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Pour réussir en Inde, pensez en indien !

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Véronique Briquet-Laugier, docteur en biophysique et actuellement responsable de programmes à l'ANR, a passé ces quatre dernières années à la tête du service pour la science et la technologie de l’ambassade de France à New Delhi. En charge de l’innovation et des partenariats public-privé, elle a pu observer les moteurs du développement économique de ce pays de 1,3 milliard d’habitants. Elle décrypte les stratégies à mettre en œuvre pour les entreprises étrangères qui veulent investir sur ce marché.  

Pour réussir en Inde, pensez en indien ! © dr.

L’Inde est un sous-continent de près de 1,3 milliard d’habitants. La plus grande démocratie au monde ambitionne de devenir une grande puissance économique dans les dix années à venir. Pour une entreprise qui souhaite s’y implanter, le pays a de nombreux atouts : son modèle d’innovation frugale, sa compréhension de la révolution digitale, sa jeunesse, son dynamisme... et son marché impressionnant.

Etat fédéral, constitué de 29 Etats et de sept territoires (comme Delhi ou Pondichéry), loin des clichés des films de Bollywood, cette démocratie s’est construite sur la science et la connaissance depuis son indépendance en 1947. Avec près de 50% de sa population qui a moins de 25 ans, l’Inde a construit un modèle d’innovation qui est venu du peuple : l’innovation frugale. Conscient des enjeux mondiaux, le gouvernement indien a promu ce modèle, fléché des budgets pour l’innovation et a déclaré 2010-2020 la décennie de l’innovation.

UN MODÈLE D’INNOVATION SPÉCIFIQUE

C’est dans des conditions de pénurie de matières premières que l’innovation frugale naît en Inde. Appelée "jugaad", qui désigne en hindi/urdu la débrouillardise, l’innovation frugale c’est, par exemple, le réfrigérateur sans électricité, le bus-tracteur, le four qui fonctionne à la bouse de vache, la voiture Nano du constructeur indien Tata. Ce modèle d’innovation est bien décrit par le Français Navi Radjoudans dans son dernier livre publié cette année Innovation, how to do more with less et dans sa conférence TED.

L’innovation en Inde est frugale dans toutes ses dimensions : en matériaux de base (utilisation de produits recyclés), en temps (mise sur le marché rapide), en prix affiché, mais performante et efficace pour être distribuée au plus grand nombre. Elle répond à la demande pour bénéficier à la société jusqu’à la base de la pyramide. En 2015, le pays doit développer des solutions durables à bas coûts pour répondre aux besoins de consommation d’une classe moyenne toujours croissante, qui atteint 25% de la population. Cette classe moyenne connaît l’Occident, l’imite, et veut des produits innovants à des prix abordables.

Une révolution numérique engagée

Les entreprises indiennes ne manqueront pas la révolution digitale, elles veulent en être actrices, comme vu à la dernière conférence high-tech Nasscom à Bombay en février 2015. Bangalore, ville de l’Etat du Karnataka au sud de l’Inde a émergé dans les années 1990 comme la capitale indienne des nouvelles technologies. Des sociétés indiennes comme InfoSys ou Wipro se sont imposées comme expertes mondiales en informatique. La SSII (société de services en ingénierie informatique) Wipro exporte 70% de sa production aux Etats-Unis et en Europe.

Aujourd’hui, à l’heure où le digital s’insère dans tous nos objets quotidiens et rend nos villes intelligentes, 10 nouvelles jeunes pousses voient le jour à Bangalore chaque mois. Des études prospectives annoncent cette ville indienne comme capitale mondiale de la start-up en 2020. Dynamiques et ingénieux, tous ces jeunes entrepreneurs pratiquent aussi l’innovation frugale pour les technologies de l’information. Grande ou petite, aucune entreprise indienne ne passera à côté de la révolution digitale : elles en seront actrices, motrices. D’ailleurs, Wipro a déjà engagé un responsable dédié à l’international pour un meilleur positionnement.

Le sous-continent indien : un marché à conquérir

Quel que soit leur niveau social, les Indiens sont des consommateurs. En 2013, on comptait par exemple près de 900 millions de téléphones mobiles pour 1,2 milliard d’Indiens. L’ampleur du marché local est telle que les entreprises font un chiffre d’affaires important dès qu’elles se sont "indianisées". L’exemple de Saint-Gobain est très intéressant : en deux décennies, la société est devenue le premier producteur de verre du pays. De nombreux Indiens pensent que c’est une société indienne et sont incrédules quand on leur explique que c’est une entreprise qui a été créée il y a 350 ans en France, sous Louis XIV. Fort de son succès, Saint-Gobain a ouvert un centre de R&D en 2012 à Chennai (Tamil Nadu) et une nouvelle usine de production en 2014 à Bawhadi (Rajasthan).

L’Inde reste un pays complexe, avec des obstacles qu’il faudra surmonter. L’adaptation de l’entreprise au pays est indispensable pour envisager le succès. Pour réussir, il faut mettre en œuvre des partenariats, des solutions gagnant-gagnant, et penser indien.

Véronique Briquet-Laugier, Responsable de programmes à L'Agence nationale de la recherche

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1 commentaire

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10/04/2015 - 12h30 -

Votre article est très intéressante et rafraîchissant. J'espère que les relations entre les peuples de ces deux pays vont augmenter dans les années à venir.
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