Pourquoi la blockchain a déçu

Les conférenciers du salon Blockchain Paris, qui se tient les 27 et 28 novembre, n’ont pu que constater l’étendue de la déception suscitée par la blockchain. En cause, une survente de la technologie bien sûr, mais aussi des entreprises qui ont voulu l’utiliser à rebours de ses spécificités.

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Pourquoi la blockchain a déçu
Le salon Blockchain Paris s'est tenu à la Cité universitaire internationale les 27 et 28 novembre.

"Beaucoup de gens sont déçus, il y a un sentiment de promesses non tenues." Intervenant à l’ouverture du salon Blockchain Paris, le 27 novembre, Gilles Babinet n’a pas esquivé les critiques qui pleuvent sur cette technologie. Pour le Digital champion de la France à Bruxelles, la blockchain est aujourd’hui "dans la phase descendante de la courbe du hype de Gartner" découlant fort classiquement d’une "phase initiale d’immense excitation suivie d’attentes et de promesses disproportionnées".

La déception est justifiée. S’il pointe de belles entreprises nées de la blockchain, Gilles Babinet constate qu’"aucune licorne ni usage de masse n’a émergé. […] Il y a très peu de blockchains publiques et la plupart des usages reposent sur des blockchains privées" ... donc faisant l’impasse sur ce qui peut être considéré comme l’essence de la technologie.

"Les problèmes de la technologie ne sont pas réglés"

La technologie elle-même a sa part de responsabilité. "Les problèmes initiaux ne sont pas réglés, estime le Digital champion. Aux

premiers rangs desquels la consommation énergétique [liée à l’algorithme de consensus dit proof of work, ndlr]." La rapidité de traitement des informations est toujours insuffisante pour de nombreuses applications et les difficultés de la gouvernance de la blockchain ne sont pas encore surmontées.

Reste que la techno n’est pas seule en cause. Les entreprises semblent s’être précipitées sur cette tendance au top de la hype numérique sans mesurer ce qu’elle impliquait. "La blockchain n’a pas été utilisée pour ce pour quoi elle est faite. Elle n’a pas été comprise", tranche Damien Lecan, ancien du consultant en digital SQLI et directeur technique de la start-up Unik-name.

Atouts indésirables

Transparence, distribution, immuabilité, désintermédiation… Ce sont précisément sur les valeurs de la blockchain que sont venues butter les entreprises, explique, un rien amusé, Damien Lecan. "Le premier facteur de déception vient de la transparence. Ceux qui se sont intéressés à la blockchain n’avaient pas envie d’être transparents, de partager l’information." Idem pour l’immuabilité. "On s’est trompé, comment on efface ? Non, si vous voulez effacer, ne prenez pas la blockchain. Mais l’immuabilité est le meilleur moyen de créer la confiance."

Quant au caractère distribué du registre de la blockchain, qui assure l’impossibilité de trafiquer en douce les informations, selon Damien Lecan, elle a un corollaire qui a pu échapper à certains : "Il faut être plusieurs dans une blockchain !" La désintermédiation, soit l’absence d’un tiers au centre du système, impose enfin une situation inhabituelle pour les comités exécutifs : la gouvernance doit être partagée. "C’est peut-être le plus difficile. Impossible par exemple de décider tout seul d’arrêter", pointe Damien Lecan.

Accepter la décentralisation

Balayant le panorama des projets blockchain menés en France, Claire Balva, PDG du consultant spécialisé Blockchain Partner, souligne : "Les projets qui sont passés en production sont pour la plupart ceux d’acteurs qui, même s’ils jouent d’abord un rôle de leader d’un écosystème, ont la volonté de décentraliser le contrôle. Ceux qui au fond veulent rester centralisés ne dépassent pas le stade du POC" (proof of concept ou démonstrateur).

Faut-il en conclure, avec Nouriel Roubini, que la blockchain est "la technologie la plus surfaite – et la moins utile – de toute l’histoire humaine" ? "En pratique, ajoutait l’économiste dans une tribune mi-octobre, la blockchain ne constitue rien de plus qu’une feuille de calcul que l’on aurait glorifiée."

Une technologie encore jeune

Il faut laisser du temps à cette technologie encore jeune, répondent en substance Gilles Babinet et Damien Lecan, tandis que Claire Balva pointe aussi de nécessaires évolutions du cadre fiscal et juridique. Après le gouffre des désillusions de la courbe du hype de Gartner vient un plateau, moins brillant mais plus utile : la mise en production de la technologie. Qui passe par la maturation tant de la technologie que de ses utilisateurs.

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