L'Usine Nouvelle

Qwant s'allie avec Brave, navigateur qui protège la vie privée

Manuel Moragues ,

Publié le

Qwant, le moteur de recherche français qui protège la vie privée des internautes, s'allie avec le navigateur internet Brave, qui bloque le pistage et les publicités invasives. Une piste, selon les partenaires, pour réparer un écosystème publicitaire cassé. Au détriment de Google.

Qwant s'allie avec Brave, navigateur qui protège la vie privée
Brendan Eich, PDG de Brave Software (à g.) et Eric Léandri, PDG de Qwant, dans les locaux de Qwant à Paris, le 13 septembre 2018.
© D.R.

Avec Brave Software, Qwant a trouvé navigateur à son moteur. Dans ses nouveaux locaux du 16e arrondissement, le moteur de recherche français respectueux de la vie privée a présenté jeudi 13 septembre son partenariat avec Brave Software, éditeur américain du navigateur internet Brave, qui bloque tout pistage des internautes ainsi que les publicités invasives.

Concrètement, Brave, qui revendique déjà 4 millions d'utilisateurs mensuels et en vise 5 millions d'ici à la fin de l'année, intègrera désormais Qwant comme moteur de recherche par défaut pour les utilisateurs français et allemands.

Qwant, qui affiche 70 millions d'utilisateurs mensuels, devrait en retrouver de nouveaux. L'américain, lui, gagne un moteur de recherche plus en ligne avec sa philosophie que Google, qu'il utilisait jusque-là. Car si Qwant "vit de la publicité", comme le rappelle son PDG, Eric Léandri, il le fait sans identifier l'internaute ni pister et exploiter sa navigation... tout comme Google à ses débuts.

Un modèle publicitaire plus juste

Brave ne se résume pas à un navigateur bloqueur de cookies et de publicités, même s'il peut être utilisé ainsi. Selon son PDG, Brendan Eich, ex-PDG de la fondation Mozilla et inventeur du langage Javascript, il s'agit surtout de développer "un modèle pour la publicité sur internet qui soit plus respectueux de la vie privée et plus équitable".

Avec Brave, l'internaute peut ainsi décider de donner accès à de la publicité tout en n'envoyant aucune donnée personnelle sur le réseau, et en tirer rémunération. Une option choisie par environ 10% des utilisateurs de Brave jusqu'ici.

Le modèle de rémunération proposé par Brave consiste à reverser 70% des revenus publicitaires à l'éditeur du site visité – soit, selon Brendan Eich et Eric Leandri, largement plus que ce que reverse Google. Les 30% restants sont partagés à égalité entre Brave et l'internaute.

Du temps de cerveau disponible en blockchain

La monnaie de ce marché publicitaire est un jeton basé sur la blockchain Ethereum, le BAT, pour Basic Attention Token, dont la valeur repose in fine sur "le temps de cerveau disponible" de l'internaute pour reprendre la formule d'un patron de chaîne télé.

"C'est une proposition très intéressante", résume Eric Léandri. Tristant Nitot, ancien collègue de Brendan Eich chez Netscape au tournant des années 2000 et qui a rejoint Qwant au printemps dernier, y voit une solution potentielle à un problème crucial : "C'est la publicité qui finance le contenu du web mais l'écosystème publicitaire est cassé."

Sortir de l'impasse

Le constat d'impasse que partagent les nouveaux partenaires est triple : les pratiques publicitaires ont tourné en une dangereuse surveillance de masse et à la prolifération de logiciels malveillants ; Google et Facebook captent de plus en plus de valeur de ce marché au détriment des éditeurs des sites et producteurs de contenus ; les internautes utilisent par centaines de millions les bloqueurs de publicité, ce qui aggrave les difficultés financières des éditeurs…

Reste à déployer cette solution. Ce qui demandera de convaincre les éditeurs d'intégrer le modèle de Brave. Un groupement d'éditeurs de médias américains avait attaqué Brave Software en 2016, peu après le lancement du navigateur, l'accusant de bloquer et détourner les revenus publicitaires.

Selon Brendan Eich, "la perception des éditeurs a changé depuis, ils se sont rendus compte que Google et Facebook les tuaient. Aujourd'hui, nous avons de grands médias affiliés, comme le Washington Post, Vice, Dow Jones Media Group…". Les éditeurs français les rejoindront-ils ?

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