"On a sous-estimé l’impact effroyable de l’ISF sur les entreprises", selon Xavier Fontanet

Xavier Fontanet, l’ancien président d’Essilor, a signé l’initiative « Changer par le don » qui incite les personnes aisées à consacrer 10 % de leurs revenus annuels ou de leur patrimoine à la philanthropie. Il a lui-même créé une fondation abritée par HEC qui permet à des créateurs d’entreprise issus de l’immigration et des quartiers difficiles d’accéder à des formations en stratégie de haut niveau. Il s'insurge contre l'idée d'un retour de l'ISF, qui mine le développement des entreprises, et défend le principe de la générosité privée. 

 

 

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Xavier Fontanet, l’ancien président d’Essilor, a signé l’initiative « Changer par le don »

L'Usine Nouvelle - Qu’est-ce qui vous a poussé à signer le manifeste "Changer par le don" pour que les riches consacrent une partie de leur revenu ou de leur patrimoine à l’intérêt général? Le mouvement des Gilets jaunes ?

Xavier Fontanet - Je n’ai pas attendu cette initiative, lancée par Serge Weinberg, pour donner, mais je n’en parlais pas car je considérais que c’était du ressort de la vie privée. Mais là je suis prêt à sortir du silence. Nous sommes nombreux parmi les entrepreneurs à être généreux. Les temps sont graves et oui, il y a des patrons sympas. La société a besoin de comprendre que nous avons un cœur.

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La philanthropie c’est 7 milliards d'euros en France, deux fois plus que l’ISF, or une demande s’exprime sur tous les plateaux télé pour le rétablir. L’idée qu’il faille de nouveau taxer les hauts revenus et les richesses qui sont investies dans les entreprises revient, alors que cette politique a fait beaucoup de mal à l’industrie et aux entreprises françaises qui ont besoin de capital. On a sous-estimé l’impact effroyable de l’ISF sur l’exil, les cessions, le fait que des gens ne peuvent pas laisser leur capital investi dans les entreprises pour s’en acquitter. Avec les taux marginaux d'imposition et l’ISF, on était arrivé en France à des taux d’imposition supérieurs à 100 % du revenu. Il faut aussi expliquer cela.

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Quels types d’actions menez-vous avec vos dons ?

J’ai créé une fondation abritée par HEC, qui a l’usufruit d’une partie de mes actions. Elle distribue des bourses de formation en stratégie d’entreprise à des entrepreneurs issus de l’immigration des quartiers. Il s’agit de dirigeants d’entreprises de plus de 1 millions d’euros de chiffre d’affaires, pas des start-up. Nous avons commencé par le Nord de Paris puis nous nous sommes étendus. Plus de 900 personnes sont passés par nos formations. Cela fait sept ans que j’anime ce programme. Les plus méritants vont à HEC. Le BCG prête aussi des consultants pour effectuer des missions. Cela fonctionne très bien. Certains de ces entrepreneurs ont connu de vrais succès, voire se sont développés en Californie.

Quel est le montant annuel de vos dons ?

Je ne veux pas entrer dans le détail mais c’est plus que ce que je ne dépense. Vous savez, c’est déjà une démarche délicate d’en parler. Je sais que je prends le risque d’être une cible, d’être accusé de pharisaïsme. Et puis ensuite des tas de gens vous sollicitent pour tout et n'importe quoi.

Le don pour des initiatives privées, c’est mieux que la redistribution par l’impôt votée par les représentants de la nation ?

La différence, c’est que nous ne donnons pas que de l’argent, nous sommes investis dans les actions. Nous y mettons notre énergie, nous donnons notre temps, notre expérience. J’accompagne, j’anime personnellement des sessions comme les « jeudi de la stratégie ». Cette fondation occupe un tiers de mon temps, j’ai démissionné de certains conseils d’administration comme celui de Schneider pour m’y consacrer. Il ne s’agit pas seulement de faire un chèque, c’est un investissement plus complet. Et que fait-on du concept de générosité si l’Etat prend tout et décide de tout?

A-t-on un problème culturel avec les riches et la richesse en France ?

Le problème est qu’il y a richesse et richesse. Il faudrait demander à l’Académie française de trouver des mots différents pour parler de celle des tableaux par exemple, et à l’inverse de l’épargne à risque, celle qui est investie dans les entreprises qui créent de l’activité et des jobs.

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