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"Quelle que soit l’issue du feuilleton grec le pare-feu BCE jouera", considère Stéphanie Villers

Coup sur coup vendredi 26 et samedi 27 juin, deux nouvelles assommaient les pays de la zone euro. L’annonce d’un référendum quant au rejet ou non par le peuple grec du plan d’aide de l’Europe par le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, et la rupture des négociations entre Athènes et Bruxelles.

Les marchés se sont réveillés ce lundi 29 juin avec un sérieux mal de tête. Signe avant-coureur d’une crise financière au sein de l’union monétaire ? Les entreprises vont-elles indirectement en pâtir ? Pas vraiment à en croire Stéphanie Villers, chef économiste chez Humanis, qui considère que la Banque centrale européenne fait office de pare-feu contre la crise grecque.

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Pour Stéphanie Villers, spécialiste de la zone euro et de sa politique monétaire chez Humanis, l'organisation d'un référendum qui pourrait aboutir à la sortie de la Grèce de la zone euro, ne laisse à craindre qu'une période de turbulence pour les entreprises car elles sont protégées par la politique de la Banque centrale européenne (BCE).

L'Usine Nouvelle - Les valeurs ont largement décroché aujourd’hui en raison de l’absence d’accord entre Athènes et ses créanciers européens. Les entreprises doivent-elles s’en faire et craindre le pire scenario quant à leurs investissements ?

Stéphanie Villers - Les marchés actions détestent l’incertitude. Ils marchent au jour le jour avec le feuilleton grec. Ainsi, la semaine dernière, les marchés se sont enflammés à l’annonce d’un accord sur la dette souveraine grecque. Avec l’annonce vendredi 26 juin par Alexis Tsipras d’un référendum sur le plan d’aide européen et l’Eurogroupe de samedi 27 juin qui s’est soldé par une rupture des négociations entre la Grèce et ses créanciers, les marchés actions décrochent en masse aujourd’hui. Les investisseurs en Bourse ne sont pas les mêmes que les investisseurs en marché obligataire. Les premiers, souvent des fonds de pension étrangers, voient en effet de très loin la situation dans la zone euro et réagissent en conséquence. Le marché boursier est beaucoup plus épileptique que le marché obligataire sur lequel les entreprises et les Etats se financent. Quoi qu’il en soit à court, comme à moyen terme, les décrochages en Bourse ne devraient pas aboutir à un krach car la conjoncture est bonne dans la zone euro, hors-Grèce. Les taux d’intérêts sont bas, l’euro baisse, le prix du baril de pétrole est faible, l’ensemble des entreprises en bénéficient.

Sur qui pèse le plus le ‘’risque grec’’ aujourd’hui ?

Les bourses européennes ont décroché mais sur les marchés obligataires, du moins sur ceux des pays ‘’core’’ (Allemagne, France, Pays-Bas, Belgique), les taux ne bougent pas et restent bas. Ainsi aujourd’hui, l’OAT 10 ans (valeur de référence en France) était à 1,21%. Le taux était également stable pour le Bund, la valeur correspondante en Allemagne. En revanche, l’impact de la crise grecque s’est reporté au niveau des pays ‘’périphériques’’ (Espagne, Italie, pays du sud). Comme au Portugal où le taux à 10 ans est monté à 3% ce lundi.

La politique monétaire de la Banque centrale européenne n’est pas étrangère à la préservation des intérêts de la plupart des entreprises de la zone euro ?

Le pare-feu de la BCE joue plus que jamais en faveur de ces marchés. En effet, le programme QE, pour ‘’quantitative easing’’, mis en place par la banque européenne depuis le mois de mars, qui craignait à l’origine un risque de déflation, et destiné à injecter des liquidités tous les mois (dans la limite de 60 milliards d’euros) sur les marchés obligataires, change la donne pour les entreprises. Comme cela a été fait par la banque centrale américaine après 2009, la BCE achète massivement de la dette publique afin que les banques soient incitées vendre ces titres obligataires pour prêter davantage aux entreprises. Ainsi, en France en l’occurrence, on constate que les prêts aux entreprises, ainsi que les prêts immobiliers aux ménages, sont en train d’augmenter. Sans cette politique monétaire, il y aurait plus de tension sur les taux d’intérêts à cause de la crise grecque.

Mais si le référendum organisé dimanche 5 juillet en Grèce aboutissait à une sortie de la Grèce de la zone euro, le risque demeure pour nos économies ?

Dans l’éventualité d’un Grexit, les entreprises françaises peuvent être rassurées quant à la visibilité des taux d’ici à septembre 2016, date de fin du programme QE. Quelle que soit l’issue du feuilleton grec, dont l’enjeu est éminemment politique, le pare-feu BCE jouera. On peut toutefois prévoir une légère hausse, pour arriver à +1,5% en France par exemple, si dimanche la Grèce décidait d’une sortie de la zone euro. Ce qui reste raisonnable.

Et après septembre 2016 et la fin du plan QE ?

Pour les entreprises, c’est le moment d’investir, et ce depuis janvier 2015 et l’annonce du plan de la BCE. En effet, après septembre 2016 les taux d’intérêts devraient remonter mais pour une bonne raison : le retour de la croissance. En France, la conjoncture économique devrait donc rester favorable même si les taux remontent mathématiquement. Les entreprises évolueront dans un meilleur contexte et auront davantage de perspectives favorables. Pour l’heure une période de turbulence reste à craindre dans la mesure où l’union monétaire n’a jamais été confrontée à une telle situation. Sortir un pays de la zone euro, on ne sait pas faire ! Mais, dans cette éventualité, la BCE pourra dépasser son plafond de 60 milliards mensuels pour parer tout risque de hausse excessive de taux d’intérêts excessif dans la zone euro.

Propos recueillis par Aurélie M'Bida

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