Offensive, la CFE-CGC critique la CFDT, le patronat et le gouvernement

La négociation sur le dialogue social a laissé un "goût amer" à la confédération des cadres. Pour sa présidente, une partie du patronat n’a pas joué le jeu de la négociation. Ce qui amène Carole Couvert, sa présidente, à demander de revoir certains usages du dialogue social. Elle n’épargne pas non plus le gouvernement et notamment la loi Macron, qui, selon elle, ne résout pas les problèmes posés par des textes du précédent gouvernement.

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Offensive, la CFE-CGC critique la CFDT, le patronat et le gouvernement

A l’occasion de ses vœux à la presse, Carole Couvert, la présidente de la CFE-CGC, est revenue sur l’échec de la négociation sur la modernisation du dialogue social. Le syndicat des cadres et des techniciens n’a pas signé le texte proposé et la présidente est revenue sur les raisons de cette décision. "Simplifier le dialogue social, oui. Le brader, non", a-t-elle précisé d’emblée pour résumer la position de son syndicat. Avant d’expliquer qu’une négociation, ce ne pouvait pas être "tout pour ma gueule" (sic).

Les raisons de cette colère très froide - Carole Couvert n’abandonnant ni son sourire ni son ton posé - tient pour une large part à la façon dont s’est déroulée la négociation, et en particulier le rôle du bord patronal. Elle a notamment vertement critiqué des points très techniques de la négociation. Traditionnellement, ces dernières se tiennent dans les locaux du Medef, à partir d’un texte rédigé par les services de ce dernier, texte qui sert de base de discussion. Or, au cours de cette négociation à en croire Carole Couvert, entre deux séances, les textes comportaient des ajouts qui ne reflétaient pas vraiment les demandes des syndicats de salariés.

Les mystères des bilatérales

De même, la négociation sociale conjugue des réunions où tous les partenaires sociaux se retrouvent, mais aussi ce qu’on appelle des bilatérales, qui, comme leur nom l’indique, réunissent deux syndicats, un de chaque bord. Carole Couvert a estimé qu’"il ne peut pas y avoir des organisations surconsultées, des organisations consultées et d’autres pas du tout consultés." Dans sa ligne de mire, la place occupée par la CFDT. "La collusion naturelle avec une seule organisation ne peut pas suffire. J’espère que le patronat et le gouvernement l’ont compris", a-t-elle précisé. Avant de regretter que les représentants de la CFE-CGC aient été "reçus par des gens qui ne prenaient pas de notes".

Autrement dit, les représentants du bord patronal semblaient considérer que les propositions de la CFE-CGC ne comptaient pas. Reste que le syndicat a montré qu’en ne signant pas, il pouvait bloquer un texte. N’allez pas dire à Carole Couvert que son syndicat est responsable de l’échec. Elle refuse en bloc cette interprétation de la négociation. Elle a rappelé que la position de la CFE-CGC n’avait pas bougé durant toute la négociation et que la question des CHSCT était, pour elle, l'un des quatre points durs. De même, si la CFE-CGC voulait bien d’une simplification de certaines règles, cela devait se faire à moyen constant, d’où un refus de toutes les mesures plus ou moins techniques qui sont apparues et qui visaient à réduire le nombre d’heures de délégation. "Nous n’étions pas là pour vendre les bijoux de famille", a-t-elle estimé.

Résultat : avec les autres organisations de salariés, la CFE-CGC demande que les prochaines négociations n’aient plus lieu au Medef mais au Conseil économique social et environnemental, qu’un calendrier des réunions plénières et bilatérales soit rendu public pour savoir qui voit qui, et que les réunions soient de vrais moments de négociation.

Coût du travail et dialogue social : des "fausses barbes"

Cet échec a renforcé la détermination de Carole Couvert contre "une partie du patronat, une partie du Medef", celle qui a joué la politique du pire à ses yeux, puisque pour la présidente de la CFE-CGC, ces ultras voulaient non pas simplifier mais supprimer le dialogue social. Et Carole Couvert de dénoncer ce qu’elle a appelé deux "fausses barbes" du débat public, soit l’idée que le coût du travail et le dialogue social seraient les principaux problèmes de l’économie française. Et de rappeler que certains patrons étaient conscients qu’un "dialogue social bien pratiqué rend les entreprises plus performantes".

Pour la présidente de la CFE-CGC, le patronat pousse le bouchon un peu trop loin, d’autant qu’il a bénéficié du pacte de responsabilité. Inquiète, elle a critiqué les manifestations de chefs d’entreprises, évoquant un risque de surenchère pas vraiment raisonnable. Selon elle, bénéficiant du pacte de responsabilité, les chefs d’entreprises ne devraient pas protester alors que la pression fiscale s’est accrue sur les classes moyennes. "Il y a une intox du Medef quand il dit que onze branches ont conclu sur le pacte de responsabilité, 11 branches ont inscrit cette discussion à l’ordre du jour" a remarqué Carole Couvert, avant de citer l’exemple de l’accord signé par la branche des assurances, le seul qui trouve grâce à ses yeux.

Elle n’aura été guère plus conciliante avec le gouvernement. Le projet de loi Macron a concentré une part de ces critiques, considérant qu’il essaie de corriger certains problèmes créés par des textes adoptés par le précédent gouvernement. Ainsi, les propositions en matière de taxation de l’épargne salariale ou d’actionnariat salarié ne trouvent pas grâce à ses yeux. De même, elle estime que les dispositions sur le secret des affaires vont à l’encontre de la loi Hamon qui entendait faciliter la transmission d’entreprises aux salariés. Sans oublier le développement des bus, pas vraiment compatible à ses yeux avec la transition énergétique vantée par Ségolène Royal.

Et de prévenir que la CFE-CGC serait intransigeante sur la négociation des régimes complémentaires de retraite. Carole Couvert refuse toute fusion de l’Agirc et de l’Arrco. "Si le patronat imagine refaire le coup de l’assurance chômage, où seuls les salariés ont vu leur cotisation augmenter, ce sera non", a-t-elle indiqué.

A la tête d’une CFE-CGC offensive, Carole Couvert a souhaité que les prochaines négociations soient davantage équilibrées, et que les partenaires sociaux entrent dans une logique d’efforts partagés. Rendez-vous début 2016 pour faire le bilan.

Christophe Bys

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