Pisani-Ferry/Enderlein : un rapport franco-allemand pour rien ?

Les économistes français et allemands Jean Pisani-Ferry et Henrik Enderlein ont remis leurs pistes de réforme aux ministres de l’Economie des deux pays Emmanuel Macron et Sigmar Gabriel. Mais les principales propositions risquent de rester lettre morte.

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Pisani-Ferry/Enderlein : un rapport franco-allemand pour rien ?

"Cela ne doit pas être un de ces rapports qu’on met au placard", a cherché à convaincre le ministre de l’Economie allemand Sigmar Gabriel. Dans leur rapport sur les pistes pour relancer la croissance, remis à Bercy le 27 novembre, à Emmanuel Macron et son homologue allemand, les deux économistes allemand Heinrik Enderlein et français Jean Pisani-Ferry ont dégainé des propositions parfois explosives. "Ce n’est pas un exercice de diplomatie", revendique Jean Pisani-Ferry, pour qui il ne s’agit pas non plus "d’échanger des réformes en France contre des investissements en Allemagne".

Pour relancer l’économie française, qui fait face à "des défis immédiats", les deux économistes défendent la nécessité de mettre en place une "flexisécurité effective" du marché du travail, en mettant en place des accords offensifs de préservation de l’emploi. Pour relancer sa compétitivité, le rapport estime que la France est déjà allée au bout de la baisse des cotisations sociales, engagée avec le CICE et plaide pour s’intéresser à la fixation des salaires. Pour les économistes, les négociations salariales, actuellement fixées de façon annuelle, devraient être fixées de façon triennale, comme cela se fait déjà en Allemagne. Le mode d’indexation du SMIC devrait en revanche être révisé. Il ne devrait plus tenir compte de l’évolution des prix et salaires mais seulement du niveau des prix et de la productivité. Le rapport ne revient pas en revanche pour un nouvel assouplissement des 35 heures, soulignant que " le système français a déjà commencé à évoluer dans cette direction".

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Relance des investissements à Berlin

Même si la nécessité de réformes de court terme est moins forte en Allemagne, Berlin n’est pas quitte pour autant de mener des réformes, de long terme cette fois, pour doper sa formation notamment, selon les économistes. Berlin va surtout devoir relancer ses investissements. Dans leur rapport, les deux économistes plaident pour une hausse de 8 milliards d’euros par an sur trois ans - soit au total 24 milliards d’euros, pour rattraper le retard pris par l’Allemagne. Comme les collectivités locales représentent 60 % des investissements publics, le rapport préconise la création d’un fond commun pour soutenir les investissements des communes allemandes.

Mais à quoi vont servir ces propositions ? Malgré les protestations de Sigmar Gabriel, la plupart des propositions risque de rester lettre morte. Même s’il est "à l’aise avec le programme" proposé par le rapport, Emmanuel Macron a tout de suite écarté l’idée d’une réforme de la négociation salariale triennale. "On verra ce que la négociation en cours sur le dialogue social aboutira mais il n’est pas prévu de passer par la loi", a évacué Emmanuel Macron. Le ministre n’entend pas non plus modifier le mode de calcul du SMIC déjà réformé en 2012. "Si on enrichit le dialogue social, la question du SMIC sera dédramatisée", estime le ministre.

"Tout ne pourra pas être mis en œuvre"

Le ministre allemand n’a pas été plus prompt à reprendre les propositions du rapport. Alors que le gouvernement Merkel a décidé de lâcher du lest et d’augmenter de 10 milliards d’euros sur trois ans ses investissements publics, Sigmar Gabriel n’a pas caché "quelques doutes" à réussir à convaincre le gouvernement de coalition de porter à 24 milliards d’euros cet effort. "Tout ne pourra pas être mis en œuvre", a reconnu le ministre allemand, qui promet d’"essayer de convaincre Wolfgang Schaüble", le rigoureux ministre des Finances allemand.

Seules les propositions concernant l’Europe, plus consensuelles, pourraient être endossées par les deux ministres. Jugeant la mise de départ du plan Juncker insuffisante, le rapport estime les Etats européens devraient mettre 30 milliards d’euros supplémentaires sur la table pour doper les investissements en infrastructure et dans le numérique au niveau européen. "C’est une idée intéressante", a souligné Emmanuel Macron, qui plaide pour que ces fonds ne soient pas pris en compte dans le calcul du déficit public. Histoire de ne pas remiser trop vite le rapport.

Solène Davesne

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