Relations grandes entreprises et start-up, des progrès restent à faire

Les grands groupes se mettent enfin à s’intéresser à l’écosystème entrepreneurial français. Mais, selon l’étude "David avec Goliath" réalisée par Raise, la société d’investissement co-créée par Clara Gaymard, et Bain & Company, ils doivent encore structurer leur approche pour gagner en efficacité.

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Clara Gaymard

Bien mais peut mieux faire. Tel est le verdict de l’étude intitulée "David avec Goliath", menée par la société d’investissement Raise et Bain & Company sur les relations entre les grands groupes et les jeunes entreprises de croissance.

Selon l’étude dévoilée mardi 1er mars 2016 devant Emmanuel Macron, le ministre de l’Economie, les grands groupes ont fait de gros progrès dans leur relation avec les jeunes entreprises innovantes. "Nous avons été surpris, déclare Olivier Marchal, le président de Bain & Company France. Cela bouge plus qu’on ne l’imaginait. Dans le CAC 40, 100 % des grands groupes ont mis en place des modes de relation avec les jeunes entreprises. Ils n’étaient que 30 % il y a cinq ans."

15 % des grands groupes sont des experts

Mais la plupart n’en sont qu’au début de la démarche. Seuls 15 % des grands groupes sont considérés comme des experts de la relation avec les jeunes entreprises. Pour eux, la relation avec ces start-up fait partie intégrante de leur business model. Pour les autres sociétés du CAC 40, la marge de progression est encore élevée. Selon l’étude, 35 % d’entre elles n’ont développé que des relations occasionnelles avec les start-up (parrainage, remise de prix, etc.) et 50 % d’entre elles sont encore au milieu du gué, en train de structurer leur approche.

"Nous sommes convaincus qu’en France, on peut faire beaucoup plus", reprend Olivier Marchal. Le président de Bain France avance des chiffres : aux Etats-Unis, il y a 24 fois plus de structures d’investissement dans les grands groupes qu’en France pour un PIB seulement 7 x supérieur. En revanche, la dynamique de création d’entreprises est équivalente. Le vivier d’ETI française pourrait aussi s'inscrire dans une démarche de collaboration et de soutien des PME innovantes. "Dans leur très grande majorité, les ETI sont restées à l’écart de ce mouvement vers les jeunes entreprises", reprend Olivier Marchal. Quelques-unes commencent toutefois à s’y mettre, telle Thuasne, le groupe familial d’équipements médicaux, qui travaille avec cinq start-up.

Encore des points de blocage

Le travail entre ces David et ces Goliath ne va pas toujours de soi, et des points de blocage continuent de subsister. Sans surprise, la différence de temporalité entre les jeunes pousses agiles et les gros mastodontes est automatiquement pointée du doigt. Les petites entreprises ont besoin de décisions rapides que les grands groupes, alourdis par leurs procédures internes, ne peuvent pas toujours fournir. Les grands groupes ont par ailleurs tendance à imposer aux jeunes entreprises le rapport de force habituel qu’ils entretiennent avec leur fournisseur.

En corollaire de leur enquête, Raise et Bain & Company ont mené des ateliers réunissant des représentants du CAC 40 et de l’écosystème entrepreneurial français. "Ce travail vise à permettre aux cadres des grands groupes et aux jeunes entrepreneurs de trouver une meilleure forme de collaboration, en apportant des outils pratiques", Clara Gaymard, la co-fondatrice de Raise.

81 propositions pour fluidifier la relation

De ces ateliers, 81 propositions sont ressorties pour améliorer les relations. La majorité de ces préconisations est destinées aux grandes entreprises, elles concernent aussi bien la relation commerciale, la R&D, le financement ou les ressources humaines. Les auteurs de l’étude préconisent ainsi de créer des "zones franches" pour les jeunes entreprises, dans lesquelles elles pourraient s’affranchir du poids des procédures, notamment pour les achats, les délais de paiement, etc.

Pour les jeunes pousses, ils incitent à mieux préparer le partenariat avec les grandes entreprises, avec une vision claire de ce qu’elles en attendent. Enfin, des recommandations sont faites aux pouvoirs publics. Comme la création d’un statut de "jeune entreprise de croissance" pour les sociétés en phase d’accélération, afin de ne plus miser uniquement sur la phase de création des entreprises innovantes, mais aussi sur leur développement. Reste à savoir si Emmanuel Macron saisira l’idée au vol…

Arnaud Dumas

Raise veut faire bouger les lignes entre grandes et petites entreprises
C’est une structure originale qu’ont imaginé Clara Gaymard, ancienne dirigeante de General Electric France, et Gonzague de Blinières, ancien dirigeant de Barclays Private Equity. Tous deux dotés d’un solide carnet d’adresses, ils ont rassemblé une quinzaine de grandes entreprises (Schneider Electric, EDF, Danone, Total, etc.), une quinzaine d’investisseurs institutionnels et quelques family offices dans une société de capital investissement, qu’ils ont doté de 310 millions d’euros. L’idée qui les réunit ? "Il n’y a pas assez d’ETI en France car elles n’ont pas suffisamment les moyens de grandir, explique Gonzague de Blinières. Nous mettons des tickets d’investissement compris entre 10 et 30 millions d’euros. Il s’agit de "smart money", car nous pouvons les mettre en relation avec les grands groupes." L’originalité de Raise tient à sa deuxième casquette. L’équipe d’investissement donne la moitié de son intéressement sur les opérations au fonds de dotation de Raise. Celui-ci finance les jeunes entreprises de croissance via des prêts d’honneurs et leur offre un accompagnement par les grands groupes. Créée il y a deux ans, Raise revendique quatre investissements dans des ETI, comme les crèches Babilou ou Questel, une société de service spécialisée dans la propriété intellectuelle. Le fonds de dotation a accompagné une centaine de jeunes entreprises et accordé 5 prêts d’honneur de 100 000 euros.

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