Opération séduction de l’Unédic qui veut montrer son efficacité au gouvernement

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En présentant des comptes quasiment à l’équilibre en 2021, les partenaires sociaux gestionnaires de l’Unédic veulent prouver au gouvernement, qui projette d’étatiser l’assurance chômage, qu’ils sont responsables et incontournables.

Opération séduction de l’Unédic qui veut montrer son efficacité au gouvernement © DR

La convention d’assurance chômage signée par les partenaires sociaux en mars 2017, et validée par l’ancien gouvernement, devrait générer 930 millions d’euros d’économie par an à partir de 2021, a calculé l’Unédic. Elle entrera en vigueur au 1er octobre 2017, produisant déjà 98 millions d’euros d’économies à cette année, puis 550 millions en 2018, 620 en 2019, 710 en 2020…

En vitesse de croisière (après 2020, quand toutes les mesures seront entrées en application), la principale source d’économies (550 millions d’euros) viendra d’un nouveau calcul des indemnités versées aux demandeurs d’emploi effectuant régulièrement des contrats de travail de moins d’une semaine – et qui finissaient, en cumulant allocations chômage et salaires, par gagner plus qu’un salarié en CDI à temps plein...

37 000 seniors indemnisés moins longtemps

La deuxième source d’économies (430 millions d’euros) provient du décalage de l’âge d’entrée dans le régime "seniors" : actuellement, les chômeurs de plus de 50 ans sont indemnisés trois ans au lieu de deux ; à l’avenir, il faudra avoir 55 ans (entre 53 et 54 ans, les demandeurs d’emploi pourront être indemnisés pendant deux ans et demi). 37 000 demandeurs d’emploi devraient être indemnisés moins longtemps, dont la moitié perdront 6 mois, et l’autre moitié entre 6 et 12 mois. Quelques mesures coûteront plus cher à l’Unédic, comme l’abaissement à cinq mois au lieu de six de la période sans allocation chômage des salariés ayant touché de grosses indemnités.

Bilan de ces nouvelles mesures : en tenant compte de la croissance, des évolutions démographiques et des créations d’emploi, l’Unédic prévoit de ramener son déficit annuel à 0,8 milliard d’euros en 2020, contre 4,2 milliards en 2016. La dette, elle, passerait de 30 milliards en 2016 à 39,1 milliards, soit 2 milliards de moins que sans la convention 2017.

Quel avenir pour l’Unédic

En cherchant à montrer sa capacité à réformer l’assurance chômage pour tendre à l’équilibre, l’Unédic espère rester un acteur incontournable du futur système. Emmanuel Macron veut que l’Etat reprenne en main sa gestion, notamment financièrement, puisqu’il serait financé par l’impôt (la CSG, payée par tous) et non plus par les cotisations chômage sur les salaires (pour les salariés en tout cas car rien n’a été dit sur les cotisations employeurs). Mais lors de ses rencontres avec les syndicats, il les a rassurés sur la place qui serait conservée par les partenaires sociaux. "Tout dépend du type de tripartisme qu’il mettra en place, réagit un syndicaliste de la CFTC. S’il s’agit de discuter, en plus, avec l’Etat, pas de souci. S’il s’agit de n’être qu’une chambre d’enregistrement de décisions prises par l’Etat, non merci."

Une concertation est prévue cet automne entre partenaires sociaux et le gouvernement sur l’assurance chômage. La ministre du Travail a chargé l’Unedic de calculer le coût des mesures envisagées et les formes techniques qu’elles pourraient prendre : ouverture de l’indemnisation chômage aux indépendants et aux salariés démissionnaires (tous les cinq ans) et instauration d’un système de bonus malus pour décourager les contrats de travail trop courts. Une solution que le patronat avait refusée au cours de ses négociations avec les organisations syndicales, et sur laquelle il va bien être obligé de composer s’il ne veut pas être écarté. "Les projets sont sur la table, le gouvernement en débat, il est normal d’utiliser notre expertise", a réagi Alexandre Saubot, président de l’Unedic, où il représente le patronat en tant que président de l’UIMM (l'Union des industries et métiers de la métallurgie).

Emmanuel Macron a indiqué vouloir réformer l’assurance chômage avant l’été 2018. Entre temps, la nouvelle convention sera entrée en vigueur, il faudra ou la renégocier ou lui prévoir un avenant. Ou le gouvernement aura déjà fait voter la loi lui permettant de s'en passer… Il restera à décider du montant des allocations, puisqu’elles ne seront plus liées aux cotisations versées donc au salaire.

 

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