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"Si Saint-Gobain l'emporte, Sika est fini", selon le président du conseil d’administration du chimiste suisse

Manuel Moragues , , , ,

Publié le

Entretien Le 8 décembre 2014, le groupe français Saint-Gobain a signé l’achat de la holding familiale SWH, qui détient 16% du capital du chimiste suisse Sika... et 52% de ses droits de vote. Deux mois plus tard, c’est l’impasse. Farouchement opposés à cette prise de contrôle, le management de Sika, son conseil d’administration et un groupe d’actionnaires de poids ont réduit à 5% les droits de vote de la famille... et donc de Saint-Gobain. L’Usine Nouvelle s'est rendue à Baar, en Suisse, à la rencontre du président du conseil d’administration de Sika, Paul J. Hälg. Le dirigeant explique pourquoi il se bat avec tant de détermination contre Saint-Gobain.

Si Saint-Gobain l'emporte, Sika est fini, selon le président du conseil d’administration du chimiste suisse

L'Usine Nouvelle - Vous vous opposez avec force depuis deux mois à la prise de contrôle de Sika par Saint-Gobain. Pourquoi ?

Paul J. Hälg - Le problème avec cette transaction, c’est qu’elle crée de lourds conflits d’intérêt. Saint-Gobain, qui est un concurrent de Sika, en prendrait le contrôle tout en ne possédant que 16% de son capital. Quand Saint-Gobain devra arbitrer entre les intérêts des deux sociétés, il va forcément favoriser celle dont il remonte 100% des profits, au détriment de Sika. En outre, si Saint-Gobain veut monter au capital de Sika, il aura tout intérêt à ce que le cours de l’entreprise soit faible... Le conseil de Sika ne pourra pas défendre les intérêts de ses actionnaires si c’est un concurrent qui prend les décisions.

Comment Sika et ses actionnaires pourraient-ils être lésés ?

Prenez les synergies : Saint-Gobain compte aller les chercher dans chaque pays. Il est évident qu’il privilégiera ses activités. En France, par exemple, il ne va pas fermer ses usines mais les nôtres et il demandera nos formulations chimiques pour les produire. On devra lui donner nos technologies ! Et nous, nous n’aurons personne dans leur conseil pour contrôler ce qu’il en est fait. Comment, de manière générale, Sika pourra-t-il négocier au mieux de ses intérêts les transactions avec Saint-Gobain ? Ou encore : si Sika et Saint-Gobain convoitent la même entreprise, croyez-vous que Saint-Gobain la laissera à sa filiale à 16% ?

Pierre-André de Chalendar, le PDG de Saint-Gobain, a pourtant assuré qu’il voulait développer Sika. Et il a écrit à vos managers pour les rassurer...

Je ne commenterai pas les échanges entre M. de Chalendar et les managers de Sika. Mais la situation de conflit d’intérêts est tellement évidente qu’aucun propos rassurant n’est crédible. M. de Chalendar devra avant tout défendre ses actionnaires. Nos propres investisseurs en sont bien conscients. Ceux qui nous soutiennent représentent aujourd’hui plus de 40% du capital. Des investisseurs internationaux dont la fondation Bill et Melinda Gates et le fonds d’investissement Fidelity demandent qu’un comité d’experts contrôle durant les trois exercices à venir que Sika n’est pas lésée.

Que se passerait-il si la transaction entre la famille fondatrice de Sika et Saint-Gobain était validée ?

Les 9 membres du comité de direction démissionneront, et d’autres managers suivront probablement. Sika, c’est avant tout une culture d’entrepreneurs cumulant autonomie et responsabilité. Nos 85 chefs pays ont ainsi une grande liberté de manœuvre et sont responsables de leurs pertes et profits. C’est cet esprit qui fait que les cadres de l’entreprise s’impliquent autant. C’est aussi la clé de notre performance. Les additifs, les adhésifs, c’est une activité particulière. Il faut aller vendre au client la valeur que nos poudres et nos produits peuvent leur apporter. Si on ne croit pas à l’entreprise, cela ne marche pas. Si Saint-Gobain l’emporte, Sika est fini.

Comment espérez-vous renverser la situation ?

Nous ne nous opposons pas à une vente – c’est le droit des actionnaires de vendre – ni à Saint-Gobain ni aux Français. Mais la transaction sur la table ne peut pas fonctionner. Nous avons trouvé un moyen de protéger nos actionnaires et la société en réduisant à 5% les droits de vote de la famille Burkard [qui détient 16% de Sika, ndlr], maintenant qu’elle est liée à Saint-Gobain. Nous sommes confiants dans la jurisprudence du tribunal fédéral sur cette question. En outre, je ne pense pas que Saint-Gobain puisse aller contre les actionnaires institutionnels. C’est l’une des plus grandes sociétés en France, elle est très exposée. Ne pas tenir compte des intérêts des actionnaires est intenable. Ils vont devoir devenir raisonnables et discuter.

Propos recueillis par Manuel Moragues

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