Pour la Coface, "l'incertitude sur l’accord nucléaire iranien va limiter le commerce et l’investissement"

Arnaud Dumas , ,

Publié le

Entretien L’économie iranienne commençait tout juste à se remettre des sanctions économiques d’avant 2015. Selon Seltem Lyigun, économiste de la Coface pour la région Méditerranée et Afrique, l’incertitude autour de l’accord sur le nucléaire fait peser un risque sur la croissance économique du pays.  

Pour la Coface, l'incertitude sur l’accord nucléaire iranien va limiter le commerce et l’investissement
Pour l'économiste de l'assureur-crédit Coface, la sortie des Etats-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien risque de peser sur la croissance et faire augmenter les prix des biens de consommation.
© coface

L'Usine Nouvelle - Quels sont désormais les principaux risques pays de l’Iran ?

Seltem Lyigun - Les principaux risques seront liés à une baisse de la croissance et à une augmentation des prix des biens de consommation. Les sanctions, quand elles ont été imposées en 2002 pour la première fois, avaient engendré une baisse d’à peu près 50 % des exportations pétrolières de l’Iran. Avec l’accord nucléaire, les exportations pétrolières du pays ont augmenté significativement pour atteindre 2,7 millions de barils par jour en avril, un niveau record depuis l’implémentation de l’accord nucléaire en 2015. Les nouvelles sanctions qui visent le secteur pétrolier de l’Iran peuvent toujours durcir les conditions économiques, mais ceci ne sera pas aussi dramatique qu’en 2012, du moins pas immédiatement. En attendant l’introduction de nouvelles sanctions d'ici six mois, l’Iran pourra vendre son pétrole à ses clients asiatiques et européens. Pourtant, la hausse des tensions avec les Etats-Unis et l’incertitude entourant le sort de l’accord nucléaire pourront limiter le commerce et l’investissement, et donc détériorer encore l’instabilité monétaire et les dynamiques d’inflation.

Comment a évolué l’économie iranienne depuis 2015 ?

L’économie est passée d’une phase de contraction à une phase de croissance soutenue grâce aux exportations pétrolières. Les revenus pétroliers ont triplé, les exportations et la production pétrolière ont suivi la même tendance. L’inflation est pourtant restée à un niveau élevé principalement à cause des insuffisances structurelles dans le tissu de production et de la dépréciation du rial. La reprise des prix du pétrole a permis une augmentation du surplus de la balance courante qui est passé de 0,3 % du PIB, avant l’accord nucléaire, à 4 % en 2016/2017.

Quelles seront les conséquences pour les entreprises françaises et européennes installées en Iran ?

Plusieurs grandes entreprises françaises ainsi qu’européennes seront concernées par ces développements étant donné que le volume du commerce et des investissements a augmenté de façon importante depuis la signature de l’accord nucléaire en 2015. Le volume du commerce de marchandises entre l’Union européenne et l’Iran est passé de 6,2 milliards d’euros en 2013 à 21 milliards d’euros en 2017. Quant à la France, ses échanges commerciaux avec l’Iran sont passés de 515 millions d’euros en 2014 à 3,8 milliards d’euros en 2017, soit un niveau inédit depuis 2008. Le Trésor américain aura un délai de 90 à 180 jours pour se décider sur une large palette de sanctions. Pendant cette période, les entreprises européennes vont devoir prendre une décision pour voir si elles sortent du marché iranien ou si elles y restent. Il est plus probable pour ces entreprises qu’elles prennent la décision de sortir du marché iranien afin d’éviter les sanctions américaines. Le secteur des transports, notamment l’aéronautique, l’automobile, l’énergie, seront les premiers à être touchés par cette nouvelle décision américaine.

 

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