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L'Usine Matières premières

"Restez à l'écart des marchés de matières premières", conseille Frédéric Rollin de Pictet AM

Franck Stassi , , ,

Publié le

Entretien Sur les marchés, le pétrole et la Chine constituent aujourd’hui les préoccupations principales, souligne Frédéric Rollin, conseiller en stratégie d’investissement chez Pictet Asset Management. Dans un entretien accordé à L’Usine Nouvelle, il revient sur l’impact d’un baril de pétrole à 30 dollars pour les industriels américains, ainsi que sur les motifs d’inquiétude liés au ralentissement de la croissance chinoise.

L’Usine Nouvelle – Pourquoi la baisse des prix du pétrole suscite-t-elle autant d’inquiétudes, alors qu'elle est aussi une opportunité de réduire les coûts pour bon nombre de secteurs?

Frédéric Rollin – Depuis le début de l'année, la baisse des prix a été tellement violente que c'est elle qui a dirigé les marchés financiers. On est dans un phénomène de suroffre organisé par l'Arabie saoudite, qui veut amener les Etats-Unis à réduire leur offre pétrolière. A 60 dollars le baril, l'industrie américaine commence à souffrir sérieusement mais reste en bonne partie viable; à 30 dollars, la question se pose de continuer de produire. Malgré cela, on aura encore, en 2016, un excès d'offre, provenant de l’Iran. Cette situation se rapproche de celle de 1986, où les prix du pétrole ont baissé de façon très importante dans un contexte de croissance mondiale, dans un contexte très similaire. A moyen terme, l'impact de la baisse des prix du pétrole est plutôt bon, mais à court terme, il fait peser un risque financier sur l'industrie pétrolière américaine, qui pourrait connaître des faillites, et les investisseurs craignent que ce phénomène ne se propage sur l'ensemble de l'économie.

Comment les difficultés économiques rencontrées par la Chine affectent-elles les marchés de matières premières?

La Chine a un problème d'excès de crédits accumulés depuis 2008. Elle avait développé des prêts très importants pour compenser le manque de dynamisme de ses clients; aujourd'hui, elle doit dégonfler cette bulle. Il y a un risque d'entraîner l'économie dans de grandes difficultés. Nous pensons que les politiques monétaires et budgétaires mises en place suffiront à stabiliser l'économie. Néanmoins, la Chine passant d'un modèle d'investissement à un modèle de consommation, la demande en matières premières va se réduire. Or, le cycle d'investissement de l'industrie minière est plus long. L'offre continue d'augmenter en raison de la mise en œuvre d'investissements effectués quelques années auparavant. Nous nous attendons donc à des prix des matières premières durablement bas.

Si le secteur des matières premières est sinistré, vers quels secteurs les investissements sont-ils redirigés?

Nous restons à l'écart des matières premières. Nous pensons que les surcapacités seront là pour longtemps, et nous manquons encore de visibilité. Toutefois, en admettant que l’on dispose d’un portefeuille d’actions, il nous semble intéressant d'investir sur les grandes tendances de moyen terme, qui sont souvent porteuses d'innovation et de marges élevées. Elles résident dans le secteur de l'eau, qui est consommée de façon de plus en plus intense, et qui nécessitera des investissements de plus en plus importants (cela concerne aussi bien les utilities que les réseaux intelligents), et la sécurité (nous avons toujours poussé notre fonds dans ce secteur). Face à l'urbanisation très forte, il faut sécuriser les infrastructures (aéroports, installations ferroviaire), ainsi que les objets connectés pouvant être hackés. Ce secteur croît de 8% à 10% par an, soit 2 à 3 fois la croissance mondiale.

Propos recueillis par Franck Stassi

Contexte difficile en Chine

Début 2016, la banque néerlandaise ABN Amro table sur une croissance de 6,5% en Chine pour 2016 et de 6% en 2017, contre 6,9% en 2015, soit le plus faible taux atteint au cours des vingt-cinq dernières années. La croissance de la demande chinoise en métaux de base a chuté de manière significative, passant de 11,7% en 2013 à 5,8% en 2015. En 2015, la production d’électricité (-0,2%, à 5618 milliards de kilowatts/heure) et d’acier (-2,3%, à 803,8 millions de tonnes) a par ailleurs reculé dans le pays.

 

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