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Pédaler à la nuit tombée sans lampadaire sera bientôt possible

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Pédaler à la nuit tombée sans lampadaire sera bientôt possible à Pessac, en Gironde. Afin de renforcer la sécurité routière, la commune expérimente une route photoluminescente sur une piste cyclable, avec l'aide de la société Olikrom et d'Eiffage.

A Pessac, une route photoluminescente sur une piste cyclable
Le marquage au sol, qui contient des pigments émettant de la lumière sans source d'alimentation électrique, améliore la visibilité la nuit jusqu'à 100 mètres.
© S. ORTOLA / REA

Jusqu'alors plongés dans l'obscurité, deux kilomètres de piste cyclable s'éclairent désormais quand le jour baisse, à Pessac (Gironde). Pas de lampadaires pour autant. C'est le marquage au sol, en l'occurrence une bande blanche, qui s'illumine. « La peinture utilisée capture et stocke la lumière du soleil ou celle des phares, et la restitue toute la nuit », révèle Jean-François Létard, fondateur de la société pessacaise Olikrom, qui a mis au point cette technologie. « Nous avions sollicité cette entreprise alors que nous cherchions à innover en matière de revêtement de chaussée, d'arrêt de bus et d'éclairage, dans le cadre de l'opération d'intérêt métro politain Bordeaux inno campus. Olikrom avait été l auréat, aux côtés du groupe Eiffage, d'un appel à projets “route du futur” opéré par l'Ademe. Cela nous apportait une certaine garantie », explique Arnauld Durouchoux, chef du service « signalisation » à Bordeaux métropole, gestionnaire du réseau cyclable de l'agglo bordelaise.

Rétroréflexion

C'est dans ce contexte qu'a donc été lancé le test de cette piste luminescente en conditions réelles, en septembre, à Pessac. Il est effectué à proximité d'un collège et du siège d'Olikrom, précisément à un endroit où la municipalité n'avait pas trouvé de solution pour l'éclairage. « Il aurait fallu creuser des tranchées, toucher aux racines des arbres et poser des candélabres relativement bas », témoigne Eric Martin, premier adjoint au maire de Pessac, qui teste par ailleurs l'extinction de l'éclairage public la nuit. « Ici, pas de câblage », précise l'élu.

« Il n'y a pas discussion sur le bien-fondé d'un tel dispositif, explique Benoît Hiron, chef du groupe “sécurité des usagers et déplacements” au Cerema (*), mais une évaluation est nécessaire. » Au-delà de la validation attendue de l'Association pour la certification et la qualification des routes, un protocole d'essai a donc été mis en place entre Olikrom, le Cerema et Bordeaux métropole pour mesurer la rétroréflexion, la glissance et la durabilité de ce produit. « Il s'agira aussi d'obtenir des garanties environnementales, la question étant de savoir si cette peinture ne va pas venir polluer les nappes phréatiques. Restera à définir les conditions d'utilisation. Nous sommes partis sur des pistes cyclables dans des zones non éclairées », explique Arnauld Durouchoux.

D'autres applications sont toutefois examinées par Eiffage et Olikrom. « Sur des passages piétons, dans les virages en rase campagne, précise par exemple François Olard, directeur “recherche et innovation” au sein d'Eiffage route. L'objectif est de trouver des solutions pour améliorer la sécurité routière. Il faut savoir que ce marquage améliore la visibilité la nuit d'environ 50 à 100 mètres. »

Au-delà des mesures de glissance et de durabilité de peinture, il faudra vérifier qu'elle ne pollue pas les nappes phréatiques.

Aucun frais d'électricité

Mais à quel prix ? Si le coût de cette peinture haut de gamme n'a pas été dévoilé, « cela sera toujours moins onéreux que la mise en place d'une nouvelle infrastructure. La route luminescente n'engendre aucun frais d'électricité lors de son exploitation », avance François Olard. Bordeaux métropole, pour sa part, envisagerait bien un coût divisé par deux, « mais c'est un produit innovant et donc forcément plus cher. Attendons de voir », ajoute Arnauld Durouchoux. « Si d'autres sociétés se lançaient sur ce marché, il faudrait les mettre en concurrence, comme le requiert le code des marchés publics », précise pour sa part Eric Martin.

En attendant, la ville de Pessac ne débourse rien dans le cadre de cette expérimentation qui devrait durer au maximum deux ans. Olikrom envisage une commercialisation dès cette année.

(*) Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement.

 

[Article issu de La Gazette des Communes, première publication le 10 mai 2019]

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