Quand l’université s'inspire de l'entreprise pour innover en pédagogie

Petit à petit les universités innovent en pédagogie. En ordre dispersé, certes, mais avec des initiatives qui sont autant de cas d’école, que Thierry Mandon, à la veille de quitter le ministère, a décidé de mettre en lumière. Et clairement, les meilleures idées semblent directement inspirées des pratiques des entreprises.

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Quand l’université s'inspire de l'entreprise pour innover en pédagogie

Droit de réserve oblige, à un mois du premier tour des élections présidentielles, les membres du gouvernement n’ont plus le droit de s’exprimer pour défendre leur bilan. Cela tombe bien, le ministère de l’enseignement supérieur n’est pour rien dans les innovations pédagogiques qui ont fleuri ces dernières années dans les universités, et dont Thierry Mandon, secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur et à la Recherche, a décidé de faire la promotion en cette toute fin de mandat. D’ailleurs, on le sent bien que les idées n’ont pas été imposées par l’administration centrale… La plupart seraient plutôt directement inspirées du privé, notamment du monde de l’entreprise. Jugez plutôt.

Développement personnelle

L’échec en licence coûte cher. "Environ 200 millions d’euros, qui pourraient vraiment servir à autre chose", a lancé Thierry Mandon, le 30 mars lors d’une conférence de présentation au ministère d’une sélection d’innovations pédagogiques dans les universités. Elle pèse aussi beaucoup sur l’image des universités auprès des étudiants et sur moral des professeurs. C’est donc tout naturellement dès la première année, voire avant l’entrée à l’université, qu’il faut agir. Et souvent, le problème n'est pas celui des connaissances mais de compétences, les fameux soft skills, si chers aux anglosaxons. C’est sur cette idée que l’université Lyon 3 a développé son programme Pôle réussite, qui propose à tous les étudiants, en échec ou non, de suivre à la demande des modules de formation « pour réussir » de 3 heures, en présentiel. Pour un coût minime, 146 euros par étudiant, dégressif plus ils sont nombreux, l’université a déjà lancé une quinzaine de modules, de la gestion du temps à la confiance en soi en passant par la gestion du stress ou le savoir rebondir après l’échec. Et comme dans l’entreprise, la formation et le formateur sont notés par les apprenants, qui sont aussi sollicités pour donner des idées de formation ! Un vrai succès auprès des étudiants, qui se sentent "accompagnés comme dans le privé", témoigne un étudiant de master 1 de Lyon 3, qui a suivi le module prise de parole en public.

Formation continue

Faire comme dans le privé, c’est aussi ce qu’a osé l’université de Perpignan en créant un centre d’appui à la pédagogie pour les enseignants. Pas d’en haut, mais en copiant une initiative issue des enseignants eux-mêmes, le contrat enseignant pédagogie innovante (CEPI), qui permet à des enseignants volontaires de se former entre pairs à de nouvelles pédagogies et aux usages de la technologie et des outils numériques. Un succès. Et une prise de conscience de l’aspect systémique des innovations pédagogiques et de la nécessité de décloisonnait et de valoriser les initiatives individuelles.

Innovation participative

Mais c’est à Lyon 1 que l’on a le mieux compris qu’en terme d’innovations pédagogiques, c’est peut-être encore les étudiants eux-mêmes qui étaient les mieux placés pour avoir des idées et savoir ce dont ils ont boisson. Depuis 2014, la faculté de médecine les a laissés faire, en commençant par produire eux-mêmes à partir de leurs notes, leurs supports de cours, et les partager entre eux. Une initiative qui permet même de gouter à une pédagogie inversée… où, ce n’est plus le professeur qui diffuse son savoir, mais les étudiants, qui posent des questions sur la base du cours lu avant d’arriver. Et ce n’était qu’un début. Les étudiants de médecine foisonnent d'idées, comme la conception de leur propre outil de simulation pour mieux apprendre les gestes. "Cela nous permet de développer des compétences non cognitives et d’être acteurs de notre apprentissage", témoigne un des étudiants du groupe de travail Initiatives pédagogiques des étudiants (IPE). Un cas d’école qui devrait faire école à l’université.

Aurélie Barbaux Grand reporter Énergie & industrie durable
Aurélie Barbaux

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