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Réindustrialisation : Cette french fab qui fait rêver

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Le made in France mobilise les politiques en période électorale. Mais les mesures prises depuis 2012 n’ont pas encore permis d’amorcer le renouveau de l’industrie.

Réindustrialisation : Cette french fab qui fait rêver
L’usine Renault de Flins (Yvelines), qui a signé un accord de compétitivité en 2013, produit depuis quelques semaines la Nissan Micra, à côté de la Clio et de la Zoé.

Pour les candidats déclarés à l’élection présidentielle, impossible de faire l’impasse. Début septembre, à Reims, Arnaud Montebourg et AlaiN Juppé se croisent dans les allées des Assises du made in France, entre trois chaises longues Lafuma bleu-blanc-rouge, un porte-serviettes chauffant arborant les mêmes couleurs, de l’entreprise familiale Muller, et une plancha du fabricant niortais Eno. Un peu plus tôt, Marine Le Pen et Bruno Le Maire les avaient précédés. En attendant le prétendant écologique Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon. Comment être contre le renouveau de l’industrie française ? Politiquement, le patriotisme économique est fédérateur. Et devrait, malgré les enjeux sécuritaires, rester l’un des grands thèmes de 2017.

À son arrivée à l’Élysée, François Hollande avait fait du redressement productif la grande cause de son quinquennat. Une image est restée. Celle d’Arnaud Montebourg en marinière bleue et blanche, un mixeur dans les mains, pour vanter le made in France. « Cela a marché. La preuve, tout le monde s’en rappelle, quatre ans après. L’industrie a besoin d’un coup de projecteur, aussi pour attirer les jeunes », approuve Max Blanchet, associé du cabinet Roland Berger. Le député Yves Jégo, qui préside l’association Pro France, à l’initiative du label « Origine France garantie », adopté par 600 entreprises, est plus dubitatif. « Il n’y a pas vraiment eu d’actes », tacle-t-il en réclamant une mobilisation plus forte des Douanes pour lutter contre les contrefaçons sur l’origine des produits.

Où en est le made in France ? Sonner le rappel du consommateur patriote ne suffit pas. Malgré un volontarisme indéniable, le bilan reste en demi-teinte. Arnaud Montebourg a impulsé un début de changement de culture chez les acheteurs publics, qu’il menaçait de « rééduquer » s’ils ne favorisaient pas les PME. La centrale d’achat de l’État, l’Ugap, s’est ainsi dotée, depuis 2013, d’une direction de l’innovation. Les commissaires au Redressement productif continuent d’épauler les entreprises en difficulté ou en recherche de repreneurs. Mais son successeur à Bercy, Emmanuel Macron, a préféré mettre en sourdine le combat du made in France, qu’il jugeait trop défensif et trop protectionniste. Le logiciel Colbert, censé faciliter les relocalisations industrielles, est, lui, tombé aux oubliettes. La baisse du coût du travail, enclenchée par le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (Cice), a surtout permis de regagner une partie de la compétitivité perdue. « La seule politique qui marche pour le made in France est de ne rien faire et de baisser les impôts », plaide l’économiste Jean-Marc Daniel.

Promouvoir la richesse française

Ce n’est pas le seul levier. Depuis quelques semaines, la nouvelle Nissan Micra sort des lignes de l’usine Renault de Flins (Yvelines). La version précédente était made in India. L’accord de compétitivité, signé par les salariés en 2013, a fait pencher la balance en faveur du site francilien. Mais les résultats du redressement productif se font encore attendre. En quatre ans, la production a quasi stagné et le recul de l’emploi industriel continue.

Quant aux relocalisations pures et dures, elles restent marginales. Le 24 Octobre, le fabricant de téléphones mobiles pour seniors Kapsys annonçait qu’il rapatriait sa fabrication de Chine vers le pays Basque, dans l’usine du sous-traitant électronique BMS Circuits. En Indre-et-Loire, le plasturgiste Plastiques 2005 a remporté depuis le début de l’année deux contrats, jusqu’à présent également exécutés dans des usines chinoises. Ce n’est pas de là que viendront les créations d’emplois industriels.

Les espoirs de renouveau industriel se concentrent surtout dans l’industrie du futur. « À court terme, les entreprises peuvent réaliser des gains de productivité de 15 à 30 % par an, alors qu’elles bataillaient ces quinze dernières années pour grappiller 3 % par an », veut croire Moundir Rachidi, associé au BCG, qui vient d’ouvrir une usine école à Saclay (Essonne). Les 34 plans de la Nouvelle France industrielle, packagés en diX solutions industrielles, ont sensibilisé tous les acteurs. Cette usine 4.0, dopée à l’impression 3D, au big data et à la robotisation, est désormais plus petite, plus automatisée, et localisée à proximité du consommateur final. « Ce ne sera pas possible de tout rapatrier, mais un million d’emplois nets pourrait revenir en Europe dans les prochaines années. Pour que la France en profite, et non ses voisins, il faut mettre en place des conditions favorables », milite Max Blanchet, qui verrait bien l’Hexagone se doter d’un crédit d’impôt pour la production afin d’encourager les entreprises à jouer la carte du site France. « Le vrai made in France, c’est d’acheter français sans le savoir, car la qualité rend le produit meilleur », confirme Moundir Rachidi.

Dans la compétition mondiale pour attirer les prochains sites de production, la France a encore des progrès à faire. Une mission gouvernementale avait été mise sur pied en 2013, présidée par le publicitaire Philippe Lentschener, pour créer une marque France capable de promouvoir l’image et les produits tricolores à l’étranger. Le projet s’est enlisé, victime des mauvaises relations entre Matignon et le ministère du Redressement productif. Lancée dans la foulée pour les start-up du numérique, la French tech a été une réussite plus probante. En octobre, Nicolas Dufourcq, le président de Bpifrance, a donné le coup d’envoi de la French fab pour promouvoir la richesse du tissu industriel. Il était temps. 

 

Les fausses bonnes idées

Arnaud Montebourg : "80 % des marchés publics aux PME"

Cela va à l’encontre des règles européennes, qui interdisent de favoriser les entreprises nationales. L’ancien ministre du Redressement productif estime qu’il est possible de rester dans les clous en changeant les méthodes des acheteurs publics, qui privilégient les prix les plus bas au détriment d’autres critères, notamment environnementaux, plus favorables aux PME locales. L’objectif affiché – les PME représentent environ 30 % de la commande publique – semble hors de portée. Sans parler de l’impact négatif pour les finances publiques.

Marine Le Pen :"Il faut imposer un marquage d’origine"

Cette idée aussi s’oppose aux règles européennes. Le marquage de l’origine est facultatif en Europe et le projet de le rendre obligatoire a été retoqué par la Commission en 2013. S’affranchir de la tutelle de Bruxelles, comme le souhaite la présidente du Front national, ne résoudrait pas tout, sauf à changer les règles du made in France. Le seuil de 50 % de valeur ajoutée réalisée en France, fixé par les douanes, reste flou. Et peut donc s’appliquer à des produits dont une seule étape de fabrication est réalisée en France.

Jean-Luc Mélenchon : "Il faut sortir des traités européens"

Le point de vue le plus radical est partagé par le Front national. Pour lutter contre le dumping social et tenir compte de l’empreinte carbone des produits, Jean-Luc Mélenchon prône le retour des droits de douane sur certains produits. Ce qui provoquerait sans doute des mesures de rétorsion.

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