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Se faire « hacker » par ses propres collaborateurs

Marion Garreau

Publié le

Pour se transformer, certaines entreprises n’hésitent pas à mettre leurs salariés en situation de hacking. Une méthode radicale, mais avec des règles à suivre.

Se faire « hacker » par ses propres collaborateurs
GRDF organise régulièrement des hackathons pour ses salariés, à l’image de Hack la Com’ en novembre, l’occasion de transformer les pratiques.

Les entreprises citées

Le corporate hacking est l’art de détourner les règles de son entreprise pour mieux la faire progresser. Le plus souvent, il s’agit donc d’une initiative individuelle, ou prise par un petit groupe de salariés, à l’insu de la hiérarchie. Mais certaines entreprises font elles-mêmes le constat des limites posées à l’innovation par leurs process et souhaitent voir leurs salariés entrer dans une telle démarche, souvent inspirée des méthodes des start-up. Comment ne pas tomber dans le travers du hackathon, une démarche efficiente sur le papier mais qui ne transforme rien ? Comment offrir assez de liberté pour innover tout en évitant les dérapages ? Trois entreprises ayant eu l’audace de vouloir se faire hacker reviennent sur leur expérience.

1. Lâcher (vraiment) la bride à vos salariés

« Les projets de hacking doivent être soutenus au plus haut niveau et les participants avoir carte blanche, estime Johann Vivier, le directeur du recrutement au sein de L’Oréal. Il n’y a pas d’entre-deux possible, sinon c’est inutile d’entrer dans la démarche. » Johann Vivier a participé au pilotage des deux projets de hacking lancés par le groupe. En 2015, la direction de l’entité L’Oréal Luxe France a voulu casser les silos entre métiers et marques pour doper la collaboration et la créativité des collaborateurs et un atelier de créativité a été organisé. Il s’est transformé en programme annuel. Plus récemment, le directeur général de L’Oréal France, Hervé Navellou, souhaitait la mise en place d’un « shadow Comex », un comité exécutif informel chargé d’inspirer le Codir officiel et de le reconnecter aux jeunes. Le groupe de jeunes chargé d’imaginer cette nouvelle entité a préféré créer un « hacking squad » : un groupe de quatorze personnes chargé de « disrupter » n’importe quel aspect de L’Oréal France (business, management, qualité de vie au travail…). « Ce groupe est autonome, il identifie les dysfonctionnements et propose ses solutions. Il faut lui faire confiance à 100 %. Le Codir n’intervient pas pour valider les choix proposés mais pour enrichir les idées », insiste Johann Vivier. Ce soutien passe aussi par un budget et du temps accordé, deux points essentiels pour la réussite d’un bon hacking.

2. Susciter l’engagement des collaborateurs

Une démarche de hacking impulsée par le haut ne peut réussir que si les participants se la réapproprient. En juin dernier, la Macif a démarré le rapprochement de ses entités service informatique et digital pour créer une nouvelle entité « rupturiste » et plus agile. « Une fois cette idée validée par la direction générale, nous avons impliqué tous les managers supérieurs des deux départements pour qu’ils co-imaginent pendant quatre mois le fonctionnement de cette future entité, explique Juliette Bron, la chief digital officer du groupe Macif. Ils se sont tellement engagés que les quelques heures qu’on pensait leur dégager chaque semaine sont devenues deux à trois jours. » La Macif a ensuite fait appel à la start-up Hack40 pour accompagner les collaborateurs dans un programme de création de cette entité, avec travail en groupe et mentorat individuel. Là encore, l’implication a été au rendez-vous. « L’engagement de la personne qui impulse la transformation est une vraie condition de réussite, souligne Juliette Bron. Les mots aident à embarquer le collectif, mais l’incarnation de la posture encore plus. J’ai participé comme collaborateur et non comme chef à l’ensemble des ateliers organisés et j’ai aussi été mentorée par Hack40. »

3. « Hacker » n’est pas « cracker »

Si le hacking permet de faire fuser les idées, le risque est que les participants partent dans tous les sens et qu’aucun projet n’aboutisse. Trouver des garde-fous est donc nécessaire. Chez L’Oréal, ils relèvent surtout de l’échange. « Nous avons instauré un mentorat inversé entre un membre du Codir et deux membres du hacking squad, ce qui favorise les échanges sur le fond et permet aussi de passer les idées au tamis des enjeux du groupe, explique Johann Vivier. […] Les salariés du hacking squad voient également la directrice des ressources humaines et notre directeur général, Hervé Navellou, tous les mois pour échanger en petit groupe. » Un moyen très souple d’éviter les dérapages. Pour Johann Vivier, être plus coercitif n’est pas utile. « Il y a une vraie autorégulation des salariés », note-t-il. À la Macif, la régulation passe aussi par la discussion. « Mon rôle est de donner la latitude suffisante pour expérimenter, tout en m’assurant que certaines limites ne sont pas dépassées, comme le budget, insiste Juliette Bron. Hacker un système qui en a besoin est fondamental, mais sans respect des règles, ni des personnes, on se met à cracker et non pas à hacker. Le hacking doit toujours se faire dans la bienveillance. L’idée est d’aller explorer une faille pour optimiser le système. Il y a donc un sens à tout ça, qu’il ne faut pas perdre. »

4.Ne pas attendre que des résultats spectaculaires

GRDF organise régulièrement, avec Hack40, des hackathons où il cherche à toucher tout type de collaborateurs. « Ce format est un moyen de transmettre des méthodes, d’insuffler un état d’esprit de coconstruction, de montrer que tout le monde peut être dans une démarche d’apprentissage », souligne Michèle Ramombordes, la déléguée transformation digitale chez GRDF. Si de petits rendez-vous sur des sujets différents (hacker la DRH ou la communication par exemple) peuvent ne pas paraître révolutionnaires, ils sont capables de transformer les pratiques. « Mobiliser deux jours une population de techniciens, qui sont souvent d’astreinte, c’est déjà un exploit, note Michèle Ramombordes. Ce sont des moments très riches, avec beaucoup d’écoute et de bienveillance. À chaque fois, nous voyons des collaborateurs différents et peu habitués à ce type d’événements. C’est comme ça que nous savons qu’on essaime vraiment. » Un bon hacking ne se résume pas à un projet réussi, c’est avant tout une démarche. « Le plus important n’est pas uniquement l’état d’avancement des projets mais également l’évolution du positionnement des salariés, reconnaît Johann Vivier, Il faut qu’ils apprennent à tester, à oser aller au-delà des limites. De quoi permettre des mini-révolutions dans les attitudes de travail, avec plus de confiance et de créativité. » L’objectif est bien que les salariés reproduisent dans leur quotidien les méthodes et postures apprises, et qu’ils contaminent ainsi leurs collègues. 

Des accompagnateurs précieux

La Macif, GRDF et L’Oréal ont été accompagnés par la start-up Hack40, qui intervient pendant plusieurs mois en organisant des ateliers collectifs et en proposant du mentorat individuel. Pour créer son groupe de hackeurs, dit « hacking squad », L’Oréal France s’est aussi appuyé sur l’expertise de la start-up nod-A. Pour un autre programme, L’Oréal Luxe France a fait appel à l’incubateur 50 partners. Ces spécialistes donnent un gage d’efficacité et permettent de frotter ses méthodes à une autre culture.

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