Economie

Pour réformer le droit du travail Emmanuel Macron marche sur des oeufs

Cécile Maillard

Publié le

Le président de la République recevait mardi 23 mai patronat et syndicats. Il a compris que s’il voulait réformer le droit du travail sans mettre le pays à feu et à sang, il devait prendre le temps de la concertation, sans renoncer à ses réformes. Un difficile équilibre à trouver, dans un temps limité.

Pour réformer le droit du travail Emmanuel Macron marche sur des oeufs
Emmanuel Macron etPhilippe Martinez de la CGT ce 23 mai 2017 à l'Elysée
© Elysee

Après le coup de fil du premier ministre Edouard Philippe aux leaders syndicaux, apprécié, c’est au tour du président de la République de recevoir, en tête à tête, les dirigeants des grandes centrales syndicales et des organisations patronales. Tous défilaient mardi 23 mai à l’Elysée, de 9 h à 19 heures. Côté symbole, Emmanuel Macron aura réussi à montrer l’importance qu’il accorde au dialogue pour réformer le code du travail. Il sera difficile de lui reprocher, après coup, d’avoir mené sa réforme sans écouter les partenaires sociaux. Symboliquement encore, il montre qu’il s’engage personnellement sur ce sujet, au cœur de son programme électoral. Quitte à donner l’impression qu’il écarte le premier ministre. Pourtant, Edouard Philippe et Muriel Pénicaud, ministre du Travail, prendront le relais dès mercredi 24 et lundi 29, pour discuter du contenu des futures ordonnances.

Premier thème des échanges avec le président Macron : la méthode et le calendrier des réformes. Depuis plusieurs jours, les dirigeants des grandes centrales syndicales mettaient en garde le président de la République contre une réforme qui se ferait trop vite, sans les écouter. A Jean-Claude Mailly (Force ouvrière), Emmanuel Macron a confirmé qu’il utiliserait les ordonnances pour mener la réforme du droit du travail, ce que l’Elysée a confirmé. Les syndicats n’y sont pas forcément hostiles, à condition d’être consultés.

Calendrier maintenu pour l’automne

Côté urgence, en revanche, "le calendrier a l’air d’avoir bougé", a commenté Philippe Martinez (CGT) à la sortie de l’Elysée. Ajoutant : "l’échéance de fin août ou du 1er septembre a l’air plus floue". Pour le secrétaire général de la CGT, il était inconcevable de mener une réforme du travail pendant que les salariés sont en congés. Décaler à la rentrée permettra à la CGT de mobiliser contre un texte qui ressemble à une "loi travail 2". Les équipes d’Emmanuel Macron avaient déjà laissé entendre il y a quelques jours que les ordonnances seraient publiées en octobre plutôt qu’en septembre. L’Elysée a d’ailleurs immédiatement démenti l’interprétation de Philippe Martinez, en affirmant que les délais étaient maintenus. Décaler d'un mois, il est vrai, permet de dire qu'on décale et "en même temps" qu'on maintient... De quoi rassurer Pierre Gattaz, favorable aux ordonnances, qui a rappelé qu’il souhaitait "aller vite". D'autant que les parlementaires veulent s’en mêler. Le président du groupe Les Républicains à l’Assemblée nationale, Christian Jacob, a réclamé un débat parlementaire sur la réforme du droit du travail, et ne veut pas des ordonnances, dans lesquelles il perçoit un "mépris".

Au-delà de la méthode, les rencontres élyséennes ont tout de même permis d'échanger sur le contenu de la réforme. Les positions sont à peu près connues. CFDT et FO ne sont pas totalement hostiles à un pouvoir accru donné aux accords d’entreprise, tandis que la CGT s’y oppose farouchement. Et si le Medef réclame plus de liberté pour négocier au niveau de l’entreprise, CPME et U2P ne veulent pas lâcher les accords de branche, seuls garants d’une égalité des entreprises entre elles. Sur l’instance unique du personnel que souhaite mettre en place Emmanuel Macron (fusion des délégués du personnel, comités d’entreprises, CHSCT), les positions syndicales peuvent s’assouplir.

Les prudhommes au coeur des oppositions

Un sujet, en revanche, fait l’unanimité syndicale contre lui : le plafonnement des dommages et intérêts qu’un conseil de prudhommes peut accorder à un salarié licencié sans cause réelle et sérieuse. Emmanuel Macron, qui n’avait pas réussi à l’imposer dans la loi El Khomri, s’arc-boutera-t-il sur sa proposition ? Il parle déjà d’assortir ce plafonnement d’un plancher, une indemnité minimale, afin de rassurer les syndicats de salariés. Trouvera-t-il la formule magique pour sécuriser les employeurs, en particulier les PME, sans mettre en place un plafonnement ? CPME et U2P sont très attachés à un plafonnement qui permettrait aux entreprises d’anticiper le coût à venir d’un licenciement abusif.

Enfin, difficile d’imaginer que syndicats et patronat n’aient pas profité de cette rencontre, rare, pour évoquer les réformes sociales beaucoup plus structurelles à venir, celle de l’assurance chômage, de la formation et celle des retraites.

 

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