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Quand la présidentielle devient le cadre d'un polar mélancolique de Thomas Bronnec

Christophe Bys

Publié le

Le journaliste Thomas Bronnec continue à explorer les ombres du pouvoir. Après "Les initiés" , un roman qui racontait Bercy et ses secrets, il est de retour avec "En terrain conquis ". Soit un polar sur fond de coaltion entre la droite et l'extrême-droite et un président qui veut sauver la zone euro. De la description de ce monde sans morale se dégage une incroyable mélancolie. 

Quand la présidentielle devient le cadre d'un polar mélancolique de Thomas Bronnec
Thomas Bronnec signe un polar plus mélancolique que cynique.
© D.R. gallimard série noire

Et si en mai 2017, le président sortant socialiste était réélu, tandis que dans la foulée, son parti perdait les élections législatives. Le voilà obligé de nommer un Premier ministre issu des rangs du parti de droite. Sauf que l'opposition n'a pas la majorité seule, et qu'elle doit choisir entre s'allier avec la gauche pour une grande coalition à l'allemande ou avec des députés du parti d’extrême-droite qui feraient ainsi un retour remarqué à l'Assemblée. C’est sur cette hypothèse en partie invalidée par les faits récents (le renoncement de François Hollande...) que repose l’intrigue d’"En pays conquis", le nouveau polar de Thomas Bronnec.

Quand polar rime avec pouvoir

Si quand vous entendez polar, vous pensez milieu interlope, gangsters et call girls, vous risquez d’être déçu, car tel n’est pas le monde décrit par l’auteur. Ce dernier est journaliste, il connaît très bien les rouages de Bercy et du pouvoir en général, dans ses croisements entre le monde politique et économique en particulier. C’est ce qu’il démontre encore avec ce nouveau roman. Si mort il y a dès le début du livre (un suicide suspect), la dynamique du roman n’est pas à proprement parler l’enquête pour découvrir le coupable. D’ailleurs, comme pour mieux jouer des codes du genre, il n’y a pas d’enquête après le décès d’un haut fonctionnaire chargé de contrôler les comptes de campagne et le financement de la vie politique.

Comme dans son précédent roman, "Les initiés", Thomas Bronnec excelle à construire la progression de son intrigue. Les chapitres courts, se succèdent, multipliant les points de vue et les lieux. On passe de Bercy à l’Elysée, du domaine normand d’un tycoon made in ENA à l’appartement d’un nostalgique de Pétain devenu conseiller de la dirigeante du parti d’opposition. Comme dans les meilleurs feuilletons policiers (on se demande ce qu’on attend pour confier à Thomas Bronnec l’écriture ou la supervision de l’écriture d’une série), les intrigues se mêlent, progessent en parallèle, et, échappant à toute logique géométrique, finissent par se rejoindre.

Failles intimes et défaillances morales

De cette façon, le récit mêle plutôt habilement les différents réseaux qui font le pouvoir, les officiels et les officieux, s’amusant à révéler les pactes secrets plus ou moins licites qui lient les uns aux autres. Si le Président accepte avec calcul (en espérant y gagner plus tard grâce à une dissolution), la coalition inédite avec l'extrême droite, il cherche aussi à rassurer les partenaires européens de la France et impose comme ministre de l’Economie un haut fonctionnaire de Bercy devenu grand manitou de la banque française. Alfred de Vigny avait écrit "Servitude et grandeurs militaires", Bronnec lui décrit les mesquineries et grandeurs du politique. 

A cette découverte de coulisses fictives (toutes ressemblances avec des personnages…), se mêle un roman où les combines politiciennes apparaissent presque plus douces que les arrangements que chacun fait avec soi-même et les siens, toutes ces petites lâchetés quotidiennes et autres micro-trahisons.

Là c’est une haut-fonctionnaire qui a tout donné au service de l’Etat pour mieux s’oublier, ici des amours autrefois interdites qui ont été sacrifiés à l’ambition du pouvoir, ailleurs ce sont des amis de 30 ans qui découvriront que politique et ami sont des mots qui décidément ne vont pas très bien ensemble. Paradoxalement, dans ce roman qui parle de corruption et de trahison, on ne sort pas tant choqué par l’amoralité des personnages qu’attristé par la dissection froide de ce que l’écrivain russe Gogol aurait appelé des âmes mortes. Mais qui bougent encore et qui sont d’autant plus dangereuses qu’elles ont entre leurs mains les attributs du pouvoir. "En pays conquis" est d’abord un roman mélancolique.

Christophe Bys

 

"En pays conquis" de Thomas Bronnec, Série Noire Gallimard,16 euros.

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