Economie

Qu'est ce qui changerait dans une région dirigée par le FN

Solène Davesne ,

Publié le

Après le premier tour des élections régionales, le Front national est très favorable dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie et en PACA. Au-delà du séisme politique, le quotidien des entreprises ne devrait pas être chamboulé à court terme


Hotel de Région à Lille - Crédits Bruno Parmentier CC Twitter  Hôtel de Région

C’est un bouleversement profond du paysage politique français. Lors du premier tour des élections régionales, le Front national est arrivé largement en tête dans six des treize nouvelles grandes régions. Il est, avant le second tour de dimanche prochain, en position très favorable pour l’emporter dans deux régions Nord-Pas-de-Calais-Picardie et Provence-Alpes-Côtes d’Azur.

Même si le parti de Marine Le Pen dirige depuis 2014 plusieurs communes, c’est un changement d’échelle qui se profile. Depuis la loi NOTRe, adoptée cet été, les compétences de la région ont été profondément renforcées dans le domaine économique, mais aussi dans les transports ou la formation professionnelle.

Désormais ce sont les régions qui gèrent les aides aux entreprises et qui déterminent la stratégie de développement économique. Pour assurer leurs missions, elles gèrent plusieurs milliards de budget annuel et pilotent les fonds européens.

Que changerait le passage d’une région au FN ? Dans les régions les plus disputées, les milieux économiques sont restés silencieux. Dans le Nord Pas-de-Calais, la CCI a interrogé l’ensemble des candidats sur leur programme économique sans prendre parti. Seul l’ancien patron de Bonduelle a pris publiquement position localement.

Au niveau national, Pierre Gattaz le président du Medef a mis en garde aussi contre "l’illusion des promesses faciles". Si les patrons ne montent pas au créneau, c’est en partie pour ne pas alimenter le discours victimaire qui profite tant au Front National. Mais aussi parce qu'en dehors du coup de Trafalgar politique, il serait faux de prétendre que la bascule d’une région va changer du jour au lendemain le quotidien des entreprises, du moins dans les prochains mois.

Malgré la montée en compétence des régions, la plupart des marqueurs politiques du FN sont hors de leur champ de compétence. Pas question de sortir de l’euro et de fermer les frontières par exemple.

Des promesses difficile à mettre en oeuvre
Une partie des propositions du FN risque d’être difficile à mettre en oeuvre. Même si Marine Le Pen entend défendre "le patriotisme économique" dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie et privilégier les entreprises locales, en développant des critères sociaux et environnementaux, elle ne pourra pas contrevenir aux règles européennes des marchés publics.

Quant à son objectif d’interdire les marchés publics aux entreprises ayant recours à des travailleurs détachés, elle semble difficilement conciliable avec le droit communautaire.

Elle plaide aussi pour réduire la fiscalité alors que la région n’a quasiment pas d’autonomie dans le domaine, en n'ayant la main que sur la taxe sur les cartes grises, soit à peine 6 % des recettes globales régionales.

Pour le reste, son programme aligne les propositions consensuelles qui pourraient être portées par d’autres partis: "soutenir les pôles d’excellence", "développer les filières à haute valeur ajoutée", "favoriser les synergies entre les centres de recherche, les universités et les entreprises et encourager les transferts de technologies".Même si le FN fustigeait il y a encore un an le projet de Canal Seine Nord, il s’y est désormais rallié.

RURALITÉ contre Métropole 
Le choix n’est pourtant pas sans conséquence. La volonté frontiste de privilégier les zones rurales au détriment des métropoles risque de rejaillir sur les choix de politique économique à venir et sur son attractivité. Mais l’impact le plus difficile à évaluer concerne l’image de la région.

Une région dirigée par l’extrême droite - et par des équipes sans expérience de gestion - pourrait rebuter les investisseurs étrangers. Nord-Pas-de-Calais était en 2014 la troisième destination des investisseurs étrangers industriels en France en nombre de projets et en emplois créés. De quoi handicaper encore un peu plus l’économie de cette région frontalière.

Rampe de lancement nationale
Mais dans le domaine économique, le réel impact des élections régionales pourrait se faire plus tard. Remporter une voire plusieurs régions fournit au Front national une rampe de lancement pour les prochaines élections de 2017, qu’il sera difficile à arrêter.

Le parti d’extrême-droite en profite pour consolider son assise, former ses cadres et mailler encore davantage le territoire. Il aura alors tout loisir de pousser les thèmes traditionnels de son programme. Dans ce contexte, même si une partie des promesses du FN ne sont pas dans les compétences des régions, elles ne peuvent pas totalement être absentes du débat. 

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