RENAULT REMET SON INFORMATIQUE À PLAT

LE CONSTRUCTEUR ENGAGE UNE MUTATION sans précédent de l'ensemble de son système d'information.

En prenant les commandes de Renault, Carlos Ghosn trouvera un système d'information en pleine révolution. Le projet qui s'inscrit dans la charte WAP 2010 (Worldwide automotive professional) du constructeur, et dont les premières réflexions ont été lancées en 2003, porte sans doute la marque de fabrique de Louis Schweitzer. Mais on peut dire, sans risquer de se tromper, que l'appétit du nouvel homme fort de la marque au losange pour l'innovation et pour l'informatique, et sa réputation non usurpée de cost killer n'est pas pour rien dans le bouleversement annoncé. Et ce n'est qu'un début...

De quoi s'agit-il ? De refondre l'ensemble de l'informatique du groupe, en construisant un partenariat très fort entre un petit nombre de fournisseurs, qui devront collaborer entre eux ainsi qu'avec Renault. Voilà qui n'est pas sans rappeler la démarche que les constructeurs d'automobiles ont appliquée avec succès à leurs autres sous-traitants.

Huit partenaires pour remplacer 300 fournisseurs

Ainsi, Hewlett-Packard (HP), Computer Sciences Corporation (CSC) et Atos Origin, accompagnés côté technologique par Cisco, Dassault Systèmes, SAP, IBM et Microsoft, remplacent... les 300 fournisseurs informatiques que compte à ce jour le constructeur d'automobiles.

« Le système d'information, découpé en vingt-sept domaines que nous mettons en place, répondra aux nouveaux besoins mondiaux de notre groupe », précise Jean-Pierre Corniou, directeur des technologies et des systèmes d'information de Renault. Et d'illustrer ses propos par l'exemple de la Logan : « Pour fabriquer des éléments de la voiture en Roumanie et les monter en Russie ou en Iran, nous avons besoin d'un système informatique d'une nouvelle trempe. »

Une mutation engagée il y a deux ans déjà

Le constructeur mettra donc en place une architecture orientée services. Rappelons qu'il s'agit d'une couche supplémentaire fournissant une interface standard pour la logique applicative. Cette interface étant indépendante des plates-formes ou des langages de programmation.

Autre point fort de cette évolution, l'e-transformation de Renault, c'est-à-dire la transformation numérique. Elle sera accélérée avec la mise en place de protocoles Internet, de la voix et de la vidéo, d'une architecture basée sur les Web services... Cette mutation est en marche depuis le lancement, il y a deux ans, du portail Declic, qui compte plus de 50 000 utilisateurs quotidiens. « Il faut maintenant aller plus loin et numériser tous les processus, éliminer le papier dans la prise de décision d'investissement, donner des prix et des délais en ligne, permettre aux clients de composer leur véhicule en ligne... Bref, remodeler les métiers de Renault grâce aux dernières évolutions informatiques », assure Jean-Pierre Corniou.

Pour lui, le nouveau bâtiment des services informatiques, situé au Plessis-Robinson, dans les Hauts-de-Seine, conçu autour des technologies Web et autres Wi-Fi, donne un avant goût de cette évolution. 25 000 employés disséminés entre les différents sites d'Ile-de-France utilisent d'ailleurs déjà la voix sur IP et la vidéoconférence. « Nos informaticiens, jeunes et moins jeunes, seront appelés à se mettre constamment à niveau pour remplir ces objectifs », avertit en même temps le directeur de l'informatique de Renault, qui n'hésite pas à commencer par s'appliquer à lui-même ce commandement.

Un objectif commun : la simplification

Chacun des trois fournisseurs apportera sa pierre à l'édifice avec, en ligne de mire, la simplification matérielle mais aussi applicative. HP assurera l'infogérance. Il devra, entre autres, assurer l'amélioration du service et l'intégration de nouveaux moyens de communication mobiles. « Notre souci est de réduire le coût d'exploitation des postes de travail sur tout le cycle de vie du matériel, et de développer des solutions répondant aux besoins de mobilité et de connexion à distance », affirme Jean-Paul Wagner, vice-président de Hewlett-Packard France. Le constructeur a ainsi mis en place un centre d'expertise de cinq personnes (connecté avec ses centres de R&D) pour accompagner ce projet et collaborer avec les deux autres fournisseurs ainsi qu'avec Renault.

Chargé de l'infrastructure informatique, CSC travaillera à l'amélioration des processus existants, à l'homogénéisation des processus clés, à la mutualisation et la rationalisation des plates-formes techniques. « Le parc matériel sera rationalisé et la refonte architecturale permettra, par exemple, de mutualiser les serveurs centralisés, tout en renforçant la sécurité », indique Claude Czechowski, président de CSC France. Renault espère ainsi réduire de trente à trois le nombre de ses bases de données Oracle, le grand perdant de ce projet à qui SAP a été préféré.

Une tâche herculéenne échoit à Atos Origin, qui sera chargé, en collaboration avec la direction spécialisée de Renault, de l'urbanisation du système informatique. En clair : de réduire la complexité applicative du constructeur d'automobiles, qui souhaite passer de 3 200 logiciels d'application à 500. Et faire mieux, au passage, que la certification ISO en apportant, fin 2006, à Renault le niveau 3 de la certification CMMI (Capability maturity model integration), une méthodologie qui améliore sensiblement la qualité des systèmes. La simplification applicative est d'ailleurs en marche, car le simple choix de SAP ou de Dassault Systèmes démontre la volonté de Renault de mettre de la cohérence tant dans la gestion d'entreprise que dans la CFAO.

Comment Atos compte-t-il tenir son pari ? « C'est un travail de longue haleine, mais le lotissement des applications et le bilan domaine par domaine permettra de trancher dans le vif », soutient Dominique Illien, directeur général d'Atos. Partir de la demande des utilisateurs, intégrer des processus Web, développer des composants logiciels réutilisables... sont des voies qu'Atos et Renault comptent exploiter de concert.

L'intégration logicielle sera l'un des chantiers les plus importants. « Il faut dans ce cas départager l'informatique de gestion, où les processus sont plus standardisés que dans l'informatique de production, souligne le spécialiste d'Atos Origin. Ces défis, nous les avons déjà rencontrés chez Airbus, par exemple, et notre collaboration avec Microsoft pour intégrer entre autres, sa technologie .Net, avec SAP, avec Dassault Systèmes ou avec IBM ne date pas d'hier. »

Engagés dans une course contre la montre pour tenir leurs promesses, les trois fournisseurs retenus par Renault espèrent que les contrats signés se prolongeront au-delà de cinq ans prévus.

Rendez-vous est pris...

l'impact

Ce remue-ménage informatique doit - faire baisser de 100 millions d'euros, à l'horizon 2007-2008, le budget de l'informatique ; - diviser par six le nombre de logiciels d'application pour atteindre les 500 (soit une réduction des coûts de 85 %) ; - diviser par cent le nombre de fournisseurs informatiques et en retenir moins de dix.

L'INFORMATIQUE AUJOURD'HUI

- 820 millions d'euros de budget annuel - 3 300 personnes - 3 200 logiciels d'application - 300 fournisseurs - 87 000 postes de travail dans 38 pays et 19 langues

UN PROJET DE 588 MILLIONS D'EUROS SUR CINQ ANS

Objectifs - Supporter la globalisation de l'activité de Renault - Rationaliser les infrastructures informatiques - Accélérer la réduction du parc informatique - Numériser tous les processus de l'entreprise - Mettre à jour les compétences humaines et les solutions informatiques Qui fait quoi Les contrats sur cinq ans, signés par Renault avec ses partenaires, couvrent trois lots fonctionnels. Pour chacun de ces lots, le constructeur a choisi un partenaire, sélectionné après trois appels d'offres : > Computer Sciences Corporation (CSC) : gestion des infrastructures et réseaux (supervision, exploitation, administration des plates-formes techniques, maintenance du matériel). Un contrat de 175 millions d'euros. > Hewlett Packard (HP) : la gestion courante de 87 000 postes de travail (PC et périphériques, stations de travail IAO et CFAO, téléphones, serveurs bureautiques, connexions LAN...). Un contrat de 113 millions d'euros. > Atos Origin : maintien, évolution et développement de logiciels applicatifs utilisés par le constructeur. Soit 3 200 logiciels qui couvrent tous les besoins métiers, du design à l'après-vente en passant par la conception, la fabrication et le commerce. Un contrat de 300 millions d'euros. Outre ces trois partenaires privilégiés, Renault met en place des partenariats technologiques avec cinq fournisseurs : Cisco (réseaux informatiques), IBM (matériel), Dassault Systèmes (conception et fabrication assistées par ordinateur), Microsoft (logiciels bureautiques) et SAP (gestion intégrée).

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