Economie

Pourquoi les inégalités entravent la croissance

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Plus d’inégalités entrave la hausse de la productivité ce qui renforce les inégalités. Ce cercle vicieux auquel s’ajoutent la financiarisation de l’économie et les défis de la révolution numérique, s’auto-entretient, pour peser au final sur la croissance. C’est le constant alarmant de l’OCDE. Explication des phénomènes en jeu. 

Pourquoi les inégalités entravent la croissance © PSD Graphics

"L’heure est critique ! Huit ans ont passé depuis la crise financière et nous vivons toujours sur cet héritage. Les revenus des 10 % les plus riches pèsent 10 fois ceux des 10 % les moins riches et les premiers possèdent 87 % du patrimoine mondial" a rappelé Angel Gurria le secrétaire de l’OCDE en ouverture de son séminaire lors de cette première semaine de juin à Paris.

Le patron de l’organisation économique des pays développés plaide pour une croissance plus inclusive. Comment se noue le lien entre inégalités et productivité ? La question est complexe mais ont peut l’organiser autour de quatre grands domaines.

 

Un problème de compétences

Les inégalités de revenus ont des effets sur les opportunités d’emploi des familles les plus modestes. Elles réduisent l’investissement dans l’éducation de leurs enfants, ce qui a avoir un impact sur leurs compétences et entretient une mauvaise productivité de la main d’œuvre. Main d’œuvre que l’on ne sera pas enclin à bien rémunérer. Bien sûr tout les pays ne sont pas logés à la même enseigne. Car le rapport entre la situation économique et le niveau d’instruction des ménages est aussi conditionné par la qualité des établissements scolaires, l’offre existante en matière d’enseignement préélémentaire, le coût de l’éducation. Mais la tendance est là.   

La question du marché du travail et de la disponibilité des compétences entre aussi dans l’équation. Un marché très rigide et dual (avec des insiders d’un côté et des outsiders de l’autre) n’est pas très favorable à la productivité globale car pour que celle-ci augmente, il faut une réallocation entre secteurs. De nouveaux secteurs plus productifs doivent se développer tandis que les moins productifs disparaissent. Si les salariés sont piégés par une rigidité du travail dans des secteurs peu productifs, les nouveaux vont avoir plus de mal à se développer. Et si les nouveaux secteurs n’ont accès qu’à des outsiders mal formés car en de hors du système, le problème s’aggrave.

 

Un problème d’entreprises

La productivité globale est le fruit du cumul de celles de chaque entreprise. Or le rapport de l’OCDE note depuis une vingtaine d’année une divergence de plus en plus grande des entreprises en matière de gain de productivité. Comme si la diffusion des gains devenait de moins en moins évidente ou était captée par quelques unes. Dans le secteur manufacturier par exemple les 100 entreprises les plus productives au monde sont en moyenne à 3,5 % de gain par an ( 2001-2009) tandis que les autres sont à 0,5 %. Suivant les pays de l’OCDE ce sont les entreprises les plus performantes qui ont fortement accélérées ou les moins performantes qui ont décrochées. Au final : l’un des effets de cette dispersion est une distribution inégale des salaires entre les entreprises. Ce qui va inciter en retour les salariés les plus productifs à rejoindre les entreprises versant les meilleurs salaires en privant les autres de leurs compétences.

 

Un problème de rente

Une concurrence mal encadrée produit des rentes. Elles permettent à des entreprises peu performantes de survivre au lieu de disparaître en accaparant des ressources productives précieuses. Dommage.

Mais les rentes se jouent aussi avec des entreprises très productives avec de nouvelles questions. Avec la révolution digitale, de nouveaux types d’entreprises sont apparus : les plateformes. La dynamique du « Winners takes it all » (le gagnant rafle tout) peut jouer et créer de vraies barrières à l’entrée pour une diffusion plus globale de la productivité sur un large nombre d’entreprises. Par ailleurs l’OCDE identifie avec ces entreprises un risque : l’accroissement de la rétribution du capital au détriment des travailleurs. Autrement dit une réelle productivité mais qui ne serait pas redistribuée sous forme de hausse de salaire.

 

Un problème de financiarisation

Ce n’est pas la finance qui pose problème mais son poids démesuré. Premièrement le secteur de la finance capte des ressources (humaines et budgétaires) à des industries plus productives. Le nombre de polytechniciens qui a rejoint des banques pour y développer des modèles mathématiques n’a pas fait le bonheur des industriels. Les salaires très élevés versés dans la finance détournent des travailleurs très compétents de secteurs ayant un potentiel productif plus importants. "Ce supplément de rémunération ne peut s’expliquer entièrement par un niveau de productivité plus élevé", note ironiquement l’OCDE.  

S’y ajoute la stratégie des institutions financières : inégalitaire voire carrément dysfonctionnelle. Dans les pays européens, les personnes percevant les revenus les plus élevés ont davantage bénéficié des possibilités d’investissement financées par le crédit que leurs concitoyens plus pauvres, réduisant la capacité des catégories à faible revenu d’investir dans le logement, l’éducation et d’autres actifs. A l’inverse aux Etats-Unis, les institutions financières ont accordés de grands volumes de crédits sur des critères peu rigoureux à des ménages modestes. Sans perspective de revenu, ils se sont endettés ce qui a aggravée (voire déclenchée) la crise financière de 2008 qui a débouché elle sur une crise de l’économie bien réelle. Avec son cortège de chômage et de pauvreté.

Bref ça va mal. Et il y a urgence à réconcilier l’économique et le social.

Anne-Sophie Bellaiche

 

 

 

 

 

 

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