Economie

[Présidentielle] Emmanuel Macron veut conjuguer l’industrie française au futur

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Emmanuel Macron sortirait en tête du premier tour des Présidentielles, selon les estimations publiées à 20 heures. Quelle est sa relation à l'industrie ? Est-il vraiment le candidat du CAC 40 comme l'affirme ses détracteurs ? Le leader d'En Marche a peu parlé d'industrie dans sa campagne, à dessein, il faut donc se pencher sur son action et ses déclarations lors de son passage au ministère de l'économie pour trouver des réponses à ces questions.   

[Présidentielle] Emmanuel Macron veut conjuguer l’industrie française au futur © Pascal Guittet - L'Usine Nouvelle

On a peu entendu le candidat Macron sur le sujet de l’industrie pendant cette campagne. Selon ses proches, c’est un choix stratégique. Estimant que son passage au ministère de l’Economie, de l’industrie et du numérique lui conférait une légitimité en la matière, il a décidé de concentrer ses interventions sur les sujets ou il lui fallait gagner en crédibilité : le régalien, la santé, l’international, l’éducation…  Toute une série de sujets clés pour le pays sur lesquels le nouveau venu de la politique française ne peut faire l’impasse.

Ses relations avec les grands groupes

Pourtant, l’industrie ne lui est pas un sujet étranger. Il est dès les débuts de sa carrière professionnelle, publique comme privée, rapidement confronté à ses dirigeants. Avec un prisme au départ très grande entreprise. En 2007, en tant que rapporteur de la commission pour la libéralisation de la croissance  présidé par Jacques Attali, il rencontre ainsi Xavier Fontanet, le patron d’Essilor, Pierre Nanterme, celui d’Accenture, Anne Lauvergeon, alors à la tête d’Areva, Peter G. Gyllenhamar, ancien président de Volvo et Peter Brabeck-Lemathe, patron de la firme agroalimentaire suisse Nestlé. Engagé chez Rothschild, il amènera ce gros client dans ses bagages. Et conclura en 2012 le rachat de la branche nutrition infantile de Pfizer par Nestlé, à la barbe de Danone. A l’époque le patriotisme économique n’est pas dans ses critères d’évaluation.

Ce deal à 9 milliards d’euros est son fait d’armes dans la banque d’affaire. Secrétaire général adjoint de l’Elysée, il continuera à entretenir des contacts avec les grands capitaines de l’industrie, dont le patron de l’Afep, Pierre Pringuet, patron de Pernod Ricard, et élargit aussi son cercle à des dirigeants du numérique comme Xavier Niel.  

Etat actionnaire décomplexé

Il ne sera pas pour autant, en particulier en arrivant à Bercy, dans la complaisance avec tous ces patrons. Il s’oppose en effet violemment à l’arrivée par exemple d’Henri Proglio à la présidence de Thales. En mai 2015, il déclare à son sujet dans un entretien à l’Usine Nouvelle "Honnêtement, je trouve vertigineux que l’on puisse s’interroger pour savoir si cela ne pose pas problème de devenir président non exécutif de Thales, principal groupe de défense français, quand on est en même temps rémunéré par une société étrangère qui s’appelle Rosatom et qui gère l’industrie nucléaire russe, civile et militaire. La position d’administrateur de certaines de ces sociétés, le fait d’entretenir des liens avérés y compris financiers avec elles, est simplement incompatible avec le poste de président non exécutif de Thales".

Henri Proglio, déjà évincé d’EDF, jettera l’éponge en dénonçant une cabale du ministre. De même il s’affrontera avec le tout puissant patron de l'Alliance Renault Nissan, Carlos Ghosn en montant au capital de Renault pour imposer dans l’Assemblée générale les droits de vote double des actionnaires de long terme issu de la loi « Florange ». Tout libéral qu’il est, Emmanuel Macron affirme ainsi un Etat actionnaire décomplexé, décidé à intervenir pour imposer une vision de long terme.  

C’est en arrivant à Bercy, qu’il se confronte pour de bon aux PME et des ETI. Et si les grands dossiers comme celui de la restructuration de la filière nucléaire entre EDF et Areva sont engagés, il inclut aussi dans sa loi "Macron", qualifiée de "fourre-tout" une mesure importante pour les PME industrielles, le sur-amortissement des investissements productifs.

STRATEGIE INDUSTRIELLE

On l’entend peu sur les dossiers de restructuration car à l’inverse de l’activisme de son prédécesseur, il prône une action discrète en la matière. Des membres de son cabinet affirment qu’il a suivi de près à l’époque la résolution de la situation de la verrerie Arc en s’y rendant deux fois. Il participera aussi à sortir Vallourec d’une situation délicate en faisant monter au capital Bpifrance, au côté du japonais  NSSMC. L’opérateur parapétrolier est victime à la fois de la baisse des investissements dans le pétrole et de l'offensive des chinois dans l’acier. Uns situation qu’il pousse à gérer au niveau Européen en renforçant la politique anti-dumping. Au chapitre des grands dossiers, certains ne lui pardonnent pas d’avoir laissé filer ce qui restait d’Alcatel chez Nokia

Sur le plan de la stratégie industrielle Emmanuel Macron simplifie les 34 plans d’Arnaud Montebourg en dix solutions, dont l’industrie du futur est le pivot. Son credo, l’industrie française doit se moderniser et la montée en gamme passe par le numérique. C’est ce concept d’industrie du futur qui fait le pont entre sa promotion forte des start-up et l’industrie traditionnelle. Il se rend en 2015 puis en 2016 au Consumer Electronics Show de Las Vegas pour vendre la French Tech. La dernière édition lui vaut quelques déboires à cause d’une soirée coûteuse et passé apparemment sans appel d’offre. L’événement est organisé par Business France mais selon des proches du dossier c’est sur une demande pressante de son cabinet. Et il est si difficile de dire non à un ministre.

Supporters

Sur la question des priorités sectorielles, Emmanuel Macron promeut fortement dans son livre "Révolution" de pousser sur les cleantechs. Il estime que les grands groupes d'environnement français alliés à des start-up inventives peuvent constituer un avantage compétitif et répondre à une demande mondiale et vitale compte-tenu des enjeux du changement climatique.

Si de nombreux dirigeants de start-up ont reconnu très tôt en Emmanuel Macron l’un des leurs, (le président du CNNum, conseil national du numérique, Mounir Mahjoubi a carrément rejoint son équipe), ce n’est que plus récemment que certains industriels se sont prononcés en sa faveur, dont le président du GFI, Philippe Darmayan.

L’un des dernières visites de terrain du candidat le 18 avril a eu lieu dans l’usine Krys de Bazainville, l’occasion de reparler de modernisation et de promouvoir son projet d’un fonds de 10 milliards pour l’industrie et l’innovation. Ce jour là, il déclarait : "Cette entreprise prouve également que les machines ne sont pas forcément les ennemis des employés. Je crois dans la réconciliation d’une politique de compétitivité et d’une politique de justice sociale".  Pour les ouvrières de Whirlpool, dont ont beaucoup parlé les autres candidats, d’extrême gauche, comme d’extrême droite, le problème n’est pas tant l’automatisation que les différences de développement économique et le manque d’harmonisation sociale au sein de l’Europe. Une question encore à régler et sur laquelle il fait le pari optimiste du volontarisme politique.

 

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