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Primaire de la droite, six candidats au banc d'essai

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Infographie Alors que le premier débat télévisé entre les candidats se déroule ce jeudi 13 octobre sur TF1, les propositions s’affinent. Et s’il n’y a pas d’écart idéologique, les approches et sensibilités diffèrent.

Primaire de la droite, six candidats au banc d'essai © Twitter - Gilles Bouleau

Ce soir, ils se livreront au difficile exercice du débat télévisé, pour la première fois dans cette campagne. Mais fin septembre, les candidats à la primaire de la droite avaient déjà passé un premier grand oral, à la Maison de la chimie à Paris, à l’occasion de « la primaire de l’économie » organisée par cinq associations patronales dont le METI et Croissance plus. Une heure chacun, micro en main, pour dérouler leur programme économique et dialoguer avec un parterre d’entrepreneurs du numérique, de patrons de biotech et de dirigeants d’ETI. À deux mois du premier tour, les chefs d’entreprise constituent un électorat courtisé. Les candidats leur ont donné « moins des déclarations que des preuves d’amour », dixit Alain Juppé. Au-delà des promesses, il s’agit de convaincre de la capacité à conduire les réformes. La méthode ? Gouverner par ordonnances, pour la plupart, et engager en quatre mois les principales réformes économiques. Sur le fond des propositions, « L’Usine Nouvelle » a passé tous les programmes au crible. Des axes communs se dessinent, d’inspiration fortement libérale. Sans gommer toutes les nuances.

Fiscalité, un choc d’envergure

En matière fiscale, tous plébiscitent un choc d’envergure en faveur des entreprises, en priorité sur les charges sociales. Avec 100?milliards d’euros de baisse, c’est Nathalie Kosciusko-Morizet qui va le plus loin. Pour les autres, les divergences se concentrent sur les modalités pour baisser le coût du travail. Alain Juppé et Nicolas  Sarkozy préfèrent concentrer la majeure partie de l’effort sur les bas salaires, là où les effets sont maximaux pour créer de l’emploi. « Il y a une bombe atomique qui est les six millions de chômeurs actuels. Je ne pense pas qu’une entreprise embauche un cadre supérieur à cause d’une baisse de charges », balaye Nicolas Sarkozy. À l’inverse, François Fillon juge que c’est « une erreur » de privilégier les bas salaires, moins représentés dans l’industrie ou les entreprises innovantes. « Il faut être compétitif », assure l’ancien Premier ministre, qui plaide comme Jean-François Copé pour une baisse des charges financée par une hausse de la TVA de deux points.

Pour le reste, les candidats ne se démarquent pas par leur originalité. Tous se focalisent sur une baisse du taux de l’impôt sur les sociétés à 30 %, dans la moyenne européenne, « afin d’éviter le dumping fiscal » comme le justifie Bruno Le Maire. Avec un bémol : Nicolas Sarkozy n’en fait pas une priorité. Dès 2017, il veut s’atteler à la réduction drastique des droits de transmission et de la taxation des revenus du capital avec la mise en place d’un prélèvement libératoire. Des propositions identiques à ses rivaux. La suppression de l’impôt sur la fortune (ISF) fait l’unanimité ou presque. Seule Nathalie Kosciusko-Morizet avoue une « vraie réticence » et plaide pour transformer l’ISF en « obligation d’investissement » après avoir modulé son taux et son assiette. À l’inverse, elle est la seule à mentionner une réduction des taxes pesant sur les facteurs de production. Les autres bottent en touche pour raisons budgétaires. « Il faut déjà que je fasse 100?milliards d’euros d’économies et je veux maîtriser le déficit », se défend Alain Juppé. Les candidats font preuve de plus d’originalité dans leurs pistes pour réduire l’incertitude des entreprises. Alain Juppé et Nicolas Sarkozy plaident pour l’adoption d’une seule loi de finances pour tout le quinquennat. L’ancien Président partage avec Bruno Le Maire sa volonté d’inscrire la stabilité fiscale dans la Constitution et veut réduire l’étendue des contrôles fiscaux.

 

Voir notre infographie à la fin de l'article

 

Relations sociales, le grand soir

C’est un grand vent antisyndical qui souffle à droite. Dans leur volonté de réformes choc et échaudés par les manifestations qui ont entravé l’activité lors de la « mini-réforme » El khomri, ils considèrent les syndicats comme des facteurs bloquants. Pour Nicolas Sarkozy, il faut déjà en finir avec le paritarisme, « cet autre nom de l’immobilisme ». Finie la cogestion de l’assurance chômage et de la sécurité sociale. Tous estiment que les accords d’entreprise doivent prévaloir sur les accords de branche négociés par des syndiqués jugés politisés et déconnectés du terrain. Nicolas Sarkozy, Bruno Le Maire, François Fillon et Jean-François Copé estiment qu’il faut réduire leur empreinte dans les entreprises en supprimant le monopole de présentation syndicale au premier tour des élections professionnelles. Alain Juppé ne se lance pas dans ce combat même s’il mise comme les autres sur le référendum d’entreprise plus que sur les accords syndicaux. Mais pour le vétéran de la primaire, le chef d’entreprise ne doit l’activer qu’associé à au moins un syndicat représentatif. Si les syndicats sont pour Alain Juppé « le propre des démocraties », il ne se satisfait pas de leur fonctionnement et propose de limiter les mandats des élus syndicaux tout en les maintenant à 50 % sur leur métier dans l’entreprise.

Nathalie Kosciusko-Morizet se prononce pour la suppression des permanents dans les entreprises de moins de 500 salariés. Pragmatique, elle estime « qu’on ne va pas supprimer les syndicats ». Elle est dans le fond la seule à leur proposer un projet d’avenir autour d’un syndicalisme de services, un peu sur le modèle de l’Europe du Nord. De nombreux candidats reviennent aussi sur la question des seuils sociaux. Bruno  Le Maire est plus radical estimant qu’il faut relever le seuil de 50 à 250 salariés, avec une fusion des instances. La suppression de « l’usine à gaz » du compte pénibilité fait l’unanimité. De quoi se mettre à dos tous les syndicats de salariés, CFDT comprise.

Marché du travail, l’objectif du plein-emploi

« L’emploi, c’est la mère de toutes les batailles pour la France », proclame François Fillon. Aux « primaires de l’économie », Bruno Le Maire débutait son discours par un vigoureux : « Mon objectif ? Donner du travail à tous. » Tandis qu’Alain Juppé décrétait : « Mon objectif c’est le retour au plein-emploi, c’est nécessaire… et c’est possible. » Le préalable pour tous est de remettre les entreprises françaises en situation de compétitivité. Et après ? L’idée est de sécuriser le CDI pour les employeurs en plafonnant les indemnités prud’homales et en créant un contrat avec des motifs de licenciement économique prédéfinis. Le juge n’aurait qu’à se prononcer sur la matérialité du fait de la rupture et non sur sa pertinence. L’emploi requiert surtout des compétences au plus près de ce qu’attendent les entreprises. « L’apprentissage sera la voie de droit commun pour obtenir un bac professionnel », déclare Nicolas Sarkozy. Bruno Le Maire détaille une grande fusion des lycées professionnels, CFA et Greta pour créer des « écoles des métiers » pilotées par les régions et les entreprises. Au-delà de la formation, le consensus règne sur des allocations chômage raccourcies dans la durée pour inciter à la reprise d’activité. Tous les candidats prennent en compte le potentiel d’emplois des plates-formes numériques et estiment qu’il faut inventer un statut adapté, mais c’est François Fillon et Nathalie Kosciusko-Morizet qui développent les propositions les plus précises. Alain Juppé et Jean-François Copé insistent sur l’égalité femme-homme. Ce dernier avec quelque légitimité puisqu’il est à l’initiative de la loi promouvant les quotas dans les conseils d’administration. Et Alain Juppé, plus difficilement, pour ceux qui se souviennent de l’épisode des « Juppettes ».

Politique industrielle, un manque d’originalité

« L’industrie, ce n’est pas le passé », assure Nicolas Sarkozy. Pour relancer la production française, les candidats à la primaire misent peu sur les politiques sectorielles. Lors de leur grand oral devant les entrepreneurs, ils n’ont pas brillé non plus par leurs idées sur la transformation digitale. « On a raté le tournant de la robotisation et cela a abouti à la mort d’une partie de l’industrie. Il ne faudrait pas que la même chose arrive avec le numérique », argumente Nathalie Kosciusko-Morizet. Alain Juppé, qui veut pousser l’e-santé, doit dévoiler ces jours-ci son « cahier » de propositions pour le numérique. Dans l’innovation, Bruno Le Maire veut créer de nouvelles agences de recherche – à la place du CNRS, de l’Inserm et des autres organismes – et rattacher les chercheurs publics à une université, où ils devront enseigner.

Le levier principal, c’est d’améliorer l’environnement des entreprises. Pour « reconstituer le capitalisme français » et aider les entreprises à trouver des fonds propres, François Fillon veut rendre déductible de l’impôt sur le revenu 30 % des investissements dans des start-up. Nicolas Sarkozy, quant à lui, va jusqu’à 60 %.

Autre mesure consensuelle : l’allégement des normes. Jean-François Copé prévoit de « retransposer » dès juin?2017 toutes les directives européennes, pour les réécrire dans un sens jugé plus favorable à l’intérêt des entreprises. Nicolas Sarkozy y ajoute la possibilité d’avoir une disposition de temporisation pour limiter dans le temps la validité des normes.

Energie-environnement, retour vers le passé

Rien à voir avec la campagne présidentielle de 2007 ni même celle de 2012. Les questions énergétiques et environnementales sont très loin des préoccupations centrales. Les candidats partagent un point d’accord : leur soutien à la filière nucléaire en général et leur opposition à la fermeture de la centrale de Fessenheim en particulier. Pour atteindre son « rêve d’une France sans pétrole », Jean-François Copé veut aussi renforcer les crédits d’impôt en faveur des énergies renouvelables.

Le sort à réserver au principe de précaution divise en revanche. Nicolas Sarkozy, Bruno Le Maire et François Fillon ont fait de son remplacement par un principe d’innovation dans la Constitution leur cheval de bataille. Ce qui laisse sceptique Alain Juppé et énerve Nathalie Koscisuko-Morizet qui déclare « le principe de précaution vise des situations particulières dans le domaine environnemental et ne mérite ni tant d’honneur ni tant d’opprobre ». L’ancienne ministre de l’Environnement, en bonne polytechnicienne, plaide davantage pour redorer l’attractivité des études scientifiques afin de réduire la peur du progrès technique. ??

 

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