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Odense vit au rythme de la cobotique

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La troisième ville du Danemark accueille 120 entreprises de robotique qui emploient 3 500 personnes. Un écosystème organisé qui veut grandir et rayonner.

Odense vit au rythme de la cobotique

À deux heures de route de Copenhague se niche la ville d’Odense. Sa particularité ? Alors qu’elle ne compte que 200 000 habitants, 120 entreprises de robotique employant 3 500 personnes y sont installées, dont 26 évoluant dans la cobotique. " Aujourd’hui, nous sommes la capitale européenne de la cobotique. Demain, nous souhaitons être celle de la robotique ", clame Joost Nijhoff, le directeur d’Invest in Odense, l’entité municipale chargée d’attirer les capitaux et les investisseurs. Le secteur devrait créer 1 000 emplois dans les dix-huit prochains mois, selon le cluster Odense Robotics. L’histoire remonte à plus de trente ans, quand les difficultés du chantier naval Odense Steel Shipyard, propriété de la compagnie maritime Maersk, ont poussé l’armateur à investir dans un institut de robotique à l’université locale, dite Sud-Danemark (USD). Si elles n’ont pas sauvé le chantier, les premières recherches du centre – le Maersk Institute aujourd’hui – ont créé une expertise qui ne cesse de grandir. Et qui rayonne depuis le succès d’une société, Universal Robots, fondée en 2005 . Depuis, d’autres pépites locales émergent. En avril 2018, l’américain Teradyne – qui avait déjà racheté Universal Robots en 2015 – a déboursé 272 millions de dollars pour acheter le fabricant de robots mobiles Mobile Industrial Robots (MiR). Et le 30 août, la start-up fabriquant des pinces pour cobot OnRobot a reçu plusieurs millions d’euros via un investissement mené par le fonds américain Summit Partners.

Ce succès relève d’abord d’une histoire de famille. Avant de fonder MiR, Thomas Visti était directeur des ventes d’Universal Robots. Le fondateur de OnRobot, lui, n’est autre que l’ancien patron d’Universal Robots. Avec l’investissement reçu, OnRobot veut racheter une dizaine de sociétés locales. Sa première acquisition : Purple Robotics, une start-up d’un an créée par… trois anciens d’Universal Robots ! " Pour lancer MiR, j’ai profité du réseau de distributeurs que j’avais construit chez Universal Robots et de mon expérience ", témoigne Thomas Visti, dont la société a repris plus de 70 % des distributeurs du leader des cobots. Pour s’implanter aux États-Unis, le patron de MiR a embauché l’homme avec lequel il avait sillonné ce pays des années plus tôt pour ouvrir le premier bureau américain d’Universal Robots. " Entre les débuts d’Universal Robots et ceux de MiR en 2013, il y a une différence fondamentale : le respect, note-il. Il y a quinze ans, personne ne pensait qu’une compagnie danoise pouvait faire de la robotique, aujourd’hui tout le monde y croit. "

L’écosystème a aussi bénéficié du décollage d’Universal Robots sur le plan financier. Ses fondateurs ont réinvesti les bénéfices de la vente à Teradyne dans MiR. Ce que les fondateurs de MiR s’apprêtent à faire à leur tour avec d’autres pépites. " Dès les premiers investissements de Maersk dans la robotique, la municipalité a suivi financièrement ", rappelle Joost Nijhoff. Entre 2015 et 2018, elle a investi 6,5 millions d’euros dans les activités locales de robotique et de drone. Preuve de son attractivité, Odense a vu des leaders en robotique tels Fanuc et ABB ouvrir des antennes sur son territoire.

Former pour mieux recruter

Pour coordonner un écosystème en pleine croissance, les têtes de file ont impulsé la création du cluster Odense Robotics en 2015. " Nos objectifs sont d’attirer les talents, de soutenir la création de start-up innovantes, de construire une supply chain compétitive et de favoriser les partenariats d’innovation ", détaille son directeur, Mikkel Christoffersen. Le cluster a depuis ouvert un hub pour incuber une poignée de start-up. Tendo, qui développe un gant 2.0 pour améliorer la préhension d’objet des personnes handicapées, y passait fin août sa dernière semaine. " Être au hub nous a aidés pour développer notre hardware et construire notre stratégie d’approche du marché ", explique Sofie Woge, qui a cofondé Tendo en Suède mais qui compte rester à Odense. Derrière elle, les équipes de Purple Robotics travaillent sur leur deuxième modèle de préhenseur à ventouses pour cobot, lancé après seulement neuf mois d’existence. " L’environnement local est très puissant, apprécie Lasse Kieffer, son patron et cofondateur. Les intégrateurs locaux passent régulièrement voir ce qui se fait ici et les distributeurs étrangers qui viennent voir Universal Robots en profitent souvent pour visiter le hub. "

Pour développer leurs technologies, ces sociétés ont un soutien de taille, le Maersk Institute. " La plupart des projets pratiques de notre master en robotique sont fournis par des entreprises locales ", souligne Kasper Hallenborg, son directeur. L’institut est un pourvoyeur de main-d’œuvre et un levier d’innovation. " Parce qu’ils travaillent parfois sur des cas pratiques issus de notre R & D, les étudiants de l’université connaissent nos produits et ont donc plus de facilité à travailler chez nous ou autour de notre activité ", estime Thomas Visti. Résultat, l’université d’Odense a formé 80 % des employés de MiR. Et deux de ses spin-off, Blue Ocean Robotics et Ken, ont développé des applications fondées sur la plate-forme mobile de MiR. Le recrutement reste un enjeu majeur pour la croissance de l’écosystème. " Quelque 80 % des entreprises de robotique d’Odense déclarent qu’attirer les talents est l’obstacle majeur à leur croissance, explique Mikkel Christoffersen. Plus de cent postes sont à pourvoir. " Odense Robotics a lancé en septembre la campagne de communication #WeAreRobotHeroes. Avec un argument résumé par Mikkel Christoffersen : " Si vous venez ici, vous avez un boulevard pour faire votre carrière. " " Un ingénieur étranger sera plus enclin à faire venir sa famille s’il trouve ici beaucoup de sociétés pour faire évoluer sa carrière ", renchérit Esben Østergaard, le cofondateur d’Universal Robots. Visiblement l’argument s’entend. Inexistant il y a cinq ans, le lycée international d’Odense compte aujourd’hui 180 élèves.

La croissance du Maersk Institute est aussi un bon signal. Son master en robotique a intégré 480 étudiants l’an passé, contre 99 en 2009. Et il attire à l’international, avec 45 % d’étudiants étrangers contre 30 % dans l’ensemble des masters de l’institut. Pour autant l’institut n’oublie pas de travailler la culture locale. Quatre jours par semaine, il accueille des enfants de 10 à 15 ans pour les initier à la robotique. Une manière d’assurer la relève.

230 robots pour 10 000 employés 

Le Danemark est en sixième position des pays ayant la plus forte densité de robots industriels avec 230 unités pour 10 000 employés. Et ce, alors que plus de 90 % des entreprises du pays sont des PME. Face au problème commun du manque de compétences dans le domaine, le gouvernement danois a soutenu la création de deux centres techniques de formation en automation et robotique, accessibles dès l’âge de 14 ans, dont l’un a ouvert en décembre 2017 à Odense. Plus globalement, l’industrie 4.0 a une place de choix dans le plan national The Digital growth strategy. Les universités danoises cherchent donc à se positionner sur le sujet. Y compris celle d’Odense, qui vient d’investir 13 millions d’euros dans des installations dédiées à ce thème.

Après Universal Robots, MiR , une autre pépite locale, perse. Pour assurer la relève, le cluster Odense Robotics incube des start-up telles Tendo. Tous reçoivent le soutien des chercheurs du Maersk Institute qui forme les ingénieurs de demain.

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