Economie

Pourquoi la recherche est aussi une grande perdante du Brexit

Solène Davesne ,

Publié le

Le Royaume-Uni est le principal bénéficiaire des financements européens pour la recherche. La sortie du pays risque d'affecter les programmes scientifiques menés en partenariat avec d'autres pays européens. 

Pourquoi la recherche est aussi une grande perdante du Brexit © Bill Dickinson CC Flickr

Le Brexit peut-il geler la coopération scientifique européenne ? Le Royaume-Uni a beaucoup à perdre dans ce domaine. Avec 1 % de la population mondiale, il concentre 4 % des chercheurs dans le monde. Le pays est surtout devenu le champion incontesté de la chasse aux fonds européens. 

La Grande-Bretagne a capté 16 % des financements européens entre 2006 et 2015, derrière l’Allemagne (17 %) mais loin devant la France (11%). Elle est même passée à la première place dans le seul programme Horizon 2020. Un rapport du cabinet Digital Science estime que les laboratoires britanniques pourraient y perdre 1 milliard de livre sterling. Selon le cabinet Izi’nov, la Grande-Bretagne participe à 38 % des 7590 projets européens lancés depuis 2014 dans le cadre d’Horizon 2020.

CNRS et Fraunhofer concernés

La baisse des crédits du gouvernement britannique a accentué la dépendance de la recherche ces dernières années vis-à-vis des fonds européens.Pour l'instant, les partisans du Brexit ont affirmé que l'Etat britannique compenserait le manque à gagner pour la recherche scientifique. 

Mais la sortie de la Grande-Bretagne pourrait avoir des répercussions, y compris pour les autres laboratoires européens. Les financements communautaires ont facilité et encouragé les coopérations scientifiques entre laboratoires implantés dans des pays différents. Selon les décomptes d’Izi’nov, 18 % des projets scientifiques auxquels participent la Grande-Bretagne impliquent le CNRS. En Allemagne, le Fraunhofer est lui impliqué dans 18 % des projets britanniques. Le CEA arrive derrière. 

Au même rang que la Suisse

Même en dehors de l’UE, la Grande-Bretagne peut toutefois continuer à profiter d’Horizon 2020. Mais sa place serait forcément moindre. La Suisse, la Norvège et une dizaine de petits pays non membres perçoivent ainsi 7 % des fonds européens alloués à la recherche, en échange d’une contribution financière. Leur participation peut à tout moment être remise en cause. En mesures de rétorsion contre la votation limitant la libre-circulation, la Suisse a été exclue partiellement des programmes de recherche européenne d’Horizon 2020.

Le Brexit risque aussi d’avoir des impacts sur les stratégies d’innovation des entreprises. Après des années de débat, le brevet unitaire européen, qui devait encore être ratifié par la Grande-Bretagne et l’Allemagne, aurait dû entrer en vigueur l’an prochain. Sa mise en oeuvre est reportée sine die. Londres – comme Paris et Munich - devait abriter une des cours spécialisées. Elle devra être redéployée dans un autre pays.  Le brevet unitaire européen doit permettre de déposer un seul brevet valable dans les 28 (maintenant 27) Etats-membres à moindre coût. Mais il ne s’appliquera que pour les Etats membres.
 

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