Technos et Innovations

Pourquoi l'ordinateur quantique présenté par IBM au CES est à la fois tape-à-l'oeil et révélateur

Manuel Moragues , ,

Publié le

IBM a présenté au Consumer Electronics Show (CES 2019) de Las Vegas " le premier système intégré de calcul quantique commercial" . Une annonce qui joue surtout sur l'image mais qui reflète la montée en puissance des technologies quantiques.

Pourquoi l'ordinateur quantique présenté par IBM au CES est à la fois tape-à-l'oeil et révélateur
IBM a fourni bien plus de détails sur le design de sa machine quantique que sur ses technos.
© D.R.

C'est fièrement que Ginni Rometty a annoncé "le lancement de l'IBQ System 1, premier système quantique intégré au monde". Intervenant à l'ouverture du Consumer Electronics Show, à Las Vegas, mardi 8 janvier, ni la PDG d'IBM ni son vice-président Sciences & Solutions, Dario Gil, n'ont donné beaucoup plus de détails.

Le communiqué publié par le groupe ne donne pas plus d'explications techniques sur ce qu'il présente comme un ordinateur quantique tout-en-un de 20 qubits – ces unités d'informations quantiques ainsi appelées par analogie avec les bits des ordinateurs classiques.

Contacté par L'Usine Nouvelle, un porte-parole du groupe en Suisse, où IBM possède son second plus grand centre de recherche sur

le quantique, insiste : "Il s'agit d'une vraie machine, fonctionnelle, qui sera testée dans notre centre de New York après le CES".

Des détails… sur le design

La précision est bienvenue tant l'accent mis par IBM sur le design tape-à-l'oeil de la machine – sujet sur lequel le groupe fournit de nombreux détails-  pourrait faire penser qu'il ne s'agit que d'un coup de pub. "Je crois qu'il s'agit avant tout de s'afficher sexy sur le quantique pour attirer des talents", s'amuse un observateur parisien.

La puce de 20 qubits d'IBM, déjà accessible dans le cloud, est de toute façon loin de prétendre au statut d'ordinateur quantique et la commercialisation du système présenté est très incertaine. Enfin, la taille imposante de l'objet rappelle que les ordinateurs quantiques ne sont pas près de s'installer dans les foyers.

Toutes les pistes matérielles explorées nécessitent de refroidir les qubits à une température proche du zéro absolu (-273,15°C). Ce qui exige de gros bidons thermos où des frigos dits à dilution fonctionnant à l'hélium refroidissent les puces quantiques et leurs interfaces. Contrôler les qubits comme y écrire et lire des informations passe en outre par un volume comparable de matériel électronique.

Une accélération de l'ingénierie

Cette annonce reste cependant révélatrice de l'accélération des technologies quantiques ces dernières années, dont IBM a d'ailleurs été l'un des principaux moteurs avec son IBM Q Experience lancée en 2016 et ses prototypes de 5 puis 20 qubits mis dans le cloud.

Comme Big Blue, la plupart des grands acteurs du secteur ne se cantonnent pas à de la recherche amont mais sont en parallèle entrés dans une phase d'ingénierie et de développement de vrais systèmes. Et ce, alors que la possibilité de passer de leurs prototypes déjà étonnants à de vrais et utiles calculateurs quantiques reste à démontrer.

Ce qui pourrait apparaître comme de la précipitation est en grande partie dû à la nature des bits quantiques, qui nécessitent un environnement – température, vibrations, bruit électromagnétique… - ultra contrôlé et un appareillage électronique fourni.

La mise en système et l'intégration de tous ces composants est indispensable ne serait-ce que pour étudier et tester les qubits. Mais un autre facteur ne doit pas être sous-estimé : une course de vitesse est engagée autour du calcul quantique et plus généralement des technologies quantiques.

Avant l'ordinateur, les télécommunications et les capteurs quantiques

Des Etats-Unis à la Chine en passant par l'Europe et son programme "flagship" dédié, le sentiment s'installe que la physique quantique va provoquer une seconde révolution technologique après celle qu'elle a générée avec l'électronique, les lasers, l'imagerie magnétique… Le calcul quantique, avec ses promesses de surpuissance, en est la figure de proue mais peut-être l'application la plus lointaine.

La cryptographie, avec par exemple les générateurs de nombres aléatoires, les télécommunications et les capteurs sont les trois autres grands champs d'application d'une maîtrise plus intime des systèmes quantiques. Et ils progressent vite.

C'est d'ailleurs dans le domaine des capteurs que Muquans, une start-up française, s'est illustrée l'an dernier. Son gravimètre quantique permet de mesurer avec une grande précision l'accélération de la pesanteur et d'évaluer ainsi les variations de masses sous la surface du sol.

Et il existe aujourd'hui sous une forme intégrée et même mobile pour des mesures sur le terrain. Surtout, il est commercialisé, lui.

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