Plan Juncker : seulement 21 milliards d'argent frais sur les 315 milliards d'euros d'investissement annoncés

Le nouveau président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker présente ce mercredi 26 novembre son plan d’investissement devant les eurodéputés réunis à Strasbourg. La Commission prévoit d’investir 300 milliards d’euros sur trois ans pour dynamiser l’économie européenne.

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Plan Juncker : seulement 21 milliards d'argent frais sur les 315 milliards d'euros d'investissement annoncés

Sur le papier, le plan d’investissement de Jean-Claude Juncker devrait bien mobiliser 315 milliards d’euros sur trois ans.

En réalité, l’argent frais injecté par Bruxelles sera limité. Le fonds européen d’investissement stratégique présenté ce 26 novembre par le président de la commission au parlement européen sera doté de 21 milliards et pourrait prêter jusqu’à 60 milliards par un effet de levier financier. Cette mise est censée entraîner 5 fois plus d’investissements privés dans son sillage. Il y a quelques jours, le ministre de l’économie français Emmanuel Macron, qui espérait 60 milliards d’euros d’argent frais, s’était publiquement inquiété d’une "déception" à venir à propos du plan pourtant réclamé depuis des mois par la France.

Une chose est sûre : l’Europe a besoin de doper ses investissements. France Stratégie, dans sa note "Trois secteurs cibles pour une stratégie européenne d’investissement" publiée la veille de la communication de M. Juncker, estime que l’investissement en Europe reste largement en deça de son niveau de 2007, contrairement aux Etats-Unis qui ont résorbé une grande partie du retard engendré par la crise. Mais la situation reste contrastée d’un pays à l’autre. Le déficit d’investissements avoisine les 35% du niveau d’avant-crise en Espagne. Mais "il n’y a pas tellement de retard en France ou en Allemagne", reconnait France Stratégie, qui souligne pourtant que l’Allemagne souffre d’un sous-investissement public chronique.

Dans le détail, l’institut de prospective du gouvernement dirigé par Jean Pisani-Ferry estime que près de 120 milliards d’euros d’investissements additionnels sont nécessaires en Europe, soit 360 milliards d’euros sur trois ans. 84 milliards d’euros devraient être investi dans le secteur de l’énergie - dont 54 milliards d’euros pour améliorer l’efficacité énergétique - tandis que les transports devraient concentrer 22 milliards d’euros par an et les infrastructures numériques 11 milliards d’euros. "Une fourchette haute", estime toutefois Selma Mahfouz, la commissaire générale adjointe de France Stratégie.

Le financement n’est pas le seul levier

En période de disette budgétaire, pas question pour France Stratégie de tout financer par de l’argent public. "La question de l’investissement n’est pas uniquement financière ou budgétaire. Les incertitudes réglementaires ou fiscales freinent aussi les projets", souligne la commissaire générale adjointe, qui plaide pour une stabilisation de la réglementation et une simplification des règles qui retardent certains projets.

En revanche, fixer des normes d’émissions carbone ou des règles de rénovation thermique pour les bâtiments, par exemple, pourrait servir de déclencheur. L’analyse a de quoi conforter le plan de Jean-Claude Juncker, qui mise surtout sur la mobilisation des investisseurs privés et leur orientation vers les projets les plus prioritaires. Mais encore faut-il réussir à sélectionner les bons projets. Et à les mettre en place rapidement. C’est le principal défi que devra relever la Commission. Les économistes de France Stratégie pointent du doigt la difficulté du choix de projets réellement nécessaires et capables de relancer la croissance européenne.

"Les compétences pour évaluer l’efficacité des investissement ne sont pas faciles à trouver", reconnait-on chez France Stratégie. Pour les passer au crible, l’organe de prospective du gouvernement recommande à la Commission européenne de s’inspirer de la gouvernance "performante" du programme des investissements d’avenir français. Le président de la commission a proposé un comité de sélection de projets, dégagé des enjeux politique et nationaux : "les hommes politiques ne les choisiront pas, comme c’est le cas avec les fonds structurels européens", a déclaré Jean-Claude Juncker. Le fond européen d’investissements stratégiques sera placé sous l’autorité de la Commission et de la Banque Européenne d’investissement.

Solène Davesne

Solène Davesne Journaliste Economie

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