, qui abrite les services du Premier ministre, rue de Varenne (7e), quand ce n’est pas à la présidence de la République au palais de l’Élysée (8e)… Quand l’exécutif ne sait plus trop à quel saint se vouer, comme c’est le cas aujourd’hui, il s’en remet à quelques vieux sages. À charge pour un Robert Badinter, par exemple, d’édicter de grands principes qui seront tranchés… par la prochaine loi censée réformer le droit du travail. Loin des ors de la République, les entreprises tentent, elles, de trouver des solutions pour faire face au manque de personnels qualifiés, à un coût du travail trop élevé par rapport à nos voisins, à des réglementations tatillonnes…

Les régions joueront-elles le jeu ?

L’exécutif a besoin des régions pour financer les 500 000 formations de chômeurs annoncées par François Hollande, qui coûteront 1?milliard d’euros à l’État. Les présidents des conseils régionaux, réunis le 2?février par le gouvernement, accepteront-ils de l’aider ? Laurent Wauquiez, président (LR) d’Auvergne-Rhône-Alpes, a déjà répondu non : « Je ne suis pas le sous-traitant du gouvernement. » Christian Estrosi, président (LR) de Provence-Alpes-Côte d’Azur, a utilisé le même ton, sur Twitter : « Le gouvernement veut que nous cofinancions son inversion artificielle de la courbe du chômage. » Seul Xavier Bertrand, président (LR) de Nord-Pas-de-Calais-Picardie, a réagi positivement : "Si on se serre les coudes et si on se retrousse les manches, je pense qu’on peut être beaucoup plus efficace."

 

À écouter les chefs d’entreprise que nous avons rencontrés dans cinq territoires très différents, la simplification du code du travail et un effort de formation accru des chômeurs ne sont pas illégitimes. Mais la simplification envisagée du code du travail n’apparaît pas comme la panacée alors que, de Laval à Figeac, on se plaint de lourdeurs réglementaires. "Dialoguer avec mes salariés ? Je le faisais déjà avant que l’on passe à 50 personnes. Le problème, ce sont les nouvelles contraintes administratives", assure la DRH d’Aérofonctions, Sylvie Massol, à Cambes, près de Figeac (Lot). Autre vrai sujet : la formation. Dans les territoires où l’on chôme, que rencontre-t-on ? Des industriels qui pleurent pour recruter des conducteurs de ligne, des patrons de start-up qui s’arrachent des développeurs…

On le sait, plus les liens entre les entreprises et le système de formation sont forts, meilleurs sont les résultats. Les lycées professionnels de Figeac et Decazeville (Aveyron) sont remplis à 120 %… grâce à un long travail de terrain des industriels pour attirer les jeunes. Ce ne sont pas les directives venues d’en haut qui fonctionnent, mais les solidarités de proximité. "Les présidents des régions souhaitent faire des propositions… [en matière de formation professionnelle, ndlr]. Le gouvernement y est donc prêt, c’est-à-dire à faciliter toutes les expérimentations possibles. Et même à modifier la loi, si c’est nécessaire, pour étendre les compétences de ces grandes collectivités", a assuré François Hollande, le 18?janvier. Xavier Bertrand, le nouveau président (LR) de la grande région Nord-Pas-de-Calais – Picardie, propose déjà d’expérimenter une régionalisation des services de Pôle emploi. Samuel Tual, le président du groupe d’intérim Actual, installé à Laval (Mayenne), va plus loin. Il propose de lancer une expérimentation consistant à placer massivement les chômeurs dans "les entreprises, en subventionnant leur salaire d’une façon ou d’une autre pendant un temps, pour que ce soient les entreprises qui pilotent leur formation au plus prêt des besoins".

Déployer des aides à la mobilité

L’innovation technologique fournit un autre levier. Les nouvelles activités redynamisent les territoires, même si elles n’emploient pas tout le monde. Professeur d’économie à l’université de Californie, à Berkeley, Enrico Moretti a évalué, dans son essai "The New Geography of jobs" (non traduit), l’effet multiplicateur de l’emploi dans les secteurs innovants. "Pour chaque designer de logiciel embauché chez Twitter à San Francisco, cinq nouveaux postes sont ouverts pour des baristas, des coachs sportifs, des chauffeurs de taxis, des enseignants ou des médecins", écrit-il. L’effet multiplicateur du secteur high-tech serait même "trois fois supérieur à celui du secteur manufacturier traditionnel". Enrico Moretti explique qu’il suffit parfois de peu de choses pour amorcer un processus cumulatif dans un territoire en déshérence.

Le bon sens du terrain rejoint, parfois, les préconisations des experts. Thierry Richli, le PDG de Cofidur EMS, sous-traitant en électronique à Laval (Mayenne), estime que "plutôt que d’indemniser des chômeurs, il faudrait déployer des aides à la mobilité". Enrico Moretti ne dit pas autre chose quand il recommande des aides à la mobilité pour les moins éduqués, associées à un haut niveau d’investissement public et privé dans la recherche et l’éducation. Faut-il continuer d’engloutir des milliards d’euros dans une politique du logement inefficace ? Ne vaudrait-il pas mieux aider les chômeurs à bouger pour décrocher des formations et occuper les nombreux emplois non pourvus, ici ou là ?

 

 

 

 

 

 

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