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Pas d'innovation sans industrie

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Alors qu’Emmanuel Macron a présenté ses "10 solutions" pour l’Industrie du futur, Bernard Guilhon, professeur à Skema Business School explique dans cette tribune comment défendre l’industrie permet de garantir la capacité d’innovation des entreprises.

Pas d'innovation sans industrie
Pour Bernard Guilhon, même dans le textile la maitrise de la production reste un critère essentiel de développement pour une marque.
© Usine Nouvelle

L'économie de l'innovation est une économie de l'apprentissage favorisant l'accès à de nouvelles connaissances, la créativité et la volonté d'expérimenter. Le problème essentiel est de savoir où se localisent les apprentissages. Dans cette perspective, la contraction de la base industrielle réduit cette opportunité.

La délocalisation de la production, si elle peut avoir un sens pour l'entreprise, effrite le tissu productif. La coupure entre la R&D et la production implique le recours à des capacités de production développées par les fournisseurs étrangers. Le risque n'est pas seulement la perte de confidentialité avec le développement de la contrefaçon, mais aussi celle de la maîtrise de l'apprentissage. L'apprentissage se réalise pleinement quand les ingénieurs de production sollicitent les ingénieurs de conception pour trouver de meilleures solutions et, éventuellement, reconcevoir le produit. Cette exigence est manifeste dans la "high-tech", elle l'est aussi dans les activités traditionnelles. Les entreprises du textile-habillement ne se contentent pas de piloter les fournisseurs en leur transférant des modèles, des normes de qualité et des standards technologiques. La maîtrise de la production est essentielle pour le développement des marques. La segmentation de la chaîne de valeur doit donc concilier la production locale et la délocalisation.

Des "trous" dans le tissu productif 

Les blocages possibles ne concernent pas uniquement la connaissance existante, mais aussi les capacités d'innovation. Dans l'optoélectronique, les fabricants de composants ont dû faire face au problème suivant : développer de nouvelles technologies d'intégration sur le site ou délocaliser dans les pays émergents la production de la technologie existante non intégrée. La technologie intégrée est moins coûteuse quand elle est produite aux États-Unis, alors que la technologie existante est plus compétitive quand elle est produite à l'étranger. L'incertitude du marché domestique et surtout un ratio salaire/productivité plus favorable dans les pays émergents ont favorisé la délocalisation de la production. D'où des "trous" dans le tissu productif (érosion des connaissances, liens détruits avec les fournisseurs locaux) et un blocage organisationnel de l'innovation.

Pour éviter ces fractures, les entreprises doivent créer et utiliser des ressources communes ("industrial commons") : infrastructures de recherche, savoir-faire, capacités d'expertise et d'ingénierie, tests et certification, transferts université-industrie. Les pouvoirs publics peuvent favoriser la mise en commun de ces ressources au sein de "clusters" industriels. En particulier, pour  les industries concernées par la technologie 3D, pourquoi ne pas créer des quasi-CHU financés par des partenariats public-privé, dans lesquels les ingénieurs et les salariés apprendraient à maîtriser les compétences appliquées à ces activités ?

Fabriquer ou sous-traiter ?

L'interrogation pour l'entreprise est : quel est le meilleur arbitrage entre faire et faire-faire à l'étranger ? Pour le pays, elle devient : quels industries ou segments d'industrie doivent être localisés pour soutenir l'innovation et l'emploi ? Les réponses empruntent deux voies complémentaires: renforcer les apprentissages sur les lieux de production pour intensifier les échanges d'informations et améliorer les produits, favoriser les activités industrielles "avancées" dont le multiplicateur d'emplois est élevé (évalué à 5 aux États-Unis) en raison des effets d'entraînement sur les emplois de services hautement qualifiés.

Bernard Guilhon, professeur, Skema Business School

Les avis d'experts et points de vue sont publiés sous la responsabilité de leurs auteurs et n’engagent en rien la rédaction.

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1 commentaire

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19/05/2015 - 19h24 -

Heu... pas d'industrie sans industrie plutôt. Parce que bon, si, l'innovation dans un modèle économique décentralisé, ça a existé, ça existe et ça existera.
Faut-il conserver l'industrie même si ce n'est pas la structure du travail la plus génératrice d'innovation ? Faut-il chercher à contraindre les entreprises à se relocaliser tout en conservant la structure industrielle alors que la notion de délocalisation en est fondamentale (puisqu'il s'agit même d'une réponse à la problématique de la déterritorialisation de l'économie à la sortie du Moyen-Age) ? Faut-il soutenir l'emploi alors que le travail non salarié est plus dynamique, agile, efficace ?

Quelque part on a l'impression que si on pose le principe "pas d'innovation sans industrie" on se dit que la conclusion est "pas d'innovation", et ce depuis le tout début de l'humanité qui n'est pas apparue après l'industrie. Remettons les choses dans l'ordre pour y voir plus clair.
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