"Pour la CGT, la seule possibilité est de se radicaliser", estime Michèle Rescourio-Gilabert, d'Entreprise & Personnel

La CGT a réussi à mobiliser dans ses bastions traditionnels pour demander l'abandon de la loi travail mais peine à étendre le mouvement à d'autres secteurs analyse Michèle Rescourio-Gilabert, experte en droit social et relations sociales de l'association Entreprise et Personnel, structure de conseil aux DRH.

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L'Usine Nouvelle : Les raffineries sont paralysées. La CGT appelle à des grèves illimitées à la RATP et reconductibles à la SNCF. Faut-il s’attendre à ce que le mouvement contre la loi travail gagne de l’ampleur ?

Michèle Rescourio-Gilabert : Le point de départ est la loi travail. Mais entreprise par entreprise, des dossiers spécifiques expliquent le climat social. Il y a un contexte particulier à la SNCF, qui concerne la remise en cause du statut avec la négociation en cours d’une nouvelle convention collective. A la RATP, les revendications portent sur des revalorisations salariales. Il y a surtout en arrière fond un contexte particulier à la CGT. Il y a un mois, le congrès national du syndicat a confirmé la radicalisation de l’organisation. La CGT mobilise dans les raffineries et dans le secteur de la chimie. Mais ce sont ses bastions traditionnels. Cette mobilisation est presque un aveu de faiblesse. On mobilise ses dernières troupes quand on n’a plus d’autres recours. La participation aux manifestations nationales contre la loi travail diminue semaines après semaines. Le gouvernement n’écoute pas. La seule possibilité est de se radicaliser.

Est-ce que cela peut s’étendre à d’autres secteurs?
Les raffineries sont très symboliques mais ce n'est pas Mai 1968. En dehors des grands bastions de la CGT, comme la chimie, la mobilisation ne prend pas dans les entreprises privées. Nous sommes dans un contexte très différent de celui de 2010 et des grandes grèves contre la réforme des retraites qui avaient mobilisé tous les syndicats. On parle beaucoup de la CGT mais on entend très peu FO en ce moment par exemple. A la SNCF, il semble que les perturbations prévues mercredi et jeudi soient limitées. Le risque est en revanche que les centrales syndicales perdent la maîtrise et soient débordées sur le terrain par des équipes plus radicales. On sent de la résignation rageuse. Les salariés sentent que les changements vont se faire malgré leur opposition et cela crée de la rage.

Le mouvement risque-t-il malgré tout de durer ?
La loi travail est un prétexte. C’était peut-être le texte de trop à un an de la présidentielle. Les enjeux sont politiques au sein du parti socialiste et de la CGT. On dépasse toutes les rationalités. Les acteurs sont tellement loin dans leur posture que cela va être dur de revenir à la raison. Le gouvernement campe sur une position de fermeté, la CGT est prise dans sa radicalité. Je ne sais pas comment Philippe Martinez va faire pour redresser son organisation après avoir joué son va-tout pour obtenir le retrait de la loi travail.

La loi travail va-t-elle à ce point modifier le droit du travail ?
Il y a eu un réel problème de méthode sur ce texte. Cette loi travail a été rédigée pour donner des signes forts aux entreprises. Entre temps, la CFDT est entrée dans le jeu et une grande partie des symboles ont été retiré pour au final aboutir à une adoption par 49.3. Tout cela, pour cela ? Comme la loi Macron, cette loi est un fourre-tout. On y a remis des dispositions sur les franchises, d’autres sur le temps de travail qui sont déjà dans le code du travail. C’est catastrophique par rapport à la volonté de simplifier le droit du travail.

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