Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

Pourquoi des pneus brûlent (légitimement) quand une usine ferme

Publié le

Pourquoi des pneus brûlent (légitimement) quand une usine ferme
Anne-Sophie Bellaiche

Lorsque la fermeture d’un site se profile, les mêmes images envahissent nos écrans : piquets de grève, cagettes ou pneus brûlés devant le poste de contrôle, quand ce ne sont pas des bonbonnes de gaz qui sont hissées sur les machines. Pourtant, quand la fermeture est inévitable, les directions comme les autorités locales promettent accompagnement, plan de reclassement, requalification… Malgré ces promesses rassurantes, les salariés sentent confusément que leur avenir professionnel, même s’ils retrouvent un travail, va en pâtir. Sont-ils seulement perturbés par le changement ou ont-ils raison de s’inquiéter ? C’est la deuxième option qui s’impose, selon l’étude réalisée par deux chercheuses françaises, Léa Toulemon (chaire Hospinnomics de l’École d’économie de Paris-PSE et de l’APHP) et Lexane Weber-Baghdiguian (PSE et Drees). Dans un article pour le laboratoire d’évaluation des politiques publiques (Liepp) de Sciences Po, « Long-term impact of job displacement », elles ont analysé la trajectoire professionnelle de salariés licenciés dans le cadre d’une fermeture de site en la comparant à celle d’un groupe contrôle aux caractéristiques similaires en termes d’âge, de diplômes, de région, de type d’industrie. Un vaste échantillon de plus de 20 000 personnes suivies sur un temps long, de 1991 à 2012, était disponible en Allemagne. C’est donc sur ce pays que les chercheuses ont mené leur analyse. Elles ont observé non seulement les impacts monétaires, mais aussi la stabilité de l’emploi, sa qualité, et aussi la satisfaction au travail comme dans la vie privée sur une longue durée. À la lecture de cet article, on éprouve une vive empathie pour les brûleurs de pneus car leurs conclusions sont implacables. La situation de ces salariés, une fois revenus à la vie active, diffère largement de celle du groupe contrôle qui n’a pas été touché par une fermeture. L’impact sur les revenus mensuels, qui se réduisent jusqu’à 10 %, perdure pendant trois ou quatre ans. La baisse du salaire horaire se poursuit jusqu’à six ans. Et, jusqu’à dix ans après la fermeture, ces salariés ont 30 % de probabilité de plus de réaliser des horaires de travail longs (48 heures) et de voir leur trajet domicile-travail augmenter de 8 à 12 kilomètres. Ceux qui retrouvent du travail dans l’année de la fermeture (peut-être poussés par un besoin impérieux) présentent à peu près les mêmes caractéristiques que ceux qui ont mis plus de temps à se réinsérer, excepté sur un point, leur « satisfaction de la vie ». Le chômage longue durée n’est pas bon pour les revenus et entame aussi le moral. Anticiper les problèmes avant la fermeture, c’est bon pour l’économie… et pour les salariés ! 

Réagir à cet article

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle