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Quotidien des Usines

Plan Juncker d’investissements : beaucoup de bruit pour rien

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Un accord de principe a été trouvé entre le Conseil européen, la Commission et le Parlement après des nuits de négociations. Le texte final prévoit de prélever 5 milliards de garantie sur les programmes européens existants et trois autres sur les fonds non utilisés. Un accord qui valide la position de la Banque européenne d’investissements (BEI), des Etats membres et de la Commission au détriment de celle du Parlement.

Plan Juncker d’investissements : beaucoup de bruit pour rien © European People's Party - Flickr - CC

Tout ça pour ça. Survendu aussi bien en janvier par Jean-Claude Juncker, alors tout frais président de la Commission européenne, que par Emmanuel Macron, ministre français de l’Economie, afin de relancer les investissements en Europe, le plan Juncker "fait pschitt", pour reprendre une expression chère à Jacques Chirac.

En off des députés européens déroulent le fil de ce fameux plan de relance d’investissements, annoncé de 315 milliards d’euros à grands coups d’effet de levier financier. "Après les révélations sorties dans la presse sur les rescrits fiscaux de l’ex-Premier ministre du Luxembourg, il fallait qu’il sorte quelque chose rapidement afin de souder les Etats membres et détourner le débat. Mais comme il était pressé avec des délais courts, sa seule solution était d’aller voir la Banque européenne d’investissements (BEI) qui a accepté un mode de fonctionnement avec ses propres conditions. Dès lors il était très compliqué pour le Parlement de faire évoluer le texte avec les équilibres en présence."

Un accord de financement jugé inadapté

Le Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS) financera les investissements du plan Juncker. Il sera doté d’une garantie de 8 milliards d’euros du budget européen lors des trois prochaines années. Et c’est sur le financement de ces garanties que le Conseil, la Commission et le Parlement européens ont passé des nuits de négociations lors des deux dernières semaines. L’accord a finalement été trouvé ce jeudi 28 mai, au petit jour. Alors que le Parlement avait amendé le projet de la Commission en supprimant la possibilité de piocher dans les programmes de recherche européen (Horizon 2020 qui soutient la recherche fondamentale et le mécanisme européen d’interconnexion), l’accord final prévoit que 5 milliards seront prélevés dans ces programmes. Trois milliards d’euros proviendront des fonds non utilisés sur le budget européen qui est généralement redistribué en fin d’année aux Etats membres. "Ce mode de financement, c’est prendre à Paul pour donner à Jacques, s’emporte le l’eurodéputé belge Philippe Lamberts. Je ne crois pas que ce programme va relancer l’investissement en Europe car il n’a ni la taille nécessaire, ni un mode de financement adapté."

"Mauvaise idée de départ"

Le Parlement européen a donc obtenu qu’un milliard d’euros ne soit pas prélevé dans les projets de long terme mais sur les fonds des Etats membres. Une maigre consolation pour Dominique Riquet, eurodéputé centriste, fatigué après ses nuits de négociations. "Ce n’est pas satisfaisant de piocher dans des fonds destinés à la croissance et à l’emploi. L’idée de départ était mauvaise et nous ne sommes pas parvenus à la modifier fondamentalement. Mais un milliard d’euros, ce n’est pas rien tout de même."

"Le grand gagnant de cette négociation c’est la BEI mais nous n’avons pas les moyens en Europe pour faire un plan de relance car l’Europe n’a pas de gouvernement propre lui permettant de le réaliser", se désole Jean Arthuis, eurodéputé centriste et président de la Commission des budgets du Parlement. Le constat de Philippe Lamberts sur ce plan d’investissements est sans appel. "Aujourd’hui faire de la politique, c’est malheureusement donner l’impression que l’on fait quelque chose, c’est brasser du vent. Alors oui, nous avons un accord à tout prix qui a été trouvé, quel qu’il soit en réalité." Beaucoup de bruit pour rien en somme. D’ailleurs un politique français en a bien conscience :  le 12 mai Emmanuel Macron appelait au lancement d’un "Plan Juncker plus". Une façon de reconnaître implicitement, que l’Europe a accouché d’un "Plan Juncker moins" ?  

Adrien Schwyter

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