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Se soigner sans gravité

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Enquête Les soins médicaux seront de plus en plus pointus avec l’allongement des vols dans l’espace. Mais les données pour leur développement font défaut.

Se soigner sans gravité
À bord de l’ISS, Thomas Pesquet a testé EveryWear, un assistant qui permet de suivre à distance ses constantes vitales. /Photo d'archives/REUTERS/Shamil Zhumatov
© Shamil Zhumatov

D’abord la Lune, ensuite des voyages de six mois comme ceux de Thomas Pesquet. Un jour peut être la planète Mars ? Alors que la durée des voyages dans l’espace promet de s’allonger, maintenir en bonne santé les astronautes va devenir un enjeu critique. Le défi des chercheurs : combattre les effets du temps sur l’organisme. "Les spécialistes estiment qu’en six mois, le corps accuse un vieillissement d’environ dix ans. Les muscles s’atrophient, les os deviennent poreux, la vue baisse", résume Philippe Hazane, le directeur exécutif du Medes, l’institut de médecine et de physiologie spatiales.

L’une des raisons pour lesquelles Yacine Benyoucef, à la tête de la start-up toulousaine Spacemedex, propose de créer… des cliniques dans l’espace.

"Il est devenu impératif de mettre en place des checkpoints médicaux permanents qui permettent une prise en charge médicale pour les longs voyages", expliquait-il devant les membres de la Nasa, au congrès de l’International association for the advancement of space safety de 2016. Des sortes de bulles médicales, situées dans l’orbite terrestre sur le chemin du retour de Mars ou de la Lune, où des chirurgiens, des infirmières et des médecins seraient à l’œuvre.

En attendant les cliniques de l’espace…

Certains équipements médicaux sont compatibles avec une utilisation dans l’espace, à l’instar des appareils d’IRM. Une technologie elle-même issue du secteur spatial, dans les années 1960, quand la Nasa avait élaboré un système permettant d’agrandir des photos de la Lune par traitement numérique. Ces cliniques de l’espace peuvent aussi être reliées à des centres hospitaliers sur terre grâce à la télémédecine. "Concrètement, on n’est pas loin, 400?kilomètres à peine. Guère plus que pour atteindre certains villages reculés dans les montagnes", avance Gilles Rabin, le directeur de l’innovation du Centre national d’études spatiales (Cnes). Pour Yacine Benyoucef, sans ces cliniques, la conquête spatiale pourra difficilement aller plus loin. Reste à savoir quand les organisations spatiales internationales comptent envisager leur construction.

Pour l’instant, les astronautes se soignent tous seuls. Dans l’espace, pas le droit de tomber malade. En tout cas, pas gravement. Impossible, par exemple, de réaliser une opération chirurgicale en apesanteur. À la moindre incision, le sang se répandrait dans l’habitacle. Même l’utilisation de thérapeutiques demeure très limitée.

"Il n’existe pas de médicaments spécifiques pour les astronautes en situation d’urgence. On ne connaît pas le comportement des molécules dans l’espace [lire l’encadré ci-dessous]. Avec les différences de dégradation des médicaments dans l’organisme, on ne sait pas quand ni comment les effets agissent sur le corps. Il se pourrait même que certaines molécules deviennent néfastes pour l’homme, explique Brigitte Godard, la médecin qui a suivi Thomas Pesquet lors de son voyage sur la station spatiale internationale. Pour l’instant, les astronautes partent avec une petite trousse de secours assez basique. Elle comprend des somnifères, des anti-inflammatoires, de quoi soulager la congestion nasale – une affection courante dans l’espace… Uniquement des médicaments assez classiques."

… la télémédecine progresse

Mais le renouveau de la conquête spatiale devrait mettre au premier plan l’enjeu de la santé des astronautes. Et imposer de revoir des méthodes qui paraissent aujourd’hui d’un autre âge. "L’homme dans l’espace est semblable à une personne isolée dans un désert médical, sans hôpital à proximité, très sédentaire puisqu’il est presque impossible de faire de l’exercice, et qui doit se diagnostiquer seul", analyse Lucie Campagnolo, du département application spatiale et usages du Medes.

Pour répondre aux besoins des astronautes, la télémédecine s’est beaucoup développée. "Avec la start-up BodyCap, le Cnes a développé EveryWear, un assistant qui permet de suivre à distance des constantes vitales, comme la pression artérielle ou le sommeil, et de déclarer ses symptômes au médecin", détaille la spécialiste. Avec la solution développée par AdEchtoTech, ils peuvent réaliser des échographies eux-mêmes et les envoyer par satellite. La technologie doit répondre à deux exigences : la miniaturisation et la fiabilité. Si l’astronaute contacte la Terre pour un problème technique, personne ne peut venir réparer l’appareil. Cette innovation est aujourd’hui également utilisée dans des régions isolées, sur Terre. "C’est un cercle vertueux, qui sert aussi bien les astronautes que les citoyens. L’espace est au service du bien-être de tous", se félicite Gilles Rabin. Une façon de continuer à avancer en même temps sur Terre et dans le ciel.

SOIF D'ESPACE

473 jours C’est la durée du plus long vol habité, en 1996.

196 jours C’est le temps passé dans l’espace par Thomas?Pesquet, un record pour un Français.

878?jours cumulés C’est le record détenu par le russe Guennadi?Padalka.

Sources : NASA, ESA, ROSCOSMOS

 

Des médicaments fabriqués dans l’espace ?

Ces dernières années, l’idée de produire des médicaments dans l’espace commence à faire son chemin auprès des diverses agences spatiales à travers le monde. Pas la peine d’imaginer pour autant une usine de paracétamol située entre Mercure et Saturne ! Pour l’instant, les astronautes réalisent des expériences dans plusieurs domaines afin d’en savoir plus sur le vivant. «"Nous menons par exemple des expérimentations sur les molécules qui, avec l’absence de gravité, réagissent tout à fait différemment ", explique Philippe?Hazane, le directeur exécutif du Medes, l’institut de médecine et de physiologie spatiales. Des expériences qui se déroulent sur la station spatiale internationale.

"Les États-Unis ont lancé le programme Casis, qui leur permet par exemple d’observer comment l’ADN des plantes et les animaux s’adaptent à leur nouvel environnement. Les expériences portent également sur la croissance de cellules souches en 3D, dont les structures, plus complexes, font de meilleurs modèles que sur la terre où ils sont en 2D " poursuit Lucie?Campagnolo, du Medes. Un environnement qui commence à intéresser les laboratoires pharmaceutiques. Les astronautes ont récemment testé un implant diffusant un traitement contre l’atrophie musculaire, destiné à être mis sur le marché par Novartis. L’an passé, c’est Merck qui observait les effets de l’absence de gravité sur son traitement contre le cancer, Keytruda. "Sans certitude d’un avenir industriel", prévient Philippe?Hazane.

 

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