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Recruter, digitaliser leurs activités… Les défis des entreprises de taille intermédiaire de la santé

Gaëlle Fleitour , , , ,

Publié le

Championnes méconnues des marchés B to B de la santé, les entreprises françaises de taille intermédiaire ne manquent pas d’idées pour croître et innover. Mais elles peinent encore à se faire connaître du grand public et des jeunes diplômés.

Recruter, digitaliser leurs activités… Les défis des entreprises de taille intermédiaire de la santé
Vous ne connaissez sans doute pas leurs noms, et pourtant vous utilisez les produits des ETI françaises de la santé dès que vous allez chez le dentiste, à l’hôpital, voire au quotidien…
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Vous ne connaissez sans doute pas leurs noms, et pourtant vous utilisez leurs produits dès que vous allez chez le dentiste, à l’hôpital, voire au quotidien… Tels ceux de Septodont, numéro un de l’anesthésie dentaire, ou les bas de contention d’Innothera, spécialiste de la contention veineuse. Ces sociétés font partie des entreprises de taille intermédiaire (entre 250 salariés et 5 000 salariés, ou entre 50 millions et 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires) françaises de la santé. Moins connues qu’un géant de la pharmacie tel Sanofi, ou que des start-up comme Withings ou Doctolib. 

Conquérantes, en croissance, souvent leader sur leurs marchés (de niche), ces entreprises illustrent bien la capacité de la France à innover dans le secteur de la santé. Boris Imbert, associé fondateur du cabinet Mawenzi Partners, a dressé le portrait chinois de ces ETI en santé à l’occasion d’une conférence qui leur était dédiée jeudi 31 octobre, organisée par le pôle de compétitivité francilien Medicen, avec le METI, Destination ETI et la région Ile-de-France, et animée par L’Usine Nouvelle. Des entreprises familiales et de long terme, misant souvent sur une production française et évoluant dans le B to B… En Île-de-France par exemple, elles sont une soixantaine, avec 30 000 salariés (dont 7 000 emplois créés depuis 2012), représentant un total de 8 milliards d’euros de chiffre d’affaires, avec 34 ans d’existence en moyenne. Industrielles pour un quart d’entre elles, 43% des autres étant dans les services, 20% dans le commerce…

Se pérenniser malgré les obstacles réglementaires

Innovantes, ces entreprises n’en doivent pas moins relever de nombreux défis. Leur taille est certes un gage d’agilité pour répondre aux exigences de clients industriels ou d’hôpitaux, estime Thibaut Hyvernat, le directeur général de Sterimed, un spécialiste des emballages de stérilisation dont 95% du business (de 140 millions d’euros) est désormais réalisé à travers le monde. Ou pour innover, raconte Alexandre Le Guilcher, directeur Recherche et Innovation d’Evolucare Technologies, dont le métier est de concevoir des logiciels pour les hôpitaux. Il a ainsi créé Evolucare Labs, sorte de start-up interne pour monter plus rapidement des projets collaboratifs, tester des prototypes auprès des hôpitaux et faire face aux contraintes d’un secteur ultra-réglementé.

Reste que leur taille d’ETI sera sans doute un obstacle pour s’adapter au nouveau règlement européen sur les dispositifs médicaux, qui va rendre beaucoup plus longue, contraignante et coûteuse la réalisation de dossiers et études cliniques pour faire homologuer leurs produits, s’inquiète Olivier Schiller, le PDG de Septodont. Et qu’il ne suffit pas de disposer d’une production française de haute technologie pour être sauvée en cas de coup dur… C’est ainsi que l’activité produits cardiaques de LinaNova (l’ex-ETI Sorin), est passée il y a deux ans sous pavillon chinois pour devenir MicroPort CRM, faute d’avoir trouvé un acquéreur français, raconte Daniel Kroiss, son senior vice-président en charge de la R&D et du business development. Un actionnaire chinois industriel de la santé qui a néanmoins annoncé en début d’année 350 millions de dollars d’investissements sur cinq ans en R&D pour revigorer le site historique de Clamart (Hauts-de-Seine) de MicroPort CRM.

Une "prime" pour séduire les meilleurs étudiants

Autre défi relevé par Boris Imbert : mieux adresser le développement durable, qui ne constitue pas encore une priorité aux yeux de ces entreprises. Pourtant, l’enjeu de responsabilité sociale et environnementale est par ailleurs un vrai sujet employeur, observe Thierry Herbreteau, le patron de Péters Surgical. Or les ETI en Santé rencontrent des difficultés à recruter des talents et se faire connaître auprès des jeunes diplômés d’écoles d’ingénieurs ou de commerce.

D’autant qu’à l’Institut supérieur d’ingénieurs de Franche-Comté (ISIFC), qui forme les meilleurs experts de France dans le domaine réglementaire et du dispositif médical, les étudiants ploient déjà sous les offres de stages et d’emplois. Au sein de l’École supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris (ESPCI), 30% des élèves se dirigent néanmoins vers des ETI, selon son directeur Vincent Croquette.

Moins connues et prisées que des grands groupes ou des start-up, ces entreprises doivent cependant accepter de payer une prime aux étudiants les plus courtisés, estime Nicolas Glady, le directeur général Adjoint de l’Essec (qui vient de créer une chaire dédiée aux ETI) et futur dirigeant de Télécoms Paris. Ou profiter de thèses pour recruter, comme à CentraleSupélec. Pour répondre à ces enjeux RH, le géant de la biologie de spécialité et leader français de la biologie de ville Cerba a pour sa part créé des "MBA maison" en partenariat avec de grandes écoles, comme l’EM Lyon pour former des "biomanagers" ou L’École Centrale et l’Iseg, pour les ingénieurs de bioproduction.

Les technos du McDrive appliquées aux urgences...

Dernier défi et pas des moindres pour les ETI évoluant dans le secteur de la santé : opérer leur révolution digitale. Le secteur n’est pas en avance. Chez Guerbet, François Nicolas, passé par Sanofi, a néanmoins été recruté il y a deux ans pour devenir le premier Chief Data Officer du spécialiste des produits de contraste pour l’imagerie médicale. À la tête d’une équipe multidisciplinaire fonctionnant comme une start-up interne, il a notamment bouclé en quelques mois deux accords de co-développement avec IBM monde.

Chez Innothera, après avoir pris une participation dans la start-up TheraPanacea, en vue de mettre l'intelligence artificielle au service du traitement des pathologies quotidiennes, l’enjeu est désormais d’utiliser le numérique pour obtenir un marketing beaucoup plus individualisé et personnalisé. Mais l’exploitation massive des données de santé reste délicate, car très réglementée, et donc complexe pour innover et trouver le modèle économique approprié, observe Ambroise Parker,  le COO de Vygon, qui planche sur une pompe de suivi à domicile connectée. Sans oublier l’acceptabilité sociale de l’utilisation de ces données sensibles, observe Isabelle Ryl, qui dirige l’Institut interdisciplinaire d’intelligence artificielle PRAIRIE, récemment créé au sein de l’Inria. Car dans ce secteur, "si l’on se trompe, on perd la confiance", relève-t-elle.

Des contraintes que les entreprises de la santé comme du numérique ont désormais bien en tête, tout comme les enjeux d’éthique, entend rassurer Isabelle Zablit, la co-présidente du comité santé du Syntec Numérique et du programme start-up du numérique. Les technologies peuvent vraiment simplifier la vie des patients, insiste-t-elle. On pourrait ainsi s’inspirer des outils utilisés pour la gestion des McDrive pour fluidifier les files d’attentes des urgences, insiste Pierre Blanc, patron du cabinet de conseil en stratégie Athling. Aux ETI françaises de ne pas avoir froid aux yeux pour puiser des inspirations dans d’autres secteurs…

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