"Soutenir l'entreprise c'est aider le pays", selon Alexandre Saubot, candidat à la présidence du Medef

Alexandre Saubot, président de l’UIMM jusqu’en avril, a annoncé sa candidature, attendue, à la présidence du Medef. Il a démissionné de ses mandats de vice-président du Medef, de Pôle emploi et de l’Unédic, pour retrouver sa liberté de parole. Il livre à L’Usine Nouvelle les grandes lignes de son programme.

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L'Usine Nouvelle - Quand allez-vous entamer votre campagne ?

Alexandre Saubot - Elle a commencé ! Homme d'action et d'engagement, j’ai attendu la fin des négociations sociales nationales pour déclarer ma candidature à la présidence du Medef, je vais désormais aller sur le terrain, à la rencontre des structures territoriales, des fédérations professionnelles et des chefs d'entreprise. J'ai d'ailleurs décidé de quitter l'ensemble de mes mandats patronaux pour m'y consacrer pleinement, en chef d'entreprise et en homme libre. Une campagne de terrain est un moment privilégié d’écoute, qui permet de sentir les priorités, les attentes, de ses adhérents. J’ai des convictions et un programme, mais il est important de savoir quelles sont les inquiétudes des entreprises et leurs questionnements, pour pouvoir y répondre.

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Quel est votre programme ?

J’ai la conviction très forte que nous sommes à un moment crucial. La France doit engager les réformes nécessaires pour se redresser, donner un avenir viable à sa jeunesse et retrouver sa place de leader en Europe. Quand vous observez les difficultés du pays (emploi des jeunes, fractures territoriales…), vous vous apercevez que l'entreprise est la clé de la transformation et donc que le Medef a un rôle clé à jouer. Il faut donc un Medef fort, exigeant et respecté. Pour y parvenir, il est nécessaire de s’adresser à l’opinion publique, réconcilier la France et l’entreprise, convaincre que la solution aux différentes difficultés du pays passe par l’entreprise. Soutenir l’entreprise, ce n’est pas enrichir quelques-uns, mais aider le pays à faire face à ses défis.

Un Medef exigeant, ça veut dire quoi ?

En matière de compétitivité – ma première priorité –, de baisses de charges et de diminution des dépenses publiques, le gouvernement n’est pas, pour le moment, au rendez-vous. Le déficit commercial de la France, de 62 milliards d’euros, montre l’extrême fragilité de notre économie. Nous devons démontrer que réduire les dépenses publiques ne signifie pas forcément moins de services publics ! Il faut également un Medef qui agit, qui s’engage. J’aimerais mobiliser l’ensemble des entreprises sur l’apprentissage, qui sera ma deuxième priorité, afin d'atteindre l'objectif d'augmenter de 50% le nombre d'apprentis d'ici à 5 ans. Si le gouvernement mène vraiment la réforme profonde qu’il a annoncée, il est important que le monde patronal, enfin débarrassé des freins à l’apprentissage, s’engage, pour répondre à ce défi. Ce sera bon pour les jeunes, pour les entreprises, pour le pays. Agir, c’est aussi montrer ce que font les entreprises, leurs engagements en faveur de leur territoire, leur investissement dans des activités socialement responsables, leur accueil de personnes handicapées. Montrer ce qu’elles font de bien est la meilleure façon de prouver qu’améliorer la compétitivité des entreprises profite à l’intérêt collectif.

Est-ce que ce programme correspond vraiment aux attentes des adhérents du Medef ?

Les adhérents doivent être fiers de leur organisation, le Medef doit devenir leur maison. Je plaide pour un Medef ouvert, qui offre des services de grande qualité. Avec les ordonnances réformant le travail, il y aura de plus en plus d’accords dans les branches et les entreprises ; l’organisation de tête doit s’assurer que chacun dispose des bons outils pour s’en saisir. Le dialogue social est un outil, qui doit permettre de faire du sur-mesure. On ne peut pas être pour ou contre. Je n'en suis d'ailleurs pas un inconditionnel. S’il apporte une meilleure performance économique et plus de flexibilité, le dialogue social est bénéfique pour les entreprises. S’il revient à générer des règles inventées dans un salon parisien, il ne sera pas bon pour elles…

Certains vous reprochent d’appartenir à l’aile sociale du Medef, d’avoir trop lâché aux syndicats…

Qu’ils me donnent des exemples ! Quand on regarde les résultats obtenus ces deux dernières années, c’est l’inverse : le combat contre la taxation des contrats courts a porté ses fruits, même s’il n’est pas terminé ; la réforme en profondeur de l’assurance-chômage, en 2017, s’est faite sans contributions supplémentaires des entreprises ; la lutte contre le compte pénibilité s’est soldée par une victoire… J’ai toujours conduit les missions qui m’étaient confiées en ayant l’intérêt des entreprises en priorité. Je n’ai pas signé, et ne signerai jamais, un seul accord qui ait rajouté des contraintes aux entreprises.

Si vous êtes élu, allez-vous porter la voix de l’industrie à la tête du Medef ?

Je ne suis le candidat ni des territoires ni des fédérations, mais celui de toutes les entreprises. Je suis un chef d’entreprise libre, de province et de terrain, qui porte un projet enrichi au fur et à mesure de son expérience et de ses rencontres avec les entreprises. Les frontières entre industrie et services, entre production et finance, entre petites et grandes entreprises, n’ont plus lieu d’être. C’est une vision de l'ancien monde ! L’industrie propose de plus en plus de services, les services s’inspirent de l’organisation industrielle. Ces mondes sont de plus en plus interconnectés, ceux qui les opposent n’ont rien compris. La responsabilité du Medef est de parler au nom de cette diversité.

Le prochain président du Medef devra travailler avec un président de la République favorable aux entreprises. Comment exister face à lui ?

Vis-à-vis de l’exécutif, le Medef doit allier confiance et exigence. Confiance quand l’exécutif mène les bonnes réformes, celle de la fiscalité du capital, du code du travail, de la pénibilité. Grande exigence en revanche quand il s’agit des dépenses publiques, de compétitivité, de baisse des charges. Le Medef doit donc adopter une démarche pragmatique, reconnaître quand l’action du gouvernement va dans le bon sens, mais inlassablement rappeler le chemin qui reste à parcourir quand ce n’est pas le cas.

Cécile Maillard Journaliste relations sociales et enseignement supérieur

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