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Plombé par ses résultats trimestriels, Air France envisage des suppressions d'emplois

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Air France-KLM a fait état jeudi 7 mai d'une perte nette de 1,8 milliard d'euros au premier trimestre 2020. La compagnie aérienne  va entamer des pourparlers avec ses syndicats sur une éventuelle réduction de ses effectifs en raison de la crise du coronavirus, a déclaré son directeur général , Ben Smith, à Reuters. 

Plombé par ses résultats trimestriels, Air France envisage des suppressions d'emplois
Air France va entamer des pourparlers avec ses syndicats sur une éventuelle réduction de ses effectifs en raison de la crise du coronavirus. /Photo prise le 13 avril 2020/REUTERS/Eric Gaillard
© Eric Gaillard

Air France devra-t-il avoir recours à des licenciements massifs en raison de la crise du Covid-19 ? Des pourparlers en ce sens doivent être engagés avec les syndicats prochainement, a déclaré Ben Smith, directeur général de Air France-KLM. 

Une réunion de Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences prévue en juin

Air France a prévu une réunion de Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences (GPEC) en juin pour discuter des réductions de capacité et de leurs conséquences pour le personnel, a dit Ben Smith, alors que les résultats trimestriels du groupe offraient un avant-goût des conséquences de la pandémie, à l'origine d'une quasi-paralysie du transport aérien à travers le monde.

Ce type de réunion préfigure souvent des plans de licenciements importants. Sans en préciser l'ampleur, Ben Smith a déclaré que l'entreprise avait "déjà identifié" des possibilités de départs volontaires.

Air France-KLM a longtemps souffert de la comparaison avec ses concurrents européens Lufthansa et IAG, maison-mère de British Airways, en termes de rentabilité. Sous la direction de Ben Smith, arrivé d'Air Canada en 2018, le groupe franco-néerlandais a toutefois conclu des accords de productivité avec ses pilotes français et commencé à réduire les coûts unitaires, une mesure-clé dans l'aviation.

Les syndicats se sont félicités de la transparence dont il a fait preuve, mais les mesures nécessaires pour surmonter la crise du coronavirus pourraient changer la donne et mettre à mal la paix sociale qu'il a instaurée après plusieurs années de tensions, qui ont abouti à la démission brutale de son prédécesseur.

"Jusqu'à présent, il a maintenu le contact avec les syndicats. Reste à savoir s'il peut s'appuyer là-dessus pour aller plus loin", a commenté le consultant John Strickland, spécialiste de l'aviation.

Une perte nette de 1,8 milliard d'euros au premier trimestre

Air France-KLM a fait état jeudi 7 mai d'une perte nette de 1,8 milliard d'euros au premier trimestre 2020, alors que la crise du coronavirus a gelé son activité depuis le mois de mars, la compagnie aérienne prévoyant seulement une lente reprise à partir de l'été.

Le transporteur aérien a aussi enregistré une perte d'exploitation de 815 millions d'euros sur les trois premiers mois de l'année, dont 560 millions d'euros sur le seul mois de mars alors que les restrictions de voyage se sont multipliées à travers le monde, obligeant la société à clouer au sol la quasi-totalité de sa flotte.

"Face au niveau d’incertitude élevé sur la durée de la crise du Covid-19 et son impact sur l'environnement macro-économique, le groupe retire ses perspectives antérieures pour 2020", indique Air France-KLM dans son communiqué de résultats.

Le groupe prévoit désormais une "lente" reprise de l'activité à l'été 2020, avec la levée progressive des restrictions aux frontières : les capacités seront réduites d'environ 95% pour le deuxième trimestre et de 80% pour le troisième trimestre par rapport à l'année dernière.

Une perte d'exploitation qui devrait nettement se renforcer au deuxième trimestre 

Sur l'ensemble de 2020, le groupe prévoit un Ebitda négatif et prévient que sa perte de revenu d'exploitation courante sera nettement plus élevée au deuxième trimestre qu'au premier.

Face à cette crise sans précédent, le groupe a réduit ses investissements et entrepris des réductions de coûts estimées à 350 millions d'euros par mois au deuxième trimestre.

Air France emploie quelque 45 000 personnes et KLM 35 000

Les compagnies concurrentes se sont lancées plus rapidement dans les réductions d'effectifs pour faire face à la crise, que beaucoup s'attendent à voir durer plusieurs années. British Airways, Ryanair et Virgin Atlantic ont déjà annoncé la suppression de 18.000 emplois au total.

Outre ses puissants syndicats, Air France-KLM doit rendre des comptes aux gouvernements français et néerlandais, qui détiennent chacun près de 14% du capital et ont promis jusqu'à 11 milliards d'euros (11,88 milliards de dollars) d'aide pour sauver le groupe.

"Je crois que Ben Smith a raison de poser le sujet (de l'emploi) en lucidité et saura mener cette discussion de façon responsable", a déclaré jeudi 7 mai le secrétaire d'Etat français aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari, sur France 2. 

"Beaucoup de gens approchent de la retraite"

L'âge moyen relativement élevé du personnel de la compagnie française devrait lui permettre de procéder aux réductions nécessaires par le biais de plans de départs volontaires, a estimé Ben Smith, sans avancer de chiffres.

"Beaucoup de gens approchent de la retraite, nous avons donc cet avantage", a-t-il déclaré. Dans les mois qui viennent, le patron d'Air France-KLM présentera une stratégie révisée qui devrait faire la part belle à Transavia, sa filiale à bas prix, tout en misant sur la réduction des lignes intérieures, qui ont enregistrées une perte de 200 millions d'euros l' an dernier.

"Quatre-vingt-quinze pour cent des lignes intérieures ne rapportent pas d'argent", a souligné le directeur général d'Air France-KLM.

La capacité structurelle de la flotte réduite de 20% d'ici l'année prochaine 

La demande passagers "ne devrait pas revenir au niveau d'avant la crise avant plusieurs années", avertit Air France-KLM.

En conséquence, la capacité structurelle de la flotte sera réduite de 20% en 2021 par rapport au niveau d'avant la crise, indique le groupe dans ses résultats trimestriels, ce qui donne un indice quant à l'ampleur des suppressions d'emplois.

Il dispose par ailleurs "d'un pourcentage plus élevé d'avions loués, ce qui nous donne par défaut plus de souplesse", a ajouté Ben Smith. "Il n'y a pas de dépréciation pour un avion loué."

 

Avec Reuters (Edité par Bertrand Boucey et Jean-Philippe Lefief)

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